Les démissionnaires raffolent du «rapport Drainville»

Dans les multiples entrevues qu'il a accordées hier, Bernard Drainville a dû répondre à des questions sur son intérêt à accéder à la direction du PQ: «Moi, je ne suis pas ici pour prendre la place de personne», a-t-il répété.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans les multiples entrevues qu'il a accordées hier, Bernard Drainville a dû répondre à des questions sur son intérêt à accéder à la direction du PQ: «Moi, je ne suis pas ici pour prