Libre opinion - Sylvain Pagé, ou l'espoir contagieux
Depuis quelques années maintenant, j'ai tenté plusieurs fois de m'intéresser à l'univers politique. Soit par conscience sociale, ou juste par curiosité. Malheureusement, chacune de mes tentatives s'est soldée par une certaine désillusion. À certaines demandes pourtant claires, toujours en guise de réponse des phrases bien tournées et dénuées d'audace (et parfois même de sens). Une ligne de parti bien sentie, allant jusqu'au mépris automatique des idées avancées par les adversaires, juste par principe.
Investie d'un désir de me retrouver au coeur de l'action, j'ai assisté récemment à une période de questions à l'Assemblée nationale. Quelle ne fut pas ma stupéfaction de constater que le «spectacle» télévisé que l'on nous sert est encore plus désolant dans la réalité. L'indiscipline et l'arrogance règnent en maîtres. Tous les coups sont permis et, du même coup, les vrais enjeux et l'écoute sont évacués au profit de guéguerres de partis et d'éternelles autocongratulations.
Mais voilà que se présente Sylvain Pagé, député de Labelle, avec son «Manifeste pour une nouvelle culture politique». Au premier abord, on aurait pu croire à une autre séance de destruction gratuite ou de règlement de compte. Intriguée, j'ai décidé de prendre le temps d'écouter ce que Pagé avait à dire.
J'ai lu le manifeste, j'ai pris le temps de vraiment considérer ce qu'il avait écrit et, sincèrement, j'ai été non seulement saisie par l'audace et le courage de ce qu'il avance, mais également par le ton avec lequel il transmet ses idées: clairement et calmement, en ne cherchant pas de coupable. Il dénonce des faits et non des gens. Des attitudes, non des partis. Il appelle à un éveil, des gens et des politiciens, puisque pour lui aussi, ça a trop duré.
Que Sylvain Pagé puisse poser ce regard en profondeur sur nos moeurs politiques devrait en interpeller plusieurs. Il a de l'expérience et comprend la joute. Il ne s'est certainement pas levé un matin en se disant: «Bon, renversons le système!» C'est sans doute à la suite de plusieurs observations, conversations et aussi avec humilité qu'il a réalisé que bien des aspects de notre système en place minaient le vrai rôle des élus, peu importe leur allégeance: la défense des citoyens et l'amélioration de leur qualité de vie.
M. Pagé ne fait pas que dénoncer; au contraire, il suggère. Il invite même le peuple québécois et ses collègues parlementaires à discuter de son travail, à proposer autre chose s'il le faut: il n'impose pas sa pensée, il la transmet tout simplement, il lance un appel à l'éveil. [...]
Sylvain Pagé n'est sûrement pas le seul à penser ainsi et c'est avec plus de démarches comme la sienne et des échanges vrais et désintéressés qu'il sera possible de sortir du marasme, de la vieille pensée qui pousse les politiciens de chez nous à constamment vouloir épargner la chèvre et le chou, de considérer qu'un mandat, c'est un intermède entre deux élections.
En se faisant demander s'il ne croyait pas courir le risque de frapper un mur avec son manifeste, le député de Labelle a honnêtement répondu que c'était possible. Bien sûr que ça l'est. Par contre, s'il ne prenait pas ce risque, il poursuivrait sa carrière en sachant très bien qu'il aurait pu faire quelque chose, sans jamais oser. Il ose maintenant et bien sûr, ça dérange, bien sûr, ça indispose les instances en place puisqu'en ne brassant pas trop les cartes, chacun conserve ses acquis et peut continuer son petit bonhomme de chemin. Il le sait certainement, mais ça ne l'a pas empêché d'aller de l'avant.
Ça ne signifie pas que chacune des idées amenées dans le manifeste doit être réalisée, ça veut simplement dire que pour une fois, des concepts nouveaux et rafraîchissants nous sont proposés et qu'il ne faut pas détourner le regard simplement parce qu'on n'a pas la volonté d'y donner suite.
