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    Pour une nouvelle culture politique - Les Marois, Khadir et Deltell soutiennent Pagé

    «En démocratie, il faut s'élever au-dessus de la partisanerie»

    5 novembre 2011 |Claude Lafleur | Québec
    Le député péquiste Sylvain Pagé<br />
    Photo: - Archives Le Devoir Le député péquiste Sylvain Pagé
    La démarche se veut non partisane, mais elle touche tous les partis. Sylvain Pagé, le député qui n'applaudit pas, a déposé un manifeste dont l'objectif est de redonner à l'Assemblée nationale sa dignité. À propos d'une réforme en profondeur des façons de faire traditionnelles.

    Le 21 septembre, Sylvain Pagé, député de la circonscription de Labelle, qui englobe Mont-Laurier et Mont-Tremblant, a déposé à l'Assemblé nationale le Manifeste pour une nouvelle culture politique. En 36 pages, il dresse le constat navrant de la partisanerie qui règne à Québec et il propose des dizaines de réformes, allant des plus simples — comme de placer les députés par ordre alphabétique au Salon bleu afin de favoriser leur coopération — à de plus complexes, comme la réforme du mode de scrutin et du financement des partis. Il s'agit, insiste M. Pagé, d'une démarche non partisane, mûrement réfléchie et élaborée à la suite de multiples consultations.

    «Pour faire la petite histoire, raconte-t-il, disons que, deux semaines après mon arrivée à l'Assemblé nationale, en 2001, j'observais la période des questions en me disant: "Non, je ne participerai jamais à ce cirque!" Lorsque tout le monde se lève pour applaudir le chef, je demeure assis, car je n'ai jamais accepté de jouer cette mise en scène. D'ailleurs, en 2003, Le Soleil a publié un reportage sur moi intitulé: "Sylvain Pagé, le député qui n'applaudit pas"!»

    En 2010, il décide «de se faire moins discret» et donc de présenter comment devrait se faire la joute politique, selon lui. En collaboration avec Pierre Lessard-Blais — un jeune stagiaire avec qui il s'est lié d'amitié — il rédige son fameux manifeste.

    «Selon moi, dit-il, en démocratie, il faut s'élever au-dessus de la partisanerie. C'est ce que j'ai tenté de faire en menant des consultations auprès d'une vingtaine de personnes de toutes allégeances politiques. Nous avons aussi fait valider nos propositions par des fonctionnaires de l'Assemblée afin de nous assurer que ce qu'on propose est viable. Je suis issu d'une modeste famille de commerçants, souligne-t-il. À huit enfants, on exploitait à un moment donné huit commerces. J'ai eu ma propre entreprise durant 17 ans, mais jamais je n'aurais pu imaginer la gérer comme on gère l'avenir du Québec! Cela me déçoit terriblement et c'est pourquoi, depuis dix ans, j'essaie d'apporter ma vision des choses... une vision différente.»

    Le manifeste

    Après avoir constaté de quelle façon lamentable sont menées la période des questions et les commissions parlementaires, ainsi que le peu de liberté d'expression dont disposent les députés, Sylvain Pagé élabore dans son manifeste une série de propositions concernant aussi bien les relations avec les citoyens — dont la possibilité pour eux d'organiser des référendums d'initiative populaire et même de révoquer leur député (selon certaines balises) — que le financement des partis politiques (qui devrait être public), la tenue d'élections à date fixe et la réforme du mode de scrutin. Devant le fait que toutes les précédentes tentatives pour réformer notre système politique ont échoué, le député propose la création d'un comité permanent des réformes démocratiques, ainsi qu'une tournée de consultations à travers le Québec.

    Surtout, peut-être, il propose de changer la dynamique de confrontation qui règne à l'Assemblée nationale. «Actuellement, les députés d'un même parti sont assis dans le même bloc de sièges, écrit-il. Nous proposons que les députés soient assis par ordre alphabétique de leur circonscription. Cette proposition vise à la fois à diminuer les invectives entre les députés et à favoriser un climat de collaboration.» Il préconise en outre une réforme de la période des questions et même l'ajout d'une période de questions citoyennes. «Ne pourrait-on pas passer d'une dynamique de confrontation à une dynamique de collaboration, ce qui m'apparaîtrait tellement plus productif?», se demande-t-il.

    «Il faut collectivement trouver une nouvelle démarche politique pour être beaucoup plus performant collectivement, par l'entremise d'institutions où il y aurait une meilleure compréhension de la population à l'égard du travail des élus, poursuit-il. Or ce que les gens ne voient pas, c'est qu'il se fait de l'excellent travail à l'Assemblée, mais la game politique qui s'y joue nous discrédite terriblement! Ça fait en sorte que la population n'a plus confiance en ses élus.»


    «La première mise au jeu... d'une longue saison de hockey»

    «Pour moi, le manifeste n'est pas une fin en soi, poursuit Sylvain Pagé. Je me plais plutôt à dire que c'est la mise au jeu d'une partie de hockey et qu'on est loin d'être en finale!» Il souhaite par conséquent que son manifeste soit l'amorce d'un processus de consultations. «En déposant le document à l'Assemblée, j'ai demandé qu'on y donne suite en mettant sur pied une commission parlementaire spéciale du type "Mourir dans la dignité" ou Bélanger-Campeau. Cette commission pourrait faire le tour du Québec afin d'entendre les citoyens concernant le renouveau démocratique qu'ils souhaiteraient voir s'instaurer.»

    «J'ai déjà obtenu l'aval de Pauline Marois, d'Amir Khadir et de Gérard Deltell. Et il y a des libéraux qui m'ont dit qu'ils défendraient ma demande en caucus.» Le manifeste a fort bien été reçu par ses collègues, rapporte-t-il. «Mais ce n'est pas tout le monde qui va le crier haut et fort, puisque lorsqu'on joue la game, on peut difficilement la dénoncer et dire qu'on est d'accord avec mon manifeste! Il y a même des ministres qui sont venus me voir pour me dire: "Sylvain, ce que tu proposes là, je serais tellement heureux si c'était ce genre de politiques qu'on menait!"»

    M. Pagé rapporte même qu'il ne s'écoule guère une journée sans que quelqu'un communique avec lui pour le féliciter et lui offrir de diffuser le manifeste. «Et, de plus en plus, je reçois des invitations pour en parler, ce qui me fait dire que mon manifeste fait son petit bonhomme de chemin.»

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    Collaborateur du Devoir













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