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    Libre opinion - Démocratie et «dictature du peuple»

    30 août 2011 | Roméo Bouchard - Saint-Germain-de-Kamouraska | Québec
    L'éditorial de Josée Boileau dans Le Devoir de la semaine dernière en réaction à la consultation menée par le député Bernard Drainville exprime peut-être l'impatience de beaucoup de dirigeants face aux revendications des citoyens et à tous ceux qui prônent une réforme en profondeur de notre système de démocratie représentative. Mais il révèle du même coup une inquiétante méconnaissance de ce que doit être une démocratie: le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

    Quand Mme Boileau prétend que permettre aux citoyens d'avoir leur mot à dire entre deux élections conduirait à une «dictature du peuple» invivable, on se demande quelle définition on peut encore donner à la démocratie, sinon de la réduire à une couverture utile pour permettre à un réseau restreint d'intérêts privés de détourner l'État à leurs fins. C'est d'ailleurs ce à quoi on assiste sur une grande échelle avec le gouvernement actuel.

    Si on veut éviter, justement, que les citoyens contestent à tort et à travers, il faut qu'ils puissent disposer de mécanismes démocratiques pour s'exprimer et participer en permanence aux décisions qui les concernent: consultations par médias sociaux, élections libres des partis, initiatives populaires, gouvernements territoriaux et chambre territoriale, conseils citoyens et chambre citoyenne, prédominance de l'Assemblée nationale sur l'exécutif, etc.

    Si les gens n'ont plus confiance dans notre système contrôlé par les partis, c'est précisément parce qu'il favorise systématiquement l'électoralisme plutôt que la recherche du bien commun, la propagande partisane plutôt que la vérité, le culte du chef plutôt que le respect des citoyens, l'intérêt des partis plutôt que l'intérêt général, le favoritisme envers les entreprises privées plutôt que la satisfaction des besoins du plus grand nombre. L'engouement pour Layton ou Legault en est l'expression, maladroite ou illusoire malheureusement, car ni l'un ni l'autre n'a fait la preuve qu'il pouvait livrer la marchandise dans le système actuel.

    La réforme démocratique, que cela plaise ou non, n'est pas de la structurite: elle est désormais une priorité incontournable si on veut pouvoir combattre le rôle néfaste des partis politiques, l'absence de démocratie directe, la centralisation excessive de l'État, l'aliénation de nos ressources et de notre environnement, l'écart grandissant des revenus, la corruption et l'incertitude sur l'avenir politique du Québec. On peut peut-être gagner une élection avec un assemblage pragmatique de quelques mesures populaires, mais le système, s'il reste le même, aura vite fait de se remettre à marcher comme le veulent les intérêts privés qui le manipulent à leur gré.

    M. Bernard Drainville a sûrement consulté plus de gens que Mme Boileau dans son cénacle d'éditorialiste. C'est tout à son honneur qu'il ait le courage d'admettre que la réforme démocratique est plus urgente que l'indépendance, et même une condition pour que celle-ci puisse éventuellement se réaliser par voie d'initiative populaire. Le reproche qu'on peut lui faire, à mon sens, c'est de ne pas aller assez loin dans sa remise en question: c'est la présence même des partis politiques dans le processus électoral et parlementaire qu'il faut remettre en question, car c'est eux qui sont les premiers responsables de la dérive démocratique et de la rupture de confiance des citoyens envers la politique.

    Si aucun parti n'a le courage de proposer cette réforme, rien n'empêche une coalition de candidats «sans parti» de le faire lors des prochaines élections, comme le suggère le Projet Papineau.

    ***

    Roméo Bouchard - Saint-Germain-de-Kamouraska
     
     
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