L'héritage des années 1960 - La Belle Province se construit
Au temps de la Révolution tranquille, «l'État est devenu un instrument majeur du rattrapage économique»
C'est à compter de la Révolution tranquille que l'État québécois a commencé à mettre en place ses propres institutions économiques. Au fil des ans, ces sociétés étatiques se sont multipliées. Aujourd'hui, si plusieurs d'entre elles ont disparu, certaines existent encore. Bref survol historique de ces institutions.
«Il y a d'abord eu un important changement dans le rôle de l'État. Auparavant, en matière économique, l'État était généralement attentiste. Mais la Révolution tranquille et le renouveau d'idées qu'elle a amené ont fait en sorte que l'État est devenu un instrument majeur du rattrapage économique du Québec, d'où une présence plus accrue de l'État dans les affaires économiques», rappelle d'entrée de jeu Claude Séguin. Économiste et spécialiste en administration publique, M. Séguin a longtemps oeuvré comme grand commis au sein de l'État québécois, notamment au ministère des Finances et au Conseil du trésor. Il travaille maintenant dans le secteur privé.
Bien qu'officiellement fondée en 1944 sous le gouvernement Godbout, Hydro-Québec devient, lors de la nationalisation de l'électricité, la première véritable institution économique de l'État québécois. «Il y avait plusieurs raisons de nationaliser l'électricité et d'en confier la production et la distribution à Hydro-Québec. On voulait d'abord assurer une distribution uniforme de l'électricité sur le territoire québécois. Ensuite, on jugeait que les entreprises privées n'avaient ni la capacité ni l'intérêt de l'exploiter hors de leurs régions. Pourquoi aller sur la Côte-Nord lorsqu'on peut exploiter la rivière Saint-Maurice? Et, finalement, on considérait que seule une société de grande taille, comme pouvait l'être Hydro-Québec une fois les entreprises privées absorbées, pouvait trouver le financement nécessaire aux grands projets hydro-électriques, comme Manic 5 ou le développement de la baie James.»
La Caisse de dépôt et placement
La seconde institution économique majeure à voir le jour est la Caisse de dépôt et placement du Québec, créée en 1965. «Le gouvernement Lesage a profité de l'accord fédéral-provincial créant le Régime des rentes du Canada et du Québec pour mettre en place la Caisse de dépôt et placement. On voulait ainsi faire en sorte que les cotisations au Régime des rentes du Québec échappent à ce qu'on appelait à l'époque le syndicat financier. De plus, on avait la conviction que la création d'une telle caisse augmenterait la capacité d'emprunt de la province. Dès le départ, dans la loi qui l'a créée, la Caisse de dépôt et placement se voit dotée d'un double mandat: obtenir le meilleur rendement possible sur les cotisations des membres et participer au développement économique du Québec.»
Les sociétés d'investissement et les sociétés d'exploitation
Mais l'État québécois va même plus loin, puisqu'il met en place, dès 1962, la Société générale de financement (SGF), dont l'un des mandats est de rendre accessible un certain financement aux entreprises québécoises. «La Société générale de financement est une véritable société de financement industriel et l'un de ses mandats est d'améliorer la base industrielle du Québec.»
Après la création de la SGF, l'État québécois ne s'arrête pas là pour autant et crée une série de sociétés d'investissement, chacune oeuvrant dans un secteur industriel précis. Ainsi naissent des sociétés comme REXFOR, dans le domaine des terres et forêts, la SOQUEM, dans le domaine des mines, et la SOQUIA, dans le domaine de l'agriculture et de l'agroalimentaire, pour n'en nommer que quelques-unes. «Presque tous les secteurs économiques ont eu leur société d'investissement, de l'aluminium à la pétrochimie en passant même par l'automobile. Leur mandat était spécifique, contrairement à celui de la SGF, qui était plus général.»
Qu'en reste-t-il?
