Jours troubles en terre québécoise
«Les gens sont convaincus qu'ils n'ont pas d'impact sur leur société»
Il y a crise. Le Canada de Harper n'est pas le Canada des Québécois. Le Québec de Charest est rejeté par la grande majorité de ses électeurs. Et aux États-Unis, le Parti républicain et son aile réactionnaire qu'est le Tea Party bloquent systématiquement tous les projets déposés par un président démocratiquement élu. Et l'Europe remet en cause le fonctionnement de l'appareil politique. Et vote-t-on une résolution à l'UNESCO qu'on le fait au risque de voir le financement de l'organisme être mis à mal. Y a-t-il donc un problème avec les institutions démocratiques?
Un vent contestataire souffle sur tout l'appareil politique. Et les ténors du néolibéralisme ne peuvent que se réjouir: ils en sont même arrivés à convaincre de larges pans des populations que le slogan du passé, ce «no government is better government», établit la meilleure forme de gestion des affaires citoyennes.
Et s'il survient une crise économique qui a mis à mal toutes les démocraties occidentales, cela s'expliquerait toutefois par l'avidité de quelques-uns et ne devrait d'aucune façon remettre en question le laisser-faire qui autorise toute initiative individuelle. Et la crise qui s'ensuit favorise même tous les excès de déréglementation: qu'aurait à dire le «bon peuple» contre toute mesure qui favorise la création d'emplois? En fait, sur ce sujet, qui nous dit, déclare plus d'un, que ce «réchauffement climatique» et autres épouvantails ne sont tout simplement pas des élucubrations de gauchistes ou encore n'ont pas été générés par ces autres penseurs généreusement entretenus par des universités qui, on le sait, vivent aux crochets de l'État?
Le Québec démocratique vit des jours troubles. Se fie-t-on aux divers sondages et aux résultats d'élections qu'on en arrive à des constats effarants: des majorités absolues sont accordées à des inconnus et un parti non fondé est porté au pouvoir sans qu'il y ait des candidats qui le soutiennent et au moment où il ne proclame rien d'autre qu'une volonté de faire dans des secteurs bien précis.
Quant aux personnes en poste, elles posent problème: le Québec électeur ne veut plus de son premier ministre et l'opposition officielle doute fort de sa chef de parti. Et, dans les autres secteurs de la gestion publique, on a vu plus d'un scandale ébranler le monde municipal, et même l'appareil syndical connaît des ratés, quand c'est tout l'univers de la construction et des vastes programmes d'infrastructure qui semble gangrené par des collusions qui favorisent certains groupes d'intérêt.
Réussites institutionnelles
Pourtant, oublierions-nous que le Québec moderne a été fait par la mise en place d'une vaste stratégie institutionnelle? Que serions-nous sans Hydro-Québec? Comment se comporterait l'économie québécoise sans la Caisse de dépôt et les divers fonds corporatifs et fonds de travailleurs? Quel serait l'état du monde de l'éducation sans les universités et ces cégeps qui sont des acteurs majeurs en région?
Et ce ne sont là que les institutions les plus visibles. Pouvons-nous en fait concevoir un Québec où il n'y aurait plus de régime d'assurance maladie, de Régie des rentes, de Commission de la santé et de la sécurité du travail, voire de garderies à 5 $ ou 7 $ ou 12 $, sans parler des sociétés de transport publiques ou des corps intermédiaires qui permettent aux régions de faire entendre leurs voix prêchant pour leur survie?
Corriger
Certains font fi de tout cela. D'autres proposent des mesures correctives. On dira qu'un coup de balai s'impose pour empêcher les excès de pouvoir quand, à l'opposé, un doyen de la chose et une jeune qui s'affiche comme représentante de sa génération décrivent la situation actuelle, le cynisme affiché, comme un mouvement temporaire.
«Je pense que les institutions actuelles répondent plutôt bien aux désirs des citoyens», déclare donc Éric Montpetit, directeur de la Faculté des sciences politiques de l'Université de Montréal, quand Mélanie Joly voit le temps actuel comme le prélude d'une autre «Révolution tranquille»: «Les gens sont convaincus qu'ils n'ont pas d'impact sur leur société. Pourtant, si demain on décide de lancer un projet qui nous tient à coeur, on peut le faire. Ça ne dépend que de chacun. De petits gestes peuvent avoir un énorme impact.»
À qui la faute?
Cela dit, il faut admettre qu'il y a un malaise. Un ancien ministre de l'actuel gouvernement québécois dira ainsi que les pouvoirs que la Constitution accorde au premier ministre sont excessifs: il est un «empereur». Un autre, ancien ténor du Parti québécois, dénonce que, dans les faits, les partis ne respectent pas les volontés des électeurs et un fédéraliste ne pourra que souligner qu'il y a un désengagement des gens.
Pourtant, si la démocratie va mal, est-ce la faute de son programme institutionnel ou de l'utilisation, voire de la manipulation, qu'en font ceux qui nous gouvernent? Et, à tout confondre, ne risque-t-on pas de laisser le pouvoir à ceux qui préfèrent agir dans l'ombre et imposer au grand nombre des mesures qui ne favorisent en fait que leur intérêt personnel?
Que le pouvoir corrompt, cela a été prouvé. Que les machines électorales, dont l'existence explique qu'un Bush ou un Cheney ont encore la cote au sud de nos frontières, que ces machines n'ont d'autre raison d'être que de perpétuer ce qui les autorise, cela est, quand d'autre part la population électorale ne veut pas nécessairement un changement, mais la mise en fonction de ce qui existe déjà: qui réclame une commission d'enquête sur la construction? Qui veut que la lumière soit faite sur les dossiers obscurs?
