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François Legault rejette les étiquettes

Le chef de la CAQ se défend d'accueillir des opportunistes

20 décembre 2011 | Robert Dutrisac | Québec
François Legault a présenté hier à Québec quatre députés ayant porté les couleurs de l’ADQ ou du PQ et qui se sont joints à la CAQ: ce sont Éric Caire (La Peltrie), Benoit Charette (Deux-Montagnes), Daniel Ratthé (Blainville) et Marc Picard (Chutes-de-la-Chaudière).<br />
Photo : Clément Allard - Le Devoir François Legault a présenté hier à Québec quatre députés ayant porté les couleurs de l’ADQ ou du PQ et qui se sont joints à la CAQ: ce sont Éric Caire (La Peltrie), Benoit Charette (Deux-Montagnes), Daniel Ratthé (Blainville) et Marc Picard (Chutes-de-la-Chaudière).
Québec — Entouré des quatre députés qui se sont officiellement placés, hier, sous la bannière de la Coalition avenir Québec, François Legault a repoussé l'étiquette de vire-capot et d'opportuniste qui pourrait leur coller à peau, lançant plutôt un appel aux élus libéraux pour qu'ils les imitent.

«Je souhaiterais, au cours des prochains mois, qu’il y ait des libéraux qui se joignent à nous, a affirmé François Legault. J’avoue que je ne comprends pas. Et j’invite les députés libéraux, pendant le temps des Fêtes, à faire une réflexion, à se regarder dans le miroir et dire: “Est-ce que c’est vrai que je vais continuer à cautionner cette magouille? Est-ce que je vais continuer à cautionner un gouvernement qui ne va nulle part?”»

Ainsi, deux anciens péquistes, le député de Deux-Montagnes, Benoit Charette, et le député de Blainville, Daniel Ratthé, ont rejoint la CAQ. Benoit Charette a démissionné en juin du PQ en manifestant son intérêt pour les idées de François Legault, tandis que Daniel Ratthé a été expulsé en novembre par la chef Pauline Marois, qui le soupçonnait d’être une taupe au service de la CAQ dans le caucus péquiste. Deux ex-adéquistes, devenus indépendants à l’automne 2009, Éric Caire et Marc Picard, qui se campaient à la droite de leur ancien parti, font aussi équipe avec François Legault.

«On continue de rassembler des gens, a souligné François Legault. Ces députés en ont assez des tiraillements stériles, des magouillages, des crises existentielles perpétuelles, de l’immobilisme et de tout ce qui empêche le Québec d’avancer.»

Selon le chef caquiste, la coalition «a le vent dans les voiles», comme en témoigne la «panique» qui s’est emparée du gouvernement libéral.

Avec Gérard Deltell, Sylvie Roy, François Bonnardel et Janvier Grondin, les quatre nouveaux venus formeront un caucus de huit députés caquistes à l’ouverture de la session. La CAQ demandera à la présidence de l’Assemblée nationale d’avoir un budget de recherche, comme c’est le cas pour l’ADQ à l’heure actuelle, mais il n’est pas assuré que cette requête sera accueillie favorablement.

Lors de la course à la direction de l’ADQ en 2009, Éric Caire, défait par une voix par Gilles Taillon, avait présenté un programme qui, de son propre aveu, voulait pousser l’ADQ encore plus à droite.

Dans sa plate-forme, Éric Caire préconisait de «retourner les députés transfuges devant les électeurs». Il proposait de modifier la Loi électorale afin d’obliger un député qui changeait de bannière à démissionner pour se présenter à nouveau lors d’une élection partielle. Le candidat, qui a présenté en ce sens le projet de loi 493 en février dernier, souhaitait aussi donner aux électeurs le pouvoir de révoquer leur député en cours de mandat. «Ça n’a pas été discuté», a indiqué François Legault.

Ce qui l’a été, toutefois, c’est l’ouverture au secteur privé du système de santé, sous la forme encore vague d’un projet-pilote portant sur la pratique mixte des médecins, qui pourraient faire payer certains de leurs patients tout en continuant à pratiquer dans le système public. «Jamais, jamais je n’ai été aussi proche qu’avec François Legault d’atteindre cet objectif, de mettre en place ce que je pense être une bonne solution pour le système de santé», s’est réjoui Éric Caire.

En tant que ministre de la Santé et des Services sociaux dans un gouvernement péquiste, François Legault avait toujours dénoncé la médecine à deux vitesses. Aujourd’hui, il est prêt à l’examiner afin d’évaluer si elle peut contribuer à ajouter de l’argent dans le réseau de la santé. «Il faut arrêter au Québec, des deux côtés, d’être dogmatique», a avancé le chef caquiste.

Éric Caire a mis au défi les journalistes de comparer le programme de l’ADQ avec les propositions de la CAQ et de «me dire qu’il y a des écarts si grands que ça».

Quand une idée ne lui plaît guère, François Legault peut toujours affirmer, sans rien décider, qu’elle ne fait pas partie des priorités de son parti. Ainsi, Éric Caire a déjà proposé de privatiser la Société des alcools du Québec (SAQ). «Je ne pense pas que c’est une priorité. Ça ne veut pas dire que je suis contre l’idée», a-t-il dit. Par contre, «faire le ménage» chez Hydro-Québec, «l’État dans l’État», en est une.

Éric Caire aura moins de succès avec une autre de ses propositions, celle de briser le monopole de la Caisse de dépôt et placement du Québec, en permettant aux déposants de placer leurs fonds ailleurs. «Je suis un grand partisan de garder la Caisse de dépôt et de s’en servir comme un levier majeur pour le développement économique du Québec, a tranché le chef de la CAQ. Donc, je ne suis pas favorable à privatiser une partie de la Caisse de dépôt, c’est bien clair.»

Legault, un homme pressé

François Legault a confirmé que la CAQ présentera un candidat dans la circonscription d’Argenteuil, laissée vacante par la démission de David Whissell. «On va présenter un candidat pour gagner», a-t-il dit. Et ce ne sera pas lui; il souhaite se présenter dans L’Assomption. «Au cours des prochaines semaines, j’ai beaucoup de travail. On a une solution de rechange à offrir aux Québécois et, sincèrement, le fait que M. Charest a mis en place la commission d’enquête publique à reculons, ça me fait dire qu’on va avoir des élections très rapides en 2012», croit François Legault.

En janvier, la CAQ présentera quelques-uns de ses candidats et mettra au point une plate-forme électorale, avant de tenir un premier congrès des membres en mars.
Préoccupée par le nerf de la guerre, la CAQ doit aussi s’occuper rapidement de son financement. Ainsi, elle demandera à ses candidats de s’engager à amasser des dons pour une somme de 25 000 $, a-t-on confirmé hier. Des montants moindres seront exigés dans des circonscriptions peu favorables à la nouvelle formation politique. Les sommes récoltées par les candidats serviront exclusivement à la campagne nationale, a-t-on précisé.

La direction de la CAQ a aussi mis sur pied le «Cercle des fondateurs» pour recueillir des contributions de 50 $ au minimum, qui permettront aux donateurs de participer à un cocktail lors du congrès en présence du chef, a-t-on indiqué.
 
 
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