Construction - Des immigrants sous-représentés, comme les femmes
Le Québec accuse un sérieux retard au Canada
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Selon Mme Lemieux, persuader les immigrants d'aller en formation est déjà tout un contrat. Après, ce sera à la CCQ de devenir une sorte de «protecteur de l'immigrant» en empêchant une embauche discriminatoire.
À retenir
Née à Québec en 1950
Écrivaine et femme de théâtre, Marie Laberge compte à son actif plus de vingt pièces jouées au Québec et en Europe. Depuis ses débuts littéraires avec Juillet, il y a une vingtaine d’années, ses dix romans, dont sa trilogie Le goût du bonheur, ont connu un franc succès au Québec. Son roman épistolaire Des nouvelles de Martha prendra fin en décembre.
Dernier livre paru: Revenir de loin (Boréal, 2010)
Profitons de ce que Statistique Canada — cette noble maison en perte de moyens depuis les changements apportés au recensement — ait encore des chiffres certains à nous offrir et attaquons de front: au Québec, en 2006, le taux d'immigrants qui ont intégré le milieu de la construction est d'à peine 6 %. Ailleurs au Canada? C'est nettement mieux. L'Alberta touche le 12 % et l'Ontario peut fanfaronner avec un 26 % impressionnant. Le Nouveau-Brunswick est le seul à réussir un score plus maigre que le nôtre avec 3 %.
Au Québec en 2006, 50 % de la croissance de la population vient de l'immigration.
Faites le calcul...
Ces chiffres, fournis par la Commission de la construction du Québec (CCQ) dont la présidente Diane Lemieux nous a parlé, ne sont pas qualifiés de glorieux ou d'encourageants. On a de la planche à varloper pour intégrer nos immigrants sur les chantiers! Au moins autant que pour les femmes, le sort des uns étant étrangement semblable à celui des autres. À tel point que la comparaison est tentante et que la question s'impose: le milieu de la construction est-il un reflet fidèle de la société québécoise ou est-il une version plus crue et non vernie de nos préjugés?
En conférence devant les milieux syndical et patronal, Diane Lemieux nous a raconté avoir sorti cette boutade: «Le milieu de la construction est encore un milieu d'hommes hétérosexuels, blancs et catholiques.» L'humour contenant toujours une part de vérité, est-ce une blague ou une manière habile de définir un club privé de mâles dominants où la différence n'est pas un ajout, mais un manque?
Monsieur Aldo Paolinelli, président de la CSN-Construction, a utilisé cette formule: «On n'est pas tous des brutes! Et il va y en avoir moins lorsqu'il y aura plus de femmes.»
Les femmes, on le sait, ont fait les frais d'une intégration ardue qui reste incomplète à ce jour. Force est de constater que les immigrants n'auront pas plus de passe-droit. Les trois étapes d'accession à l'emploi sont autant d'écueils: tout d'abord, la formation, ensuite l'embauche, pour accéder à la dernière étape — et non la moindre — rester.
Selon Mme Lemieux, persuader les immigrants d'aller en formation est déjà tout un contrat. Après, ce sera à la CCQ de devenir une sorte de «protecteur de l'immigrant» en empêchant une embauche discriminatoire. À ce sujet, Yves Ouellet, directeur général de la FTQ-Construction, nous dit voir dans le projet de loi 33 éliminant le placement syndical un problème supplémentaire, pour ne pas dire un frein majeur à l'emploi des immigrants. «Entre Tremblay et Gonzales, qui vous pensez qu'ils vont choisir?» La réponse de la CSN à cet argument est assez juteuse: «S'ils peuvent faire la différence, comment ça se fait qu'il n'y a pas plus d'immigrants sur les chantiers?»
En fait, aucune étude des causes, aucune statistique des détails de cet état des choses ne sont disponibles. Ce qui en dit long sur notre empressement à comprendre... «À la CCQ, il n'existe rien pour l'intégration des immigrants, et ce, malgré les déclarations», nous a dit M. Paolinelli.
La dernière étape du parcours — rester — est aussi critique que les autres. Comment passer du statut d'immigrant à celui de résistant? Parce que la dureté de l'intimidation est réelle. Et elle est d'autant plus perfide qu'elle est souvent inconsciente. Elle peut même être totalement non intentionnelle. «Les préjugés que l'on retrouve un peu partout dans la société sont un peu plus concentrés dans l'industrie de la construction», soutient Aldo Paolinelli qui connaît la chanson, étant lui-même un immigrant.
Le parallèle avec les femmes dans l'industrie de la construction pourrait bien hanter la suite des choses. Il n'y a pas de miracle: tant que la société est inconsciente, tant qu'elle répercute ses préjugés et se permet d'intimider en chargeant sur la différence comme des taureaux sur du rouge, les immigrants, les femmes, les «pas pareils» seront rangés en rangs serrés en bordure du banquet et ils mangeront des miettes.
Nos immigrants, nos pareils, nos frères méritent mieux. Et nous méritons mieux comme société, j'en suis certaine.
Au Québec en 2006, 50 % de la croissance de la population vient de l'immigration.
Faites le calcul...
Ces chiffres, fournis par la Commission de la construction du Québec (CCQ) dont la présidente Diane Lemieux nous a parlé, ne sont pas qualifiés de glorieux ou d'encourageants. On a de la planche à varloper pour intégrer nos immigrants sur les chantiers! Au moins autant que pour les femmes, le sort des uns étant étrangement semblable à celui des autres. À tel point que la comparaison est tentante et que la question s'impose: le milieu de la construction est-il un reflet fidèle de la société québécoise ou est-il une version plus crue et non vernie de nos préjugés?
En conférence devant les milieux syndical et patronal, Diane Lemieux nous a raconté avoir sorti cette boutade: «Le milieu de la construction est encore un milieu d'hommes hétérosexuels, blancs et catholiques.» L'humour contenant toujours une part de vérité, est-ce une blague ou une manière habile de définir un club privé de mâles dominants où la différence n'est pas un ajout, mais un manque?
Monsieur Aldo Paolinelli, président de la CSN-Construction, a utilisé cette formule: «On n'est pas tous des brutes! Et il va y en avoir moins lorsqu'il y aura plus de femmes.»
Les femmes, on le sait, ont fait les frais d'une intégration ardue qui reste incomplète à ce jour. Force est de constater que les immigrants n'auront pas plus de passe-droit. Les trois étapes d'accession à l'emploi sont autant d'écueils: tout d'abord, la formation, ensuite l'embauche, pour accéder à la dernière étape — et non la moindre — rester.
Selon Mme Lemieux, persuader les immigrants d'aller en formation est déjà tout un contrat. Après, ce sera à la CCQ de devenir une sorte de «protecteur de l'immigrant» en empêchant une embauche discriminatoire. À ce sujet, Yves Ouellet, directeur général de la FTQ-Construction, nous dit voir dans le projet de loi 33 éliminant le placement syndical un problème supplémentaire, pour ne pas dire un frein majeur à l'emploi des immigrants. «Entre Tremblay et Gonzales, qui vous pensez qu'ils vont choisir?» La réponse de la CSN à cet argument est assez juteuse: «S'ils peuvent faire la différence, comment ça se fait qu'il n'y a pas plus d'immigrants sur les chantiers?»
En fait, aucune étude des causes, aucune statistique des détails de cet état des choses ne sont disponibles. Ce qui en dit long sur notre empressement à comprendre... «À la CCQ, il n'existe rien pour l'intégration des immigrants, et ce, malgré les déclarations», nous a dit M. Paolinelli.
La dernière étape du parcours — rester — est aussi critique que les autres. Comment passer du statut d'immigrant à celui de résistant? Parce que la dureté de l'intimidation est réelle. Et elle est d'autant plus perfide qu'elle est souvent inconsciente. Elle peut même être totalement non intentionnelle. «Les préjugés que l'on retrouve un peu partout dans la société sont un peu plus concentrés dans l'industrie de la construction», soutient Aldo Paolinelli qui connaît la chanson, étant lui-même un immigrant.
Le parallèle avec les femmes dans l'industrie de la construction pourrait bien hanter la suite des choses. Il n'y a pas de miracle: tant que la société est inconsciente, tant qu'elle répercute ses préjugés et se permet d'intimider en chargeant sur la différence comme des taureaux sur du rouge, les immigrants, les femmes, les «pas pareils» seront rangés en rangs serrés en bordure du banquet et ils mangeront des miettes.
Nos immigrants, nos pareils, nos frères méritent mieux. Et nous méritons mieux comme société, j'en suis certaine.
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