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    Collusion dans la construction - Qui dit vrai?

    Pierre Moreau affirme que 13 dossiers ont été confiés à l'Unité permanente anticorruption. La police prétend n'avoir rien reçu.

    16 septembre 2011 |Kathleen Lévesque | Québec
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
    Rapport de l'Unité anticollusion dévoilé par Radio-Canada (en PDF)
    Les révélations du rapport de Jacques Duchesneau sur un système organisé de collusion à grande échelle impliquant des firmes de génie-conseil, des entreprises de construction et des employés du ministère des Transports ont créé hier beaucoup de confusion au sein du gouvernement.

     Le ministre Pierre Moreau a affirmé qu'au-delà du rapport, 13 dossiers ont été transmis pour enquête policière à l'Unité permanente anticorruption (UPAC) qui a pourtant soutenu n'avoir jamais reçu de telles informations.

    Problème de communication, gestion de crise éparpillée, jeux de coulisses politiques? La tourmente est telle que les contradictions fusent depuis deux jours. Et comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement a décidé de prendre acte du rapport, mais refuse de le rendre public bien qu'il soit égrené dans les médias. En soirée, Radio-Canada a pris les devants et l'a rendu accessible sur son site Internet.

    Le ministre des Transports, Pierre Moreau, a déploré la fuite du document, y voyant un écueil pour la poursuite des enquêtes policières. Cela fait «en sorte que le rapport aura probablement moins d'impact et moins de pertinence aux fins des enquêtes [policières] qu'il aurait dû en avoir», a-t-il supposé.

    Selon lui, Jacques Duchesneau et son équipe de l'unité anticollusion ont déjà transmis à l'UPAC 13 dossiers, c'est-à-dire des cas particuliers de collusion avec des noms. Or, vérification faite auprès de l'UPAC, aucune information de cet ordre n'a été reçue de la part de M. Duchesneau au fil des mois. «Tout ce qu'on a, c'est le rapport», a précisé Anne-Frédérick Laurence, porte-parole de l'UPAC. «Pour l'instant, on se concentre sur les suites à donner au rapport», a-t-elle ajouté en soulignant que le commissaire Robert Lafrenière, tête dirigeante de l'UPAC, et Jacques Duchesneau discutaient du dossier.

    En fin de journée, Pierre Moreau a maintenu sa version des faits. Le mandat de Jacques Duchesneau était notamment de dénoncer aux autorités policières des problèmes de collusion ou de corruption qui nécessitaient une enquête pouvant mener à des poursuites. «Et ça, il l'a fait. Il l'a fait dans le cas de 13 dossiers qu'il a transmis directement à l'UPAC», a assuré le ministre.

    Dans la conclusion du rapport Duchesneau, on peut lire que les enquêteurs ont «identifié treize dossiers pouvant comporter des éléments criminels» transmis à l'Opération Marteau.

    Le ministre estime par ailleurs que le rapport Duchesneau fait office de commission d'enquête puisqu'il a démontré les stratagèmes mis en place par toute une industrie. Il n'a donc pas lieu d'en créer une comme le réclame l'opposition, a plaidé M. Moreau.

    Quant aux raisons de la fuite, le ministre a rejeté les différentes hypothèses qui lui ont été soumises, y compris celle voulant que le geste visait peut-être à réveiller les consciences et s'assurer, du coup, que les choses bougent tant du côté politique que policier. «On n'a pas avantage à demander aux policiers de bâcler leur travail et de l'accélérer», a dit le ministre en rappelant que l'objectif est de mettre les bandits derrière les barreaux.

    Aujourd'hui, ce sera au tour du premier ministre Jean Charest de commenter la situation. Une conférence de presse est prévue à Montréal, confirmait-on hier à son cabinet. On ajoutait également que bien qu'il n'ait pas entre les mains le rapport Duchesneau, le premier ministre trouve préoccupants les constats révélés.

    Le diagnostic posé par Jacques Duchesneau après un an et demi de travail, établit des liens étroits entre des firmes de génie-conseil, des entrepreneurs en construction, des employés du ministère des Transports, mais également avec les partis politiques. Une partie de la facture des dépenses supplémentaires pour des contrats servirait d'ailleurs à garnir les caisses électorales de certaines formations politiques. Des ingénieurs joueraient un rôle important dans ce financement occulte des partis politiques. Hier, le PLQ et le PQ affirmaient faire du financement en respectant les impératifs de la loi. Tous deux ont rappelé que dorénavant, tous les dons doivent transiter par le Directeur général des élections (DGEQ).

    Ce dernier n'a d'ailleurs pas tardé à réagir au rapport Duchesneau. Le DGEQ a réclamé d'avoir accès au rapport Duchesneau, ce à quoi a consenti le ministre Moreau.

    Ironie du sort, le nouveau ministre des Transports prenait la parole hier devant des membres du Conseil du patronat, dont plusieurs dizaines de représentants de firmes d'ingénierie. Or, il y a eu beaucoup d'absents.

    Les liens entre ingénieurs et monde politique sont courants. Ainsi, un des organisateurs de la dernière campagne électorale du ministre Moreau, dans Châteauguay, Dan Rochette, était un employé d'une firme de génie-conseil bien connue, Genivar. En décembre 2008, à quelques jours du scrutin général, M. Rochette a accordé une interview au Soleil de Châteauguay. Le journal le présentait comme un «adjoint au vice-président de Genivar».

    M. Rochette soutenait en être à sa 20e campagne électorale depuis le milieu des années 80, alors qu'il avait aidé «son ami Jean-Marc» Fournier (maintenant ministre de la Justice du Québec) lors d'un scrutin fédéral. M. Rochette précisait ne pas être rémunéré pour son travail d'organisateur. «Mais c'est certain que ça crée tout un réseau de contacts», avait-il déclaré au Soleil avant d'ajouter :«Ça donne des entrées et c'est plus facile, par exemple, d'inviter des politiciens pour des levées de fonds.» À ce propos M. Moreau a précisé hier que depuis son élection, il n'avait jamais été invité par M. Rochette pour participer à des campagnes de financement. «Ça fait des lunes que je n'ai pas de contact avec lui», a soutenu M. Moreau.

    De même, Jean-Marc Fournier a fait savoir, par son porte-parole David Couturier, qu'il n'avait lui non plus jamais été sollicité par M. Rochette pour participer à de telles activités. M. Rochette n'a pas rappelé Le Devoir hier. Pierre Moreau dit avoir «eu des contacts avec Genivar» quand il était en droit municipal, parce que c'est une firme qui a une clientèle dans ce milieu: «J'ai probablement été dans des activités lorsque j'étais avocat où Genivar se trouvait, oui», a-t-il confié. En décembre 2009, l'Action démocratique soulignait que plusieurs firmes de génie-conseil avaient obtenu des contrats de gré à gré du ministère des Transports. Genivar faisait partie de la liste. Selon l'ADQ, Genivar avait reçu pour 17 721 833 $ de contrats en 2009-2010. Entre 2000 et 2009, des cadres et employés de Genivar ont versé 40 750 $ au PLQ.

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    Avec la collaboration d'Antoine Robitaille












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