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    Changement de donne à Québec

    François Legault et les appuis qu'il risque de recueillir retiennent l'attention de Jean Charest

    27 août 2011 |Robert Dutrisac | Québec
    Jean Charest<br />
    Photo: Clément Allard - Le Devoir Jean Charest
    Québec — Jean Charest a toujours fait ses choux gras de la souveraineté. «Pauline Marois a les mains attachées par la souveraineté», clamait-il en novembre 2008 lors de la campagne électorale. «Sur la planète péquiste, on a une autre priorité que l'économie, soit la souveraineté», lançait-il à l'ouverture du Conseil général du Parti libéral du Québec en novembre dernier. Mais voilà que le chef libéral a perdu son hochet: non seulement le PQ se décompose sous nos yeux dans les miasmes des dissensions et des contradictions, mais la souveraineté apparaît de plus en plus comme un enjeu irréel, une chimère à mille lieues des «vraies affaires».

    Au dernier congrès des jeunes libéraux il y a deux semaines, Jean Charest n'a fait aucune remarque sur Pauline Marois, le PQ ou la souveraineté. Mais il ne s'est pas privé de s'en prendre aux adéquistes qui songeraient à se rallier à François Legault et qu'il accuse de renier leurs convictions. Une union contre nature, selon le chef libéral. «Impossible et irréconciliable», a-t-il soutenu.

    On le voit: Jean Charest doit maintenant composer avec un nouvel adversaire qui n'a cure de la souveraineté et qui ne s'intéresse qu'à ce qu'il considère comme les «vraies affaires». L'épouvantail de la souveraineté n'est plus d'aucune utilité.

    Fin des attaques


    Quand on cesse d'être la cible de ses adversaires en politique, c'est qu'on est devenu une quantité négligeable. Pauline Marois pourra peut-être se réjouir d'un changement de ton qu'elle appelait de ses voeux de la part du premier ministre, mais elle devrait plutôt s'inquiéter de ne plus faire l'objet de ses attaques. À 18 % dans le dernier coup de sonde de CROP cette semaine, alors que le Parti libéral conserve sa base avec 27 % des intentions de vote et que le futur parti de François Legault en recueille 38 %, le PQ est en mode survie. Et ce n'est pas la tentative de «faire peuple» de Bernard Drainville qui va changer les choses: ses propositions semblent tirées des ruminations de férus de science po — ou inspirées par Pierre Curzi. On est loin des préoccupations actuelles des simples citoyens.

    On peut certes constater que le mouvement souverainiste est en panne et on a du mal à imaginer Pauline Marois être en mesure de relancer l'option dans un avenir prévisible. Mais c'est toute la question nationale qui est dans l'impasse: ceux qui souhaitent, à l'instar des jeunes libéraux, renouveler le fédéralisme pour que la reconnaissance de la nation québécoise soit inscrite dans la Constitution canadienne apparaissent tout aussi déconnectés que les tenants d'une élection référendaire. «Il n'y a personne qui veut se lancer dans une ronde constitutionnelle nulle part. Dans ce sens-là, c'est illusoire», fait observer le sénateur Jean-Claude Rivest.

    Des vues similaires

    Jean Charest n'a aucune intention de prendre le bâton du pèlerin pour convaincre ses homologues des autres provinces du mérite d'entreprendre des négociations constitutionnelles ou promouvoir un «Sénat des provinces», a-t-il affirmé en réponse aux jeunes libéraux. Il s'est dit persuadé que Stephen Harper voyait «sur son écran radar» la même chose que lui, c'est-à-dire le néant.

    Sur cette question, les vues de François Legault rejoignent celles du chef libéral. Le cofondateur de la Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ) n'a aucune intention de réclamer la tenue d'une ronde de négociations constitutionnelles. Les revendications du Québec seront reléguées aux oubliettes pendant dix ans. Il ne défendra même pas la timide revendication, présentée par le gouvernement Charest, d'une entente administrative visant la culture et les communications, une demande qui est restée lettre morte.

    François Legault vient d'ailleurs d'engager deux conseillers du Parti libéral du Canada. Gageons que, quand il présentera sa brochette de candidats, des fédéralistes notoires y figureront en bonne place.

    Sur les autres questions, il n'y a pas non plus un grand écart idéologique. Jean Charest se pose en pragmatique qui fait de la prospérité du Québec sa priorité et qui entend régler les problèmes concrets des Québécois. Avec sa démarche «business», François Legault incarne le pragmatisme le plus terre à terre. Son programme, qui est avant tout une liste de «solutions» à des problèmes «urgents», flaire le redressement d'entreprises. Pour Jean Charest, c'est un adversaire beaucoup plus coriace que Pauline Marois qui, elle, est forcée de se parer d'un idéal qui ne lève plus.

    Un nouveau radical!


    Du Japon où il mène une mission économique, Jean Charest a déjà commencé à lancer des salves à son nouveau rival. François Legault a «un agenda caché» puisqu'il promet de diriger le Québec pour un seul mandat. «Un politicien qui se lance dans la mêlée pour un seul mandat a des raisons: des décisions tellement brutales, radicales et contraires à ce que les gens veulent qu'il ne peut même pas imaginer faire un deuxième mandat», a lancé le chef libéral. Bref, François Legault est un dangereux radical de droite. On le voit: les hostilités sont bel et bien amorcées.

    Pour Jean Charest, dans l'éventualité où il reste à la tête du Parti libéral pour les prochaines élections, le défi est immense. Certains diront: insurmontable. «S'il y a une volonté de changement dans la population, ce qui est possible après huit ou neuf ans d'un gouvernement, c'est Legault qui va tirer les marrons du feu», croit Jean-Claude Rivest. La règle de l'alternance jouera pour le nouveau venu. Quant à Pauline Marois, les focus groups menés par le parti lui ont déjà signifié que la population ne l'associait aucunement au changement; cette perception n'a certainement pas changé.

    Certes, quelques pelures de banane se présenteront sur le chemin de François Legault. Ainsi, son parti devra se définir une position constitutionnelle, a-t-il affirmé. Pour cette coalition de souverainistes qui ont lâché prise et de fédéralistes sans complexe, faire preuve de cohérence relativement à cet enjeu peut s'avérer difficile. De même, dans quelques semaines, la CAQ présentera ses propositions en matière de langue et de culture. En la matière, le terrain est toujours glissant. La CAQ devra dire si elle considère que le français est menacé à Montréal et s'il faut renforcer ou non l'application de la Charte de la langue française.

    Il se peut bien que le PQ reprenne du poil de la bête lors de la reprise de la session parlementaire; après tout, l'opposition officielle peut se faire valoir à l'Assemblée nationale. C'est ce que Jean Charest doit secrètement espérer: une division du vote plus égale entre le parti de François Legault et le PQ reste son meilleur atout pour permettre au parti qu'il dirige de se faufiler. Le mandat de son gouvernement est encore jeune; des bouleversements peuvent survenir.

    On n'a qu'à penser à ce qui est arrivé à Pauline Marois depuis juin.
    Jean Charest<br />
Pauline Marois<br />
François Legault<br />
     
     
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