L'ADN de l'ADQ
C'est la question que Gérard Deltell aurait certainement préféré ne pas entendre lundi: passera-t-il à l'histoire comme le fossoyeur de l'Action démocratique du Québec?
En réalité, la mort du parti de Mario Dumont était déjà inscrite dans les résultats de l'élection du 8 décembre 2008. Après une course à la chefferie aussi loufoque que celle qui a eu lieu l'été suivant, il est même étonnant qu'il ait pu survivre encore trois ans.
En janvier prochain, les 2521 membres qu'il compte encore devront donc décider s'ils retrouvent dans la Coalition avenir Québec (CAQ) suffisamment de l'ADN de leur ancien parti pour fusionner sans perdre leur âme.
Les «purs et durs» comme Claude Garcia et Adrien Pouliot, que M. Deltell avait eu la curieuse idée de recruter, y voient une véritable trahison. On peut toutefois se demander dans quelle mesure ils sont représentatifs de l'âme adéquiste ou s'il s'agit d'une simple caricature. La dérive libertarienne de la commission politique est toute récente. La plateforme élaborée en 2008 par Stéphane Lebouyonnec et Diane Bellemare était beaucoup plus modérée.
Certes, la défense de la responsabilité des individus, dont l'ADQ se voulait la championne, s'est toujours traduite par un désir de réduire le poids de l'État et l'influence des syndicats, mais la hargne de certains au conseil général de Trois-Rivières, en mai dernier, était tout à fait inhabituelle. On avait l'impression d'assister à une sorte de hold-up idéologique.
Il a fallu l'intervention du père fondateur de l'ADQ, Jean Allaire, pour mettre un frein à l'antisyndicalisme quasi hystérique de ces zélotes et à une frénésie de bazardage des sociétés d'État totalement irresponsable.
***
François Legault a beau se situer à gauche de l'adéquiste moyen, il n'y a pas que des dinosaures dans ce parti. Les ambitions personnelles constituaient sans nul doute une puissante source de motivation pour les partisans d'une fusion, mais il y a aussi un monde de différence entre ceux qui ont claqué la porte du PLQ en 1992 et ceux qui animent aujourd'hui le Réseau liberté Québec.
Les rugissements des «purs et durs» adéquistes pourraient néanmoins être très utiles à M. Legault pour rassurer l'électorat centriste. S'ils sont si mécontents de ce mariage forcé, n'est-ce pas la preuve que lui-même n'a rien d'un extrémiste de droite?
À première vue, il n'a pas concédé grand-chose. Accorder aux familles une allocation de
100 $ par semaine pour chaque enfant qui ne fréquente pas une garderie subventionnée est certes une mesure controversée, qui aurait pour effet de favoriser le maintien de la femme au foyer, mais on se contentera d'«évaluer» la possibilité de l'inclure dans la plateforme. Il sera facile de l'écarter sous prétexte que l'État n'en a pas les moyens.
Le projet-pilote de pratique médicale mixte que M. Legault s'est clairement engagé à mettre sur pied est plus embarrassant. Ses adversaires auront beau jeu de le présenter comme la porte ouverte à une «médecine à deux vitesses», que le chef de la CAQ avait lui-même dénoncée vigoureusement à l'époque où il était ministre de la Santé.
Quand l'ADQ avait proposé d'autoriser la mixité public-privé, M. Legault y avait vu une rupture avec les valeurs de la société québécoise d'autant moins justifiable qu'il ne croyait pas que cela contribuerait à raccourcir les listes d'attente de façon significative.
***
Plusieurs souverainistes ont reconnu à regret qu'il avait peut-être raison de dire qu'en raison du cul-de-sac constitutionnel actuel, il valait mieux mettre la question nationale en veilleuse et s'occuper de problèmes plus immédiats.
De là à faire une profession de foi fédéraliste, il y a cependant une marge. Or Gérard Deltell a été très clair: en faisant sienne la thèse de l'autonomie adéquiste, la Coalition avenir Québec accepte que le Québec réalise son destin de nation «à l'intérieur du cadre fédéral canadien».
M. Legault s'est peut-être réjoui intérieurement des résultats du sondage CROP-Gesca publiés hier, qui démontrent à quel point la population a du mal à saisir ses orientations. C'est précisément ce flou, qu'il cultive avec le plus grand soin, qui peut assurer la cohésion de sa coalition. Le fédéralisme? La souveraineté? La gauche? La droite? Le privé en santé? Ni pour, ni contre, bien au contraire.
Sur un seul sujet, les personnes interrogées croient percevoir clairement ses intentions. Selon 48 % d'entre elles, la CAQ est «pour le renforcement de la loi 101». Pourtant, c'est le contraire: M. Legault refuse catégoriquement de la rendre plus contraignante.
Il n'est pas si étonnant que seulement 30 % des Québécois croient que la CAQ représente le changement: qu'y a-t-il de nouveau dans la confusion? Des positions claires pourraient être fatales à la CAQ, mais son identité ambiguë est aussi son talon d'Achille. Refuser de se définir permet à l'adversaire de le faire à sa place et le résultat est rarement flatteur.
En réalité, la mort du parti de Mario Dumont était déjà inscrite dans les résultats de l'élection du 8 décembre 2008. Après une course à la chefferie aussi loufoque que celle qui a eu lieu l'été suivant, il est même étonnant qu'il ait pu survivre encore trois ans.
En janvier prochain, les 2521 membres qu'il compte encore devront donc décider s'ils retrouvent dans la Coalition avenir Québec (CAQ) suffisamment de l'ADN de leur ancien parti pour fusionner sans perdre leur âme.
Les «purs et durs» comme Claude Garcia et Adrien Pouliot, que M. Deltell avait eu la curieuse idée de recruter, y voient une véritable trahison. On peut toutefois se demander dans quelle mesure ils sont représentatifs de l'âme adéquiste ou s'il s'agit d'une simple caricature. La dérive libertarienne de la commission politique est toute récente. La plateforme élaborée en 2008 par Stéphane Lebouyonnec et Diane Bellemare était beaucoup plus modérée.
Certes, la défense de la responsabilité des individus, dont l'ADQ se voulait la championne, s'est toujours traduite par un désir de réduire le poids de l'État et l'influence des syndicats, mais la hargne de certains au conseil général de Trois-Rivières, en mai dernier, était tout à fait inhabituelle. On avait l'impression d'assister à une sorte de hold-up idéologique.
Il a fallu l'intervention du père fondateur de l'ADQ, Jean Allaire, pour mettre un frein à l'antisyndicalisme quasi hystérique de ces zélotes et à une frénésie de bazardage des sociétés d'État totalement irresponsable.
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François Legault a beau se situer à gauche de l'adéquiste moyen, il n'y a pas que des dinosaures dans ce parti. Les ambitions personnelles constituaient sans nul doute une puissante source de motivation pour les partisans d'une fusion, mais il y a aussi un monde de différence entre ceux qui ont claqué la porte du PLQ en 1992 et ceux qui animent aujourd'hui le Réseau liberté Québec.
Les rugissements des «purs et durs» adéquistes pourraient néanmoins être très utiles à M. Legault pour rassurer l'électorat centriste. S'ils sont si mécontents de ce mariage forcé, n'est-ce pas la preuve que lui-même n'a rien d'un extrémiste de droite?
À première vue, il n'a pas concédé grand-chose. Accorder aux familles une allocation de
100 $ par semaine pour chaque enfant qui ne fréquente pas une garderie subventionnée est certes une mesure controversée, qui aurait pour effet de favoriser le maintien de la femme au foyer, mais on se contentera d'«évaluer» la possibilité de l'inclure dans la plateforme. Il sera facile de l'écarter sous prétexte que l'État n'en a pas les moyens.
Le projet-pilote de pratique médicale mixte que M. Legault s'est clairement engagé à mettre sur pied est plus embarrassant. Ses adversaires auront beau jeu de le présenter comme la porte ouverte à une «médecine à deux vitesses», que le chef de la CAQ avait lui-même dénoncée vigoureusement à l'époque où il était ministre de la Santé.
Quand l'ADQ avait proposé d'autoriser la mixité public-privé, M. Legault y avait vu une rupture avec les valeurs de la société québécoise d'autant moins justifiable qu'il ne croyait pas que cela contribuerait à raccourcir les listes d'attente de façon significative.
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Plusieurs souverainistes ont reconnu à regret qu'il avait peut-être raison de dire qu'en raison du cul-de-sac constitutionnel actuel, il valait mieux mettre la question nationale en veilleuse et s'occuper de problèmes plus immédiats.
De là à faire une profession de foi fédéraliste, il y a cependant une marge. Or Gérard Deltell a été très clair: en faisant sienne la thèse de l'autonomie adéquiste, la Coalition avenir Québec accepte que le Québec réalise son destin de nation «à l'intérieur du cadre fédéral canadien».
M. Legault s'est peut-être réjoui intérieurement des résultats du sondage CROP-Gesca publiés hier, qui démontrent à quel point la population a du mal à saisir ses orientations. C'est précisément ce flou, qu'il cultive avec le plus grand soin, qui peut assurer la cohésion de sa coalition. Le fédéralisme? La souveraineté? La gauche? La droite? Le privé en santé? Ni pour, ni contre, bien au contraire.
Sur un seul sujet, les personnes interrogées croient percevoir clairement ses intentions. Selon 48 % d'entre elles, la CAQ est «pour le renforcement de la loi 101». Pourtant, c'est le contraire: M. Legault refuse catégoriquement de la rendre plus contraignante.
Il n'est pas si étonnant que seulement 30 % des Québécois croient que la CAQ représente le changement: qu'y a-t-il de nouveau dans la confusion? Des positions claires pourraient être fatales à la CAQ, mais son identité ambiguë est aussi son talon d'Achille. Refuser de se définir permet à l'adversaire de le faire à sa place et le résultat est rarement flatteur.
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