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Commission Charbonneau - De l'ouverture

Josée Boileau   22 décembre 2011  Québec
Si l'on veut que la commission Charbonneau détricote pour de bon les liens douteux qui existent entre le monde de la construction et l'octroi de contrats publics, il est clair que la tâche est immense et délicate. Mais attention à l'excès de précautions, qui peut aussi être néfaste.

Le mot «titanesque» employé par Sylvain Lussier, procureur en chef de la commission d'enquête sur l'industrie de la construction, est tout indiqué pour décrire l'ampleur de la tâche qui attend celle-ci. Pour cette raison, il lui faudra maintenir le cap sur la rigueur. Les règles légales se sont bien resserrées depuis les beaux jours de la CECO: il y a des chartes et des jugements de la Cour suprême qu'il faut maintenant respecter. Le travail de matamore ne ferait qu'ouvrir la porte à des contestations qui menaceraient l'existence même de la commission.

Mais si l'on veut, et c'est ce que le Québec attend, que la commission Charbonneau aille au bout de son mandat, il lui faudra éviter de se laisser étouffer par la prudence. Après tout il s'agit, pour reprendre les termes mêmes du premier ministre Jean Charest, «de dresser le portrait [...] de possibles activités de collusion et de corruption» et de «possibles activités d'infiltration de [l'industrie de la construction] par le crime organisé». On ne traite pas ici d'un monde qui fait dans la dentelle: couper les cheveux en quatre, c'est risquer de tuer la raison d'être de la commission.

Ainsi, le premier signal que nous avons eu que quelque chose ne tournait pas rond dans l'octroi des contrats publics porte un nom: compteurs d'eau. L'affaire, révélée par Le Devoir en 2007, impliquait des firmes de génie civil qui devaient voir à l'installation et à l'entretien desdits compteurs. Me Lussier a beau en douter, cela tombe non seulement sous la définition de «construction» telle qu'établie par la loi, mais aussi sous le sens du «grand chantier» dont Montréal se vantait à l'époque. Si la commission ne veut pas se cantonner à la théorie, ce ne sont pas que les textes de loi qu'elle devra relire, mais les reportages aussi!

De la même façon, la commission Charbonneau ne doit pas décréter trop vite que certains dossiers ne l'intéressent pas. Le port de Montréal en est un bel exemple: tant au Devoir qu'à TVA, Me Lussier a spécifiquement précisé que cette affaire ne relève pas du mandat de la commission. D'où vient une telle assurance?

Au printemps dernier, en pleine campagne électorale, des enregistrements nous apprenaient que des gens avaient tenté de se servir de contacts politiques pour faire nommer leur protégé à la direction du port de Montréal. Non seulement il s'agissait de dirigeants du milieu de la construction déjà mis en cause dans d'autres dossiers, mais l'objectif était de transformer des terrains du port en projets immobiliers. Bref, un scénario connu, avec des acteurs qui le sont également. Si, de fait, des liens se tracent entre Montréal, Québec, Ottawa et certaines entreprises, la commission Charbonneau va-t-elle détourner les yeux pour cause d'interprétation stricte de son mandat? Ce serait un beau gâchis.

Car que veulent les Québécois? Ils veulent savoir si la gestion de la chose publique a été détournée à des fins privées, voire criminelles. À cause de ses particularités, le secteur de la construction concentre le gros des préoccupations, d'où le mandat donné. Mais si des révélations débouchent sur les garderies, ou l'informatique, ou franchissent des frontières, il faudra y faire face. Car l'objectif de la commission, c'est de traquer les stratagèmes malhonnêtes, et sa crédibilité reposera sur son souci d'aller vraiment au fond des choses.
 
 
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  • Gilbert Talbot Gilbert Talbot - Abonné
    22 décembre 2011 05 h 54
    Vous avez bien raison madame Boileau, la Commisison Charbonneau doit s'alimenter aussi avec des textes des journalistes d'enquête.
    Quand vous écrivez «Si la commission ne veut pas se cantonner à la théorie, ce ne sont pas que les textes de loi qu'elle devra relire, mais les reportages aussi!» vous amenez là un point très important que Me Lussier n'avait pas abordé dans son point de Presse où il se plaignait de l'ampleur «titanesque» du mandat de la Commission Charbonneau. Les journalistes d'enquête au Devoir, à Rue Frontenac, à l'émission «Enquête» de Radio-Canada ont défriché énormément de pistes que la Commission peut maintenant suivre. En effet, on sait maintenant que dans bien de dossiers le nom de Tony Accurso se retrouve au centre des activités pégreuses, y compris dans le dossier du port de Montréal. Deuxio : on sait aussi quelles sont les municipalités où il y a eu de l'ingérence de la pègre : Montréal, Laval, Boisbriand, où des enveloppes brunes ont circulé, où les politiciens ont été abordés.

    Le travail de la Commission n'est pas légaliste : son mandat est celui d'une enquête approfondie pour dresser le portrait de la pieuvre mafieuse, de l'envahissement de ses tentacules dans le réseau politique municipal et national québécois. Me Lussier me donnait l'impression qu'il voulait limiter ce mandat par des raisons uniquement de définitions théoriques des termes du mandat. Ça commence mal parce que ça laisse l'impression encore une fois, qu'on ne voudra pas aller au fond des choses, ce que veut pourtant la population tout entière. On l'a répété assez souvent pourtant.
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  • Marie Mance Vallée - Inscrite
    22 décembre 2011 07 h 58
    Plutôt un goût de fiel
    Cette sortie de Me Lussier laisse plutôt un goût de fiel. Que lui arrive-t-il ? Que lui a-t-on demandé ou imposé ? La peur s'installerait-elle au sein même de la commission ? Il est déjà sur le frein. Inquiétante cette déclaration.

    Et s'il fallait que nous ne pouvions plus faire confiance à qui que ce soit... même pas à la justice. (sourire)
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    22 décembre 2011 08 h 09
    La boucle est bouclée
    On partira du journalisme d'enquête pour déboucher sur un grand show médiatique. On pourra présenter en boucle les vidéos recyclées et les personnages visionnés à la barre des accusés.
    Prochain combat de la société-spectacle: faire en sorte que la commission soit télévisée dans son intégralité et ce, pendant les heures de grande écoute.
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  • François Dugal - Abonné
    22 décembre 2011 08 h 20
    Entre nous
    Des avocats enquêtant sur des ingénieurs? Entre diplômés de l'U de M, on se tient!
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  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné
    22 décembre 2011 08 h 41
    Le temps bénéficie aux tenants du statu quo
    Il ne faut pas s'attendre à ce que le gouvernement du Québec mette officiellement judiciairement des bâtons dans les roues de la commission Charbonneau, le premier ministre Jean Charest s'étant finalement résigné à la créer. Par contre, rien n'est encore dit sur les intentions du gouvernement Harper: acceptera-t-il, comme nous l'avons vu lorsque le gouvernement Martin a institué la commission Gomery, qu'on enquête sur ses activités ? Et si oui, à quelles conditions ? Sauf erreur, des discussions de cet ordre et surtout un conflit judiciaire avec le gouvernement fédéral ralentiront considérablement les travaux de la commission Charbonneau, diminuant alors considérablement l'impact de ses conclusions sur l'existence de possibles cas de collusion et de corruption: ne l'oublions pas, le temps bénéficie aux tenants du statu quo.
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  • Carole Dionne - Inscrite
    22 décembre 2011 09 h 31
    Vous avez entièrement raison
    La commission devrait ratisser large mais pas en année. Plutôt de prendre les dix dernières années, elle devrait se contenter de débuter par les cinq dernière mais ratissez plus large. Toujours la même superficie à ratisser mais pas de la même façon. En commençant par la fin, on devrait voir si cela a vraiment valu la peine de faire une commission ou non.
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  • Andre Vallee - Abonné
    22 décembre 2011 15 h 54
    Journaliestes
    Si la justice n'ose pas, que nos journalistes osent, haut et fort; la population va les écouter. Nous comptons sur vous, vrais professionnels.
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  • Robert Ouellet - Abonné
    22 décembre 2011 17 h 03
    Commission inutile
    Réclamée à grand cri par la population, cette commission va tourner au ridicule dès le départ. Investiguer 1200 municipalités pour les 15 dernières années est simplement loufoque.... surtout qu'on peut d'ors et déjà avoir une excellente idée des conclusions du rapport... Genre dans la construction il existe de la collusion... (ah ouin...!?! sérieux !?!) Et suite au rapport quelle sera la réponse du gouvernement?... Création d'une unité permanente anti-collusion.... Euuuuhhh est-ce que çà se pourrait qu'on dépense de l'argent pour rien?...

    Le seul problème dans tout çà, c'est les journalistes-commentateurs-édirorialistes qui depuis deux ans prétendent que seule une commission d'enquête pouvait régler ce problème. Or rapidement on s'apperçoit qu'ils avaient tout à fait tord et que Jean Charest avait tout à fait raison de ne pas la mettre en marche....
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  • Lise Moga - Inscrite
    22 décembre 2011 17 h 40
    @Carole Dionne
    "La commission devrait ratisser large mais pas en année. Plutôt de prendre les dix dernières années, elle devrait se contenter de débuter par les cinq dernière mais ratissez plus large. Toujours la même superficie à ratisser mais pas de la même façon. En commençant par la fin, on devrait voir si cela a vraiment valu la peine de faire une commission ou non."