Si une personne se réveille et se met à parler au milieu d'une foule qui somnole, ça indispose, ça choque, ça irrite, ça bouscule l'ordre établi. Ce que le député de Labelle semble vouloir nous dire avec ses mots, c'est que nous nous entêtons à répéter les mêmes erreurs, rassurantes et confortables, pour nous épargner la charge vertigineuse de l'action et de la prise de conscience. Encore une fois, il n'accuse personne, il pose un constat, un regard franc sur un univers qu'il connaît bien, depuis bientôt 10 ans.
Que ses collègues, tous partis confondus, se montrent frileux après sa sortie ne m'étonne guère. Ce que je souhaite, par contre, c'est que ceux et celles qui abondent en son sens aient le courage de se manifester, de conclure, tout comme lui, que le cirque a assez duré. Rien n'est plus faux que de croire qu'un parti politique est l'unique détenteur des bonnes idées et que tous les autres font fausse route. Cette porte de sortie rend le discours et les démarches vides, stériles, voire inutiles.
Se contenter de qualifier Sylvain Pagé d'utopiste ne serait qu'une tentative de le discréditer aux yeux des Québécois et de ses pairs afin de ne pas trop faire de vagues. Facile de dire qu'une chose est impossible, alors qu'on n'a simplement pas envie de la faire. Le journaliste Patrick Lagacé a déclaré, le 26 août dernier, que «notre devise, Québécois, ne devrait pas être "Je me souviens". Ce devrait être "On s'y fait"». Voici donc l'occasion de proclamer que, pour nous aussi, c'est assez.
J'implore Sylvain Pagé de poursuivre sa quête avec détermination, afin que ceux qui ont également envie de bénéficier d'un système politique plus ouvert et plus sain, tant au sein de la population que des «familles» politiques, puissent se manifester et se joindre à lui. Je suggère fortement aux citoyens du Québec de lire attentivement le manifeste. Libre à chacun de le contester au besoin, ou même de le bonifier, mais à tout le moins d'en prendre acte. Il appartient à chacun de nous de contribuer à l'amélioration de notre système et donc, de notre propre sort.
M. Pagé, votre cran et votre audace m'ont non seulement redonné le goût de prendre au sérieux mon rôle d'électrice et de citoyenne active, mais de le faire avec conscience et conviction. Pour être la voix, il faut d'abord savoir écouter et vous semblez l'avoir très bien compris. Merci.
***
Isabelle Marquis, Québec
Investie d'un désir de me retrouver au coeur de l'action, j'ai assisté récemment à une période de questions à l'Assemblée nationale. Quelle ne fut pas ma stupéfaction de constater que le «spectacle» télévisé que l'on nous sert est encore plus désolant dans la réalité. L'indiscipline et l'arrogance règnent en maîtres. Tous les coups sont permis et, du même coup, les vrais enjeux et l'écoute sont évacués au profit de guéguerres de partis et d'éternelles autocongratulations.
Mais voilà que se présente Sylvain Pagé, député de Labelle, avec son «Manifeste pour une nouvelle culture politique». Au premier abord, on aurait pu croire à une autre séance de destruction gratuite ou de règlement de compte. Intriguée, j'ai décidé de prendre le temps d'écouter ce que Pagé avait à dire.
J'ai lu le manifeste, j'ai pris le temps de vraiment considérer ce qu'il avait écrit et, sincèrement, j'ai été non seulement saisie par l'audace et le courage de ce qu'il avance, mais également par le ton avec lequel il transmet ses idées: clairement et calmement, en ne cherchant pas de coupable. Il dénonce des faits et non des gens. Des attitudes, non des partis. Il appelle à un éveil, des gens et des politiciens, puisque pour lui aussi, ça a trop duré.
Que Sylvain Pagé puisse poser ce regard en profondeur sur nos moeurs politiques devrait en interpeller plusieurs. Il a de l'expérience et comprend la joute. Il ne s'est certainement pas levé un matin en se disant: «Bon, renversons le système!» C'est sans doute à la suite de plusieurs observations, conversations et aussi avec humilité qu'il a réalisé que bien des aspects de notre système en place minaient le vrai rôle des élus, peu importe leur allégeance: la défense des citoyens et l'amélioration de leur qualité de vie.
M. Pagé ne fait pas que dénoncer; au contraire, il suggère. Il invite même le peuple québécois et ses collègues parlementaires à discuter de son travail, à proposer autre chose s'il le faut: il n'impose pas sa pensée, il la transmet tout simplement, il lance un appel à l'éveil. [...]
Sylvain Pagé n'est sûrement pas le seul à penser ainsi et c'est avec plus de démarches comme la sienne et des échanges vrais et désintéressés qu'il sera possible de sortir du marasme, de la vieille pensée qui pousse les politiciens de chez nous à constamment vouloir épargner la chèvre et le chou, de considérer qu'un mandat, c'est un intermède entre deux élections.
En se faisant demander s'il ne croyait pas courir le risque de frapper un mur avec son manifeste, le député de Labelle a honnêtement répondu que c'était possible. Bien sûr que ça l'est. Par contre, s'il ne prenait pas ce risque, il poursuivrait sa carrière en sachant très bien qu'il aurait pu faire quelque chose, sans jamais oser. Il ose maintenant et bien sûr, ça dérange, bien sûr, ça indispose les instances en place puisqu'en ne brassant pas trop les cartes, chacun conserve ses acquis et peut continuer son petit bonhomme de chemin. Il le sait certainement, mais ça ne l'a pas empêché d'aller de l'avant.
Ça ne signifie pas que chacune des idées amenées dans le manifeste doit être réalisée, ça veut simplement dire que pour une fois, des concepts nouveaux et rafraîchissants nous sont proposés et qu'il ne faut pas détourner le regard simplement parce qu'on n'a pas la volonté d'y donner suite.
Si une personne se réveille et se met à parler au milieu d'une foule qui somnole, ça indispose, ça choque, ça irrite, ça bouscule l'ordre établi. Ce que le député de Labelle semble vouloir nous dire avec ses mots, c'est que nous nous entêtons à répéter les mêmes erreurs, rassurantes et confortables, pour nous épargner la charge vertigineuse de l'action et de la prise de conscience. Encore une fois, il n'accuse personne, il pose un constat, un regard franc sur un univers qu'il connaît bien, depuis bientôt 10 ans.
Que ses collègues, tous partis confondus, se montrent frileux après sa sortie ne m'étonne guère. Ce que je souhaite, par contre, c'est que ceux et celles qui abondent en son sens aient le courage de se manifester, de conclure, tout comme lui, que le cirque a assez duré. Rien n'est plus faux que de croire qu'un parti politique est l'unique détenteur des bonnes idées et que tous les autres font fausse route. Cette porte de sortie rend le discours et les démarches vides, stériles, voire inutiles.
Se contenter de qualifier Sylvain Pagé d'utopiste ne serait qu'une tentative de le discréditer aux yeux des Québécois et de ses pairs afin de ne pas trop faire de vagues. Facile de dire qu'une chose est impossible, alors qu'on n'a simplement pas envie de la faire. Le journaliste Patrick Lagacé a déclaré, le 26 août dernier, que «notre devise, Québécois, ne devrait pas être "Je me souviens". Ce devrait être "On s'y fait"». Voici donc l'occasion de proclamer que, pour nous aussi, c'est assez.
J'implore Sylvain Pagé de poursuivre sa quête avec détermination, afin que ceux qui ont également envie de bénéficier d'un système politique plus ouvert et plus sain, tant au sein de la population que des «familles» politiques, puissent se manifester et se joindre à lui. Je suggère fortement aux citoyens du Québec de lire attentivement le manifeste. Libre à chacun de le contester au besoin, ou même de le bonifier, mais à tout le moins d'en prendre acte. Il appartient à chacun de nous de contribuer à l'amélioration de notre système et donc, de notre propre sort.
M. Pagé, votre cran et votre audace m'ont non seulement redonné le goût de prendre au sérieux mon rôle d'électrice et de citoyenne active, mais de le faire avec conscience et conviction. Pour être la voix, il faut d'abord savoir écouter et vous semblez l'avoir très bien compris. Merci.
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Isabelle Marquis, Québec
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