Et si on voulait comprendre que l'Assemblée nationale a toujours sa raison d'être, qu'il suffise pour cela de constater comment un parti politique, avec un seul candidat élu, a au Québec une influence grande, occupant un espace beaucoup plus vaste que celui défini par son siège de député. Il y a des jours où la démocratie fonctionne. Et alors, les institutions ont leur raison d'être.
Un vent contestataire souffle sur tout l'appareil politique. Et les ténors du néolibéralisme ne peuvent que se réjouir: ils en sont même arrivés à convaincre de larges pans des populations que le slogan du passé, ce «no government is better government», établit la meilleure forme de gestion des affaires citoyennes.
Et s'il survient une crise économique qui a mis à mal toutes les démocraties occidentales, cela s'expliquerait toutefois par l'avidité de quelques-uns et ne devrait d'aucune façon remettre en question le laisser-faire qui autorise toute initiative individuelle. Et la crise qui s'ensuit favorise même tous les excès de déréglementation: qu'aurait à dire le «bon peuple» contre toute mesure qui favorise la création d'emplois? En fait, sur ce sujet, qui nous dit, déclare plus d'un, que ce «réchauffement climatique» et autres épouvantails ne sont tout simplement pas des élucubrations de gauchistes ou encore n'ont pas été générés par ces autres penseurs généreusement entretenus par des universités qui, on le sait, vivent aux crochets de l'État?
Le Québec démocratique vit des jours troubles. Se fie-t-on aux divers sondages et aux résultats d'élections qu'on en arrive à des constats effarants: des majorités absolues sont accordées à des inconnus et un parti non fondé est porté au pouvoir sans qu'il y ait des candidats qui le soutiennent et au moment où il ne proclame rien d'autre qu'une volonté de faire dans des secteurs bien précis.
Quant aux personnes en poste, elles posent problème: le Québec électeur ne veut plus de son premier ministre et l'opposition officielle doute fort de sa chef de parti. Et, dans les autres secteurs de la gestion publique, on a vu plus d'un scandale ébranler le monde municipal, et même l'appareil syndical connaît des ratés, quand c'est tout l'univers de la construction et des vastes programmes d'infrastructure qui semble gangrené par des collusions qui favorisent certains groupes d'intérêt.
Réussites institutionnelles
Pourtant, oublierions-nous que le Québec moderne a été fait par la mise en place d'une vaste stratégie institutionnelle? Que serions-nous sans Hydro-Québec? Comment se comporterait l'économie québécoise sans la Caisse de dépôt et les divers fonds corporatifs et fonds de travailleurs? Quel serait l'état du monde de l'éducation sans les universités et ces cégeps qui sont des acteurs majeurs en région?
Et ce ne sont là que les institutions les plus visibles. Pouvons-nous en fait concevoir un Québec où il n'y aurait plus de régime d'assurance maladie, de Régie des rentes, de Commission de la santé et de la sécurité du travail, voire de garderies à 5 $ ou 7 $ ou 12 $, sans parler des sociétés de transport publiques ou des corps intermédiaires qui permettent aux régions de faire entendre leurs voix prêchant pour leur survie?
Corriger
Certains font fi de tout cela. D'autres proposent des mesures correctives. On dira qu'un coup de balai s'impose pour empêcher les excès de pouvoir quand, à l'opposé, un doyen de la chose et une jeune qui s'affiche comme représentante de sa génération décrivent la situation actuelle, le cynisme affiché, comme un mouvement temporaire.
«Je pense que les institutions actuelles répondent plutôt bien aux désirs des citoyens», déclare donc Éric Montpetit, directeur de la Faculté des sciences politiques de l'Université de Montréal, quand Mélanie Joly voit le temps actuel comme le prélude d'une autre «Révolution tranquille»: «Les gens sont convaincus qu'ils n'ont pas d'impact sur leur société. Pourtant, si demain on décide de lancer un projet qui nous tient à coeur, on peut le faire. Ça ne dépend que de chacun. De petits gestes peuvent avoir un énorme impact.»
À qui la faute?
Cela dit, il faut admettre qu'il y a un malaise. Un ancien ministre de l'actuel gouvernement québécois dira ainsi que les pouvoirs que la Constitution accorde au premier ministre sont excessifs: il est un «empereur». Un autre, ancien ténor du Parti québécois, dénonce que, dans les faits, les partis ne respectent pas les volontés des électeurs et un fédéraliste ne pourra que souligner qu'il y a un désengagement des gens.
Pourtant, si la démocratie va mal, est-ce la faute de son programme institutionnel ou de l'utilisation, voire de la manipulation, qu'en font ceux qui nous gouvernent? Et, à tout confondre, ne risque-t-on pas de laisser le pouvoir à ceux qui préfèrent agir dans l'ombre et imposer au grand nombre des mesures qui ne favorisent en fait que leur intérêt personnel?
Que le pouvoir corrompt, cela a été prouvé. Que les machines électorales, dont l'existence explique qu'un Bush ou un Cheney ont encore la cote au sud de nos frontières, que ces machines n'ont d'autre raison d'être que de perpétuer ce qui les autorise, cela est, quand d'autre part la population électorale ne veut pas nécessairement un changement, mais la mise en fonction de ce qui existe déjà: qui réclame une commission d'enquête sur la construction? Qui veut que la lumière soit faite sur les dossiers obscurs?
Et si on voulait comprendre que l'Assemblée nationale a toujours sa raison d'être, qu'il suffise pour cela de constater comment un parti politique, avec un seul candidat élu, a au Québec une influence grande, occupant un espace beaucoup plus vaste que celui défini par son siège de député. Il y a des jours où la démocratie fonctionne. Et alors, les institutions ont leur raison d'être.