    Je serais plutôt favorable à ce qu'on recule le plus loin possible... Cliche (1975-1976), s'il le faut, alors que le saccage de la Baie-James de $33 000 000,00 qui a été l'élément déclencheur, s'est réglé en 1983, derrière des portes closes, dans un anonymat véreux, pour $200 000,00. Comme effet dissussif, c'était plus que ridicule et à qui a été balancée la facture? Au gouvernement, donc à tous les gens qui payent le plus d'impôts en Amérique du Nord.

    Une commission d'enquête ne doit pas servir à des fins politiques... et tous les acteurs politiques depuis 1976 doivent assumer leur part de responsabilité afin d'en finir avec la corruption... L'heure n'est pas à la démagogie.
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  • Lise Moga - Inscrite
    22 décembre 2011 18 h 08
    @Robert Ouellet
    "... surtout qu'on peut d'ors et déjà avoir une excellente idée des conclusions du rapport... "

    Il faudrait investiguer sur les véritables raisons qui amenaient les tenants de la commission, à la réclamer obsessivement: un mouvement de foule, c'est souvent imprévisible. Gare à Me Charbonneau si sa conclusion ne confirme pas les allégations des ténors de cette agitation!
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  • Carole Dionne - Inscrite
    22 décembre 2011 19 h 26
    @ Lise Moga
    Pourquoi pas débuter l'enquête avec le début de la découverte du Canada? Là au moins pis je ne suis pas sûr. Au début de L,homme et la femme. mais je ne suis pas encore sûr.

    ce que je voulais, ma chère dame, c'est de la corruption à outrance comme cela s'est fait les dernières années, on en a parlé seulement depuis au maximum cinq ans. alors même si on recule jusque dans le début des années 80, on sait tous qu'il y a eu de la corruption, indépendamment des partis au pouvoir. mais de la corruption à outrance, pas sûr que l'on va ramasser beaucoup de choses intéressantes. Et à ratisser trop loin, je ne serai même plus sur cette terre avant de voir le rapport final. Même clle qui doit la présider va être probablement dans un centre d'accueil. mais si vous êtes prête à payer, pourquoi pas
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  • Lise Moga - Inscrite
    23 décembre 2011 09 h 18
    @Carole Dionne
    "...mais de la corruption à outrance..."

    Ce n'est pas parce que l'on épilogue à outrance sur un sujet que sa matière première se métamorphose. Présentement, la partisanerie veut que tout soit blanc d'un côté et noir de l'autre... et on ne veut absolument entretenir cette fausse perception. Certains dont vous, veulent raccourcir le temps d'enquête. Serait-ce pour que seul, celui qu'ils ( et vous) ont décrété le grand responsable, subisse l'anathème. Avec pareille attitude, on est moins loin de "la fosse aux lions" qu'on veut bien nous le laisser croire... on est pas si loin de l'Inquisition et ça, c'est inquiétant pour la justice, pour la liberté et pour la démocratie.

    Si Cliche avait réussi à javelliser la corruption, il n'y aurait pas eu l'échec de Gaspésia ($$$$$) quelques années plus tard, ni en 2011, de loi pour contrer le placement syndical, identifié comme une porte d'entrée pour la corruption. Informez-vous sur Cliche et vous constaterez qu'après plusieurs millions d'investissement, la malpropreté n'a pas été irradiée de la province ... pourtant depuis 36 ans, il y a eu 18 ans de règne péquiste et 18 de règne libéral... Je crois que la seule façon de s'en sortir est d'unir les forces pour le même objectif plutôt que d'essayer d'en crucifier un seul (2 000 ans ) alors que tous les autres se font plus que discrets afin de nous persuader de leur virginité absolue. Ça prend un minimum d'honnêteté intellectuelle pour pouvoir efficacement nous convaincre d'un Eden possible.
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  • Michel Simard - Abonné
    24 décembre 2011 22 h 01
    @ Moga
    Ça prend un minimum d'honnêteté intellectuelle pour ne pas omettre que :
    - Jean Charest est le seul premier ministre à avoir obtenu un salaire provenant de sources inconnues
    - Que ce salaire le met en conflits d'intérêts
    - Que le QLP est le seul parti à imposer une carte de membre de 100 000 $ pour accéder au cabinet des ministres
    - Que les ministres libéraux-conservateurs sont en conflit d'intérêts dans leurs décisions
    - Que la nomination des juges avec des indciations genre post-it relève d'une gestion d'une province bananière de dernière catégorie.

    Cherchant à éviter de regarder le nez au milieu de la figure, les dépendantistes n'ont pas du tout de minimum d'honneteté intellectuelle, à l'exemple de leur chef Jean Charest.

    En passant, le Canada est très loin de L'Eden. C'est au mieux un pays anglo-saxon mineur gouverné par des évangélistes du XVIIe siècle.
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