Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    L'université québécoise - Et les professeurs deviendront des chercheurs

    «Il y a un avant et un après-père Lévesque»

    5 novembre 2011 | Réginald Harvey | Québec
    Le père Georges-Henri Lévesque, un précurseur<br />
    Photo : Source Télé-Québec Le père Georges-Henri Lévesque, un précurseur
    L'université transfère ses compétences vers la société depuis un demi-siècle. Mais à la fin des années 30, déjà, à Québec, le père Georges-Henri Lévesque fondait l'École des sciences sociales de l'Université Laval, qui a introduit dans l'université cette notion du service. L'université, au-delà d'un simple système qui assure le seul transfert des connaissances.

    Il y eut le père Georges-Henri Lévesque qui fonda l'École des sciences sociales de l'Université Laval et qui mit sur pied le Conseil supérieur de la coopération du Québec, à la fin des années 1930. Par la suite et dans le sillage de ce précurseur, résonna, environ 20 ans plus tard sur les tribunes politiques, le slogan «Maîtres chez nous», pendant que, de nos jours, reprend du service une économie sociale et solidaire qui fait largement appel à la formule coopérative.

    Il aura toutefois fallu attendre le tournant des années 1960-1970 pour que l'université francophone d'ici imprègne significativement, par sa présence et ses interventions, des pans entiers de la vie et des institutions des Québécois, au nombre desquel-les figurent entre autres l'économique, le politique et l'éducation.

    Guy Rocher est aujourd'hui professeur au Département de sociologie de l'Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche en droit public. Il a d'abord étudié cette science à l'Université Laval en 1947, avant d'entamer une longue carrière de professeur au même endroit en 1952.

    Il fournit de prime abord un cadre qui situe l'influence de l'université sur la société québécoise: «La raison en est qu'il y a un avant et un après-père Lévesque, si on prend ce dernier comme point de transition ou de repère. Avant lui, nous vivions vraiment, du point de vue de l'impact universitaire, une situation à peu près coloniale, en ce sens que, depuis le début du

    XIXe siècle, il y avait à Montréal une université anglaise québécoise, McGill, qui était florissante, richement dotée par la bourgeoisie anglaise et bien installée dans de très beaux immeubles; à côté de cela, les Canadiens français du Québec n'avaient qu'une université, Laval, qui avait une succursale à Montréal.» La comparaison entre les deux établissements ne tenait pas la route sur le plan des retombées qu'ils produisaient sur leur communauté respective, notamment dans le secteur de l'économie.

    À partir de 1920, l'Université de Montréal, à l'instar de Laval, apparaît comme une source d'inspiration restreinte: «Elle s'efforce d'entretenir une petite élite bourgeoise canadienne-française de professionnels qui n'avait pas d'influence économique d'importance, qui ne participait pas au contrôle de l'économie mais qui jouait tout de même un rôle dans la vie politique locale.»

    Le grand virage des années 1960

    Durant plus d'un siècle, de 1850 jusqu'aux environs des années 1960, perdure en quelque sorte une telle situation, jusqu'au moment où se produit une transformation majeure sur plusieurs fronts à la fois. Guy Rocher en témoigne: «Nos universités accèdent à un niveau qui commence à être véritablement de calibre universitaire à partir des années 1960-1970, avec, en parallèle, le développement d'un véritable réseau d'institutions sur l'ensemble du territoire québécois; c'est très important parce que les universités ont quitté les grandes villes, avec l'arrivée de l'Université du Québec, qui essaime en tous sens et qui fait partie de l'histoire du développement régional, économique et culturel des régions.» Les jeunes peuvent dès lors entreprendre des études supérieures dans leur patelin d'origine ou à proximité.

    Au même moment, l'Université Laval, l'Université de Montréal et l'Université de Sherbrooke prennent un nouvel essor: «Elles ont contribué au développement économique du Québec en formant une main-d'oeuvre professionnelle et scientifique d'ingénieurs et d'hommes d'affaires qui correspondait à ce dont le Québec avait besoin pour s'affirmer sur ce plan à ce moment-là.»

    Il se remémore le chambardement qui est survenu: «L'Université Laval et l'Université de Montréal que j'ai connues dans les années 1940 et 1950, à l'exception de McGill, je dirais que c'étaient de petites écoles professionnelles qui n'étaient pas engagées dans le monde international de la vie universitaire. Elles ont accompagné le développement économique à partir des années 1960-1970, quand la recherche est vraiment entrée dans le milieu, avec la mise en place de grands programmes et de centres de recherche.» Les professeurs ne sont plus seulement des enseignants, ils sont aussi des chercheurs: «C'est le grand tournant qui a modifié nos fonctions. En 1952, j'enseignais, et, vers les années 1970, j'étais devenu un chercheur.»

    Formation des enseignants et des adultes

    À la suite de cette transformation en profondeur, à la fois politique et culturelle, du milieu universitaire, des remous se manifestent dans plusieurs aspects du vécu socioéconomique québécois. Il en va de même dans le secteur de l'éducation, comme le montre l'analyse de Guy Rocher: «À compter du rapport Parent, les universités ont assumé la fonction de préparer les enseignants du préscolaire, du primaire, du secondaire et du collégial. Si le milieu scolaire a pu changer à cette époque-là, c'est en partie parce qu'est arrivée une relève d'enseignants formés dans les facultés des sciences de l'éducation.»

    En même temps, l'université a rempli une autre fonction majeure, qui est celle de l'éducation des adultes. Il remonte au temps du père Lévesque pour laisser savoir que celui-ci avait mis en place un tel programme de formation, qui prenait notamment la forme de cours par correspondance très courus; dans ce sens, il s'est montré très novateur du côté francophone en se servant du modèle qui existait déjà du côté de McGill.

    En outre, le professeur ouvre une parenthèse pour indiquer que ce dernier était très engagé dans le mouvement coopératif; de 1939 à 1944, il fut même président du Conseil supérieur de la coopération qu'il avait fondé: «Quand on pense à l'influence de la Faculté des sciences sociales, on se tourne vers les étudiants qu'elle a formés et on ne met pas assez en relief son action envers les adultes et pour le développement également de la coopération québécoise.» Ce concept économique demeure toujours contemporain dans le courant actuel d'une économie sociale et solidaire revisitée.

    Fonction publique et journalisme

    Dans le domaine politique, Guy Rocher retient deux éléments marquants de l'impact universitaire: «Le premier, c'est le développement de la fonction publique québécoise, auquel les universités ont participé parce que, à l'arrivée de la Révolution tranquille, il a fallu meubler celle-ci adéquatement sur le plan intellectuel. Contrairement à la politique antérieure, on a commencé à embaucher des diplômés universitaires.» Le mouvement allait se poursuivre de plus belle pour assurer un certain équilibre des forces avec les mandarins bien outillés du fédéral, déjà en poste depuis longtemps.

    Il se penche sur le deuxième aspect politique, qui relève de l'information: «L'université a formé en partie des journalistes beaucoup plus éclairés dans ses facultés de journalisme et des sciences politiques; je parle ici de ceux-ci et des commentateurs politiques qui ont été trempés dans ce monde-là et qui ont été marqués par ces sciences, par la sociologie, l'anthropologie et l'économie.» Il tire un exemple de sa carrière de professeur: «J'ai vu arriver dans les années 1980 mes anciens étudiants qui devenaient journalistes ou commentateurs et qui remplaçaient les professeurs appelés auparavant à remplir de telles fonctions; je m'en réjouis et il est bien qu'on fasse la plupart du temps appel à leurs services, car ils sont issus des sciences sociales qui ont émergé au Québec.»

    Guy Rocher cernera en outre des réalités d'hier et d'aujourd'hui puisées dans le monde du travail et dans la vie artistique et culturelle pour démontrer à quel point, là encore, ces grands établissements que sont les universités ont influé sur l'ensemble de la vie institutionnelle québécoise et dans quelle mesure elles l'alimentent toujours.

    ***

    Collaborateur du Devoir
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel