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    Les démissionnaires raffolent du «rapport Drainville»

    Le PQ a besoin de redevenir le parti du peuple, sinon «il va mourir», croit le député péquiste

    26 août 2011 |Antoine Robitaille | Québec
    Dans les multiples entrevues qu'il a accordées hier, Bernard Drainville a dû répondre à des questions sur son intérêt à accéder à la direction du PQ: «Moi, je ne suis pas ici pour prendre la place de personne», a-t-il répété.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans les multiples entrevues qu'il a accordées hier, Bernard Drainville a dû répondre à des questions sur son intérêt à accéder à la direction du PQ: «Moi, je ne suis pas ici pour prendre la place de personne», a-t-il répété.
    Madame Marois, le bateau coule!, par Réjean Bergeron
    Québec — Bernard Drainville a davantage séduit les démissionnaires péquistes que ses collègues du caucus avec sa synthèse tirée de sa «consultation» estivale. Dévoilé hier, ce rapport, produit à partir de quelque mille courriels envoyés au député de Marie-Victorin, débouche sur des constats sévères au sujet du Parti québécois, mais propose aussi dix solutions, dont celle de faire la souveraineté par référendum d'initiative populaire (RIP).

    «Ce texte, je l'aurais signé», a lancé Louise Beaudoin, jointe en France hier. La députée de Rosemont, qui a quitté le PQ en juin, estime que son ex-collègue de Marie-Victorin a jeté un «énorme pavé dans la mare»; un «pavé positif», a-t-elle insisté. Elle qualifie M. Drainville de «courageux» de proposer ni plus ni moins qu'un «changement de régime politique» pour le Québec, mais doute que le PQ actuel ait la volonté nécessaire pour prendre un tel virage.

    Un autre démissionnaire, Pierre Curzi, a aussi mis en avant cet été l'idée d'adopter une loi sur le référendum d'initiative populaire afin de permettre à quelque 800 000 pétitionnaires de déclencher le référendum sur la souveraineté. Comme M. Drainville aussi, M. Curzi proposait, dans une interview récente à L'Aut'journal, que le mode de scrutin soit changé pour y inclure des éléments de proportionnel. M. Curzi n'a pas rappelé Le Devoir hier, mais son ami et confident, l'ancien député de Vachon Camil Bouchard, lui, s'est réjoui des propositions de Bernard Drainville. «Moi-même, je défends l'idée du référendum d'initiative populaire depuis 2007», a-t-il rappelé au Devoir, soulignant que Pauline Marois elle-même ainsi que lesdits «mousquetaires» (Jonathan Valois, Alexandre Bourdeau, Stéphan Tremblay et Nicolas Girard) avaient déjà proposé l'idée.

    En 2009, le club politique SPQ Libre avait proposé un RIP. Une pétition signée par «un minimum de 10 % de l'électorat, soit environ un demi-million d'électeurs, serait requise pour la tenue de ce référendum», écrivaient Marc Laviolette et Pierre Dubuc. Le seuil avancé par M. Drainville serait plus élevé, à 15 %.

    Membre du PQ jusqu'au congrès d'avril et initiateur du Nouveau Mouvement pour le Québec, Jocelyn Desjardins, a salué le travail du député en soulignant son «esprit d'ouverture». Aux yeux de M. Desjardins, le référendum d'initiative populaire est une avenue «hautement souhaitable» puisqu'elle replace le «citoyen au coeur du projet indépendantiste». M. Desjardins se dit «très content» que Bernard Drainville propose une modification du mode de scrutin et rappelle que l'animateur et humoriste François Parenteau a plaidé en faveur de cette «avancée démocratique» lors du rassemblement citoyen du 21 août Montréal.

    Ouverture et agacement

    Quant à Pauline Marois, sonnée hier par un autre sondage catastrophique — le PQ dégringolerait à 18 % dans les intentions de vote, selon CROP, si François Legault lançait son parti —, elle a refusé de commenter le rapport Drainville.

    Dans les multiples entrevues qu'il a accordées hier, Bernard Drainville a dû répondre à des questions sur son intérêt à accéder à la direction du PQ: «Moi, je ne suis pas ici pour prendre la place de personne», a-t-il répété. Selon plusieurs sources, l'initiative du député agace l'entourage de Mme Marois. Cette dernière a d'ailleurs convoqué M. Drainville à plusieurs reprises cet été pour discuter de cette consultation.

    Mais aux dires du député de Marie-Victorin, la chef a accueilli avec ouverture le rapport, qu'elle a reçu «avant tout le monde». «J'ai senti beaucoup d'ouverture. Elle voit bien qu'il y a urgence. On ne peut pas se permettre de ne rien faire. Sinon, on va finir comme le Bloc québécois», a confié Bernard Drainville au Devoir. Faut-il refaire le programme que le PQ a pourtant adopté à la mi-avril? «La conjoncture a changé, on ne vit plus dans le même Québec depuis le 2 mai. Il faut prendre acte de ce qui s'est passé. Le Bloc a été pratiquement rayé de la carte», répond-il. Le programme Agir en toute liberté, que Mme Marois veut promouvoir lors d'une tournée de «consultations citoyennes» à travers le Québec, est donc en partie caduc, aux yeux de M. Drainville. Il soutient qu'il faut en effet l'ajuster et que les règles du PQ le permettent.

    Selon ce que rapporte M. Drainville, Mme Marois songerait à rassembler les réflexions de M. Drainville avec celles des deux autres élus qui ont procédé à des consultations, Pascal Bérubé (Matane) et Sylvain Pagé (Labelle). Chose certaine, le rapport Drainville fera l'objet de discussions animées au caucus péquiste des 31 août et 1er septembre. Un autre rapport, celui de M. Pagé, sera alors proposé aux élus. Il découle d'une consultation effectuée auprès d'une vingtaine de personnalités politiques de tous les horizons. Il le rendra public le 1er septembre lors d'une assemblée publique dans sa circonscription.

    Pascal Bérubé compte discuter de ses conclusions, mais entend déposer le sien la veille de la reprise des travaux parlementaires, le 19 septembre, à l'Assemblée nationale. Joint hier, M. Bérubé a refusé de commenter les conclusions du rapport Drainville, mais a insisté sur le caractère «exigeant» de «son» processus: «Je ne me suis pas contenté de mettre mon courriel pour que les gens m'écrivent», a-t-il noté. Il soutient que sa consultation est donc bien différente de celle de M. Drainville. Par sa «représentativité» et par son thème: «J'ai voulu me concentrer sur la question "comment faire de la politique autrement" et non sur l'avenir du PQ», a-t-il soutenu. «Mon travail s'apparente davantage à celui de Sylvain Pagé.» M. Bérubé a envoyé par la poste une invitation dans chacun des foyers des localités de sa circonscription et prévoit tenir une douzaine de rencontres avec les résidants. La dernière aura lieu à Matane le 14 septembre.

    Un autre député, Yves-François Blanchet (Drummond), estime qu'il y a «plein de belles choses» dans le document de M. Drainville. De telles idées sont «plutôt intéressantes» et doivent être discutées, croit-il, mais «cela devrait se faire dans une structure un peu plus formelle "qu'envoyez-moi des courriels"», évoquant ainsi la méthode choisie par Bernard Drainville. M. Blanchet a-t-il l'intention d'imiter son collègue? «Je vous dirais... sans méchanceté pour personne... que je consulte beaucoup mes citoyens dans Drummond. Mais je n'appelle pas les médias pour leur dire.»

    Enfin, le chef de l'Action démocratique, Gérard Deltell, s'est fait un malin plaisir de souligner que sept des dix solutions proposées par le rapport Drainville figurent dans le programme adéquiste, dont l'élection du premier ministre au suffrage universel, les élections à date fixe et les procédures de rappel des députés.












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