Apparaîtront, au cours des années suivantes, une nouvelle série de société d'État, celles-ci étant par contre des sociétés d'exploitation. «C'est la période de Sidbec, de la Société nationale de l'amiante, de Madelipêche, de Québecair, etc. L'État québécois est le propriétaire majoritaire de ces entreprises et en contrôle le fonctionnement.»
Les sociétés d'exploitation furent les premières à disparaître. «Plusieurs de ces sociétés d'exploitation ont connu d'importantes pertes. Le gouvernement Bourassa, au milieu des années 1980, a choisi de presque toutes les privatiser. On avait alors compris que l'État n'est pas toujours le mieux placé pour se livrer à des activités commerciales. Son rôle consiste à inciter et à accompagner le secteur privé, plutôt que de s'y substituer.»
Restent encore dans le décor certaines sociétés d'État commerciales, telles Loto-Québec et la Société des alcools du Québec. «Mais, avant d'être des sociétés commerciales, la SAQ et Loto-Québec sont d'abord des monopoles fiscaux.»
Quant aux sociétés d'investissement sectoriel, comme REXFOR et autres, elles ont toutes été intégrées à la SGF en 2000, sous le gouvernement Landry. Récemment, le gouvernement Charest a choisi de fusionner la SGF avec Investissement Québec, de sorte qu'il n'existe maintenant qu'une seule société d'investissement étatique, soit Investissement Québec.
Restent donc dans le paysage québécois deux sociétés étatiques héritées de la Révolution tranquille, soit Hydro-Québec et la Caisse de dépôt et placement du Québec. «Évidemment, Hydro-Québec et la Caisse de dépôt et placement suscitent périodiquement des débats publics. Hydro-Québec est-elle aussi efficace qu'auparavant? La Caisse de dépôt et placement s'est-elle égarée au fil des ans et a-t-elle trahi sa double mission d'origine? Ce type de questionnement est tout à fait normal. Ce qui était une bonne idée il y a 50 ans l'est-il encore aujourd'hui?», conclut Claude Séguin.
Mais poser cette question n'invalide pas l'importante contribution qu'ont apportée au développement économique du Québec ces sociétés d'État.
***
Collaborateur du Devoir
«Il y a d'abord eu un important changement dans le rôle de l'État. Auparavant, en matière économique, l'État était généralement attentiste. Mais la Révolution tranquille et le renouveau d'idées qu'elle a amené ont fait en sorte que l'État est devenu un instrument majeur du rattrapage économique du Québec, d'où une présence plus accrue de l'État dans les affaires économiques», rappelle d'entrée de jeu Claude Séguin. Économiste et spécialiste en administration publique, M. Séguin a longtemps oeuvré comme grand commis au sein de l'État québécois, notamment au ministère des Finances et au Conseil du trésor. Il travaille maintenant dans le secteur privé.
Bien qu'officiellement fondée en 1944 sous le gouvernement Godbout, Hydro-Québec devient, lors de la nationalisation de l'électricité, la première véritable institution économique de l'État québécois. «Il y avait plusieurs raisons de nationaliser l'électricité et d'en confier la production et la distribution à Hydro-Québec. On voulait d'abord assurer une distribution uniforme de l'électricité sur le territoire québécois. Ensuite, on jugeait que les entreprises privées n'avaient ni la capacité ni l'intérêt de l'exploiter hors de leurs régions. Pourquoi aller sur la Côte-Nord lorsqu'on peut exploiter la rivière Saint-Maurice? Et, finalement, on considérait que seule une société de grande taille, comme pouvait l'être Hydro-Québec une fois les entreprises privées absorbées, pouvait trouver le financement nécessaire aux grands projets hydro-électriques, comme Manic 5 ou le développement de la baie James.»
La Caisse de dépôt et placement
La seconde institution économique majeure à voir le jour est la Caisse de dépôt et placement du Québec, créée en 1965. «Le gouvernement Lesage a profité de l'accord fédéral-provincial créant le Régime des rentes du Canada et du Québec pour mettre en place la Caisse de dépôt et placement. On voulait ainsi faire en sorte que les cotisations au Régime des rentes du Québec échappent à ce qu'on appelait à l'époque le syndicat financier. De plus, on avait la conviction que la création d'une telle caisse augmenterait la capacité d'emprunt de la province. Dès le départ, dans la loi qui l'a créée, la Caisse de dépôt et placement se voit dotée d'un double mandat: obtenir le meilleur rendement possible sur les cotisations des membres et participer au développement économique du Québec.»
Les sociétés d'investissement et les sociétés d'exploitation
Mais l'État québécois va même plus loin, puisqu'il met en place, dès 1962, la Société générale de financement (SGF), dont l'un des mandats est de rendre accessible un certain financement aux entreprises québécoises. «La Société générale de financement est une véritable société de financement industriel et l'un de ses mandats est d'améliorer la base industrielle du Québec.»
Après la création de la SGF, l'État québécois ne s'arrête pas là pour autant et crée une série de sociétés d'investissement, chacune oeuvrant dans un secteur industriel précis. Ainsi naissent des sociétés comme REXFOR, dans le domaine des terres et forêts, la SOQUEM, dans le domaine des mines, et la SOQUIA, dans le domaine de l'agriculture et de l'agroalimentaire, pour n'en nommer que quelques-unes. «Presque tous les secteurs économiques ont eu leur société d'investissement, de l'aluminium à la pétrochimie en passant même par l'automobile. Leur mandat était spécifique, contrairement à celui de la SGF, qui était plus général.»
Qu'en reste-t-il?
Apparaîtront, au cours des années suivantes, une nouvelle série de société d'État, celles-ci étant par contre des sociétés d'exploitation. «C'est la période de Sidbec, de la Société nationale de l'amiante, de Madelipêche, de Québecair, etc. L'État québécois est le propriétaire majoritaire de ces entreprises et en contrôle le fonctionnement.»
Les sociétés d'exploitation furent les premières à disparaître. «Plusieurs de ces sociétés d'exploitation ont connu d'importantes pertes. Le gouvernement Bourassa, au milieu des années 1980, a choisi de presque toutes les privatiser. On avait alors compris que l'État n'est pas toujours le mieux placé pour se livrer à des activités commerciales. Son rôle consiste à inciter et à accompagner le secteur privé, plutôt que de s'y substituer.»
Restent encore dans le décor certaines sociétés d'État commerciales, telles Loto-Québec et la Société des alcools du Québec. «Mais, avant d'être des sociétés commerciales, la SAQ et Loto-Québec sont d'abord des monopoles fiscaux.»
Quant aux sociétés d'investissement sectoriel, comme REXFOR et autres, elles ont toutes été intégrées à la SGF en 2000, sous le gouvernement Landry. Récemment, le gouvernement Charest a choisi de fusionner la SGF avec Investissement Québec, de sorte qu'il n'existe maintenant qu'une seule société d'investissement étatique, soit Investissement Québec.
Restent donc dans le paysage québécois deux sociétés étatiques héritées de la Révolution tranquille, soit Hydro-Québec et la Caisse de dépôt et placement du Québec. «Évidemment, Hydro-Québec et la Caisse de dépôt et placement suscitent périodiquement des débats publics. Hydro-Québec est-elle aussi efficace qu'auparavant? La Caisse de dépôt et placement s'est-elle égarée au fil des ans et a-t-elle trahi sa double mission d'origine? Ce type de questionnement est tout à fait normal. Ce qui était une bonne idée il y a 50 ans l'est-il encore aujourd'hui?», conclut Claude Séguin.
Mais poser cette question n'invalide pas l'importante contribution qu'ont apportée au développement économique du Québec ces sociétés d'État.
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Collaborateur du Devoir








