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Prendre son temps

Bernard Descôteaux   19 juin 2002  Québec
La déferlante adéquiste aux élections partielles de lundi a remis en cause bien des certitudes au sein du Parti québécois et du Parti libéral. Tous les scénarios sont maintenant possibles en vue des prochaines élections générales, y compris une victoire de l'Action démocratique, que plus personne ne peut désormais ignorer et encore moins mépriser.

Les maisons de sondage nous avaient prévenus de la montée fulgurante de l'ADQ, si bien que l'on s'attendait à au moins deux victoires de cette formation. Néanmoins, les trois victoires adéquistes ont eu l'effet d'un petit séisme à l'échelle de tout le Québec. Non seulement le parti de Mario Dumont l'a emporté dans trois des quatre comtés, il a aussi obtenu l'appui de tout près d'un électeur sur deux à ces élections, où le taux de participation a été beaucoup plus élevé que ce à quoi on s'attend lors de partielles. La défaite est sévère pour le Parti libéral tout autant que pour le gouvernement de Bernard Landry, dont la légitimité est entachée.

Le réflexe spontané au lendemain de tels résultats serait de souhaiter la tenue d'élections rapides à l'automne. C'est ce que réclamera Mario Dumont, qui voudra profiter de la vague actuelle, tout comme Jean Charest qui, de cette façon, évitera que l'on remette en cause son leadership. Malgré ce qu'il en dit aujourd'hui, Bernard Landry pourrait aussi vouloir déclencher des élections si jamais son autorité était contestée au sein du parti. Moins que d'élections où les partis politiques s'engageraient tête baissée dès les prochaines semaines, c'est d'une pause que ceux-ci ont besoin pour refaire le point.

L'ADQ doit digérer son récent succès. Elle vient de vivre une crise de croissance qui étonne même ses partisans et elle doit prendre le temps de se tailler de nouveaux vêtements en vue du prochain rendez-vous électoral. Le PLQ et le PQ, pour leur part, ont besoin de bien assimiler les leçons de cette défaite. Bernard Landry et Jean Charest ont tous deux dit avoir compris le désir de changement manifesté par les électeurs. Il leur faut maintenant se poser, avec leurs militants, toutes les questions. Est-ce le message qui est en cause ou ceux qui le portent? L'été sera propice à une réflexion intense, mais il n'est pas vrai que les changements qui s'imposent pourront être faits en quelques semaines. Le Québec peut se permettre d'attendre jusqu'au printemps prochain si nécessaire, d'autant plus que le gouvernement actuel n'offre pas une gestion des affaires publiques qui soit catastrophique, tout au contraire.

***

Le grand perdant de ces élections de lundi est sans contredit le PLQ, dont on s'attendait à ce qu'il batte aux points le Parti québécois. La défaite crève-coeur du candidat libéral dans Vimont jette une lumière crue sur les difficultés de ce parti, occultées jusqu'ici par les misères vécues par le gouvernement Landry. Trois électeurs sur quatre ont rejeté le parti de Jean Charest. Cela annonce de très grandes difficultés pour les candidats libéraux à percer dans les comtés où les francophones sont majoritaires.

Ce rejet des libéraux a d'abord pour cause le silence pratiqué par M. Charest et son parti sur les grands enjeux politiques depuis les élections de 1998, à commencer par la question nationale. M. Charest a fait une mauvaise lecture du ressac référendaire. Ce n'est pas parce qu'ils ne veulent pas d'une nouvelle aventure référendaire pour le moment que les Québécois abdiquent pour autant leur désir d'une plus grande autonomie pour le Québec. Le maintien constant de la souveraineté au-dessus de la barre de 40 % dans les sondages le démontre bien. Quand c'était le temps de parler haut et fort pour défendre les intérêts du Québec, M. Charest ne l'a pas fait ou l'a fait tardivement, ou sotto vocce. Quant aux «défusions» municipales, qui font été la seule grande cause à laquelle il s'est identifié personnellement, il n'a pas su voir le rapide désintérêt des francophones pour ce dossier.

Depuis les élections de 1998, le PLQ a été d'une trop grande placidité, comme s'il suffisait d'attendre que le pouvoir lui tombe dans les mains par la seule force de l'alternance. Depuis 1970, aucun gouvernement n'a tenu plus de deux mandats, et c'est comme si les libéraux n'avaient pas imaginé que cette règle puisse être remise en cause par l'apparition d'une troisième force politique. Aujourd'hui, ce parti comprend mal son sort.

Les difficultés des libéraux sont de deux ordres. ll y a d'abord la crédibilité de leur chef auprès des Québécois francophones. Rapidement, le parti doit déterminer si celle-ci peut être restaurée. Il faut ensuite trouver l'espace que le PLQ peut occuper entre le PQ et l'ADQ sur le plan idéologique. Normalement, il pourrait s'installer assez confortablement au centre si la question nationale ne venait pas brouiller les cartes. Ajuster le tir ne sera pas suffisant.

***

Au lendemain de ces partielles, Bernard Landry peut penser qu'une page est tournée sur une saison politique désastreuse, mais il ne doit pas croire ses malheurs terminés. Si le PQ a fini deuxième dans ces quatre partielles, il n'a tout de même recueilli que 29,6 % des suffrages valides. Les électeurs ont sanctionné la première année de son gouvernement marquée de plusieurs erreurs politiques. Lundi soir, il a fait son mea-culpa en disant qu'il fallait en faire plus et mieux. Il aurait dû ajouter qu'il fallait aussi faire les choses autrement. Le saura-t-il?

La réponse à cette question appartient en partie à M. Landry mais aussi au Parti québécois, dominé par une génération de militants fortement marquée par trois décennies d'action politique. Spontanément, le parti voudra renouer avec la social-démocratie et la souveraineté, mais il devra le faire en tenant compte de la conjoncture politique.

Ainsi, il lui faudra se demander s'il est possible de faire une plus grande place, dans le programme péquiste, aux valeurs individuelles, à côté des valeurs collectives que l'on a toujours privilégiées. C'est une nouvelle synthèse des divers courants qu'on retrouve au sein de la société qu'il leur faut effectuer. Pour y arriver, il faudra qu'on fasse de la place, de haut en bas de la direction du parti, à des gens de la génération du nouveau député de Lac-Saint-Jean, Stéphan Tremblay.

***

Il ressort des résultats de ces élections que c'est l'ADQ qui est le parti le plus en phase avec la société québécoise. Celle-ci se montre disposée à explorer de nouvelles avenues avec lui. Cela ne durera qu'à la condition que les adéquistes puissent maintenant démontrer que leur projet de transformation de la société québécoise ne remettra pas en cause les acquis des dernières décennies. Les Québécois sont réticents à des changements radicaux. À charge pour Mario Dumont et son parti de démontrer que leur projet n'est pas une aventure de jeunesse que l'on pourrait regretter. Leur projet a besoin d'être revu et corrigé si les adéquistes veulent sérieusement prétendre accéder au pouvoir.






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