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    Nathalie Normandeau démissionne

    «Je veux que ma vie personnelle prenne le pas sur ma vie professionnelle», affirme la ministre des Ressources naturelles

    7 septembre 2011 |Robert Dutrisac | Québec
    Citant les «nombreux sacrifices» que commande la vie politique, Nathalie Normandeau a affirmé que sa décision n’avait rien d’improvisé et qu’elle était le fruit d’une longue réflexion. Elle était vice-première ministre depuis 2007 et ministre des Ressources naturelles et de la Faune depuis juin 2009.<br />
    Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger Citant les «nombreux sacrifices» que commande la vie politique, Nathalie Normandeau a affirmé que sa décision n’avait rien d’improvisé et qu’elle était le fruit d’une longue réflexion. Elle était vice-première ministre depuis 2007 et ministre des Ressources naturelles et de la Faune depuis juin 2009.
    Le dossier du Devoir sur le Plan nord

    Le dossier du Devoir sur le gaz de schiste
    Québec — Après le Parti québécois qui a été ébranlé par les démissions, c'est au tour du gouvernement Charest d'être frappé par une démission de taille, celle de la vice-première ministre et ministre des Ressources naturelles et de la Faune, responsable du Plan Nord, Nathalie Normandeau.

    Aux côtés du premier ministre Jean Charest, la numéro deux du gouvernement libéral a annoncé en fin d'après-midi hier qu'elle quittait la vie politique en invoquant son désir de privilégier sa vie personnelle. «Il y a un temps dans la vie où on a besoin d'un peu de paix, d'un peu de stabilité, a-t-elle fait valoir. Je veux que ma vie personnelle prenne le pas sur ma vie professionnelle.»

    «Ne cherchez pas d'autres raisons», a-t-elle lancé aux journalistes. Citant les «nombreux sacrifices» que commande la vie politique, Nathalie Normandeau a affirmé que sa décision n'avait rien d'improvisé et qu'elle était le fruit d'une longue réflexion. «Ça fait 13 ans que je suis dans les valises, que je fais le trajet entre mon comté et Québec», a-t-elle souligné. La démissionnaire a fait part de ses réflexions au premier ministre il y a quelques semaines, a précisé celui-ci.

    Âgée de 43 ans, Nathalie Normandeau a été élue députée de Bonaventure pour la première fois en 1998, il y a donc 13 ans, après avoir été mairesse de Maria, en Gaspésie, pendant trois ans.

    «Nathalie fait partie de ces personnes d'exception qui ont la politique dans le sang», a déclaré Jean Charest en guise d'éloge. Sa grande force, c'est de rassembler les gens, a-t-il signalé. «Autour d'une table lorsque personne n'était sur la même longueur d'onde, Nathalie Normandeau savait trouver le chemin du consensus. C'est un talent politique très, très rare.» Un talent dont elle s'est servie dans l'élaboration du Plan Nord, a mentionné le premier ministre, notamment en ralliant des communautés autochtones au projet.

    Après son passage sur les banquettes de l'opposition, la jeune députée fut nommée ministre déléguée au Développement régional et au Tourisme au début du premier mandat libéral. Deux ans plus tard, en 2005, Jean Charest la désigne ministre des Affaires municipales, un poste éminemment politique qu'elle occupe pendant un peu plus de quatre ans. En 2007, elle devient vice-première ministre dans un gouvernement alors minoritaire. En juin 2009, elle prend la relève de Claude Béchard comme ministre des Ressources naturelles et de la Faune tout en cumulant pendant six mois, de septembre 2010 à février 2011, le poste de ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes.

    «Tout ce que j'ai appris de la vie politique, c'est M. Charest qui me l'a enseigné», a livré la démissionnaire. Au titre de ses principales réalisations, Nathalie Normandeau a cité le partenariat fiscal et financier avec les municipalités, la nouvelle politique de la ruralité, la loi sur le nouveau régime forestier, l'entente sur le gisement Old Harry avec le gouvernement fédéral et le Plan Nord.

    Si à peu près tout lui a réussi aux Affaires municipales, Nathalie Normandeau a vu son étoile pâlir ces dernières années aux Ressources naturelles en raison de la controverse entourant l'exploitation des gaz de schiste. En 2010, la ministre avait pris fait et cause pour l'industrie pétrolière et gazière, cherchant à s'employer «avec l'Association pétrolière et gazière du Québec, à développer des outils de communication pour faire tomber un certain nombre de préjugés», avait-elle déclaré. «Les gens se demandent si on cause un préjudice aux nappes phréatiques lorsqu'on fait un forage. La réponse est non. Est-ce que les substances auxquelles on a recours pour forer sont polluantes? La réponse est non.» Ses propos fumeux sur la vache qui émettait plus de gaz à effet de serre qu'un puits de gaz de schiste font encore sourire. Depuis, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a produit un rapport critique de la filière et c'est le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Pierre Arcand, qui a repris le dossier.

    Quoi qu'il en soit, c'est une lourde perte pour Jean Charest qui pouvait compter sur une ministre capable non seulement de bien défendre — habituellement — les positions gouvernementales, mais aussi d'enquiquiner sérieusement l'opposition. Le chef libéral a évoqué, hier, la profondeur de son équipe, mais on voit mal qui pourrait remplacer avec le même panache la vice-première ministre et on peut douter que l'actuel ministre délégué aux Ressources naturelles et à la Faune, Serge Simard, ait le profil idéal pour chausser les bottes de Nathalie Normandeau et vendre le Plan Nord.

    De fait, depuis 2008, Jean Charest a perdu sept ministres, dont cinq grosses pointures: Jacques Dupuis, Claude Béchard, Monique Jérôme-Forget, Benoît Pelletier et Philippe Couillard. Le premier ministre a toutefois rejeté toute comparaison avec la saignée qu'a subie le PQ. «Ça n'a aucune, aucune commune mesure, entendons-nous. Chez nous, l'équipe est forte, elle est soudée.» Avec 64 députés, la majorité parlementaire du gouvernement ne tient qu'à un seul élu si on retranche le président de l'Assemblée nationale, Jacques Chagnon. En outre, Jean Charest devra déclencher des élections partielles d'ici six mois, un exercice qui représente toujours un risque pour un gouvernement impopulaire.

    «Je souhaite que le mot "liberté" ait encore tout son sens», a déclaré Nathalie Normandeau. D'ailleurs, la vie personnelle de la vice-première ministre avait fait les manchettes au cours des dernières années. Son idylle inédite avec le député adéquiste de Shefford, François Bonnardel, avait fait jaser et la rupture l'avait blessée. Ce printemps, on apprenait que Nathalie Normandeau s'était éprise de l'ex-chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Yvan Delorme, qui a démissionné en 2010 de son poste pour des raisons nébuleuses. M. Delorme entretenait des relations avec le président de l'agence sécurité BCIA, Luigi Corretti, une entreprise qui a déclaré faillite et qui fait l'objet d'une enquête policière.

    Le député de Richelieu, Sylvain Simard, a tenu à saluer en Nathalie Normandeau «une femme politique qui a consacré une grande partie de sa vie à la chose publique», mais qui a connu deux années très difficiles pendant lesquelles elle a défendu «des politiques du gouvernement qui ne passaient pas et qui ont mis en cause sa crédibilité». C'est une perte qui affaiblit le gouvernement. «C'est quand même la femme politique la plus importante au Québec», a déclaré Sylvain Simard, ajoutant après un moment d'hésitation: «au Parti libéral, en tout cas».

    Pour le directeur de Greenpeace Québec, Éric Darier, Nathalie Normandeau «a fait reculer le Québec» en ouvrant la porte à l'exploitation du gaz de schiste et en appuyant la réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2.

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    Avec la collaboration d'Alexandre Shields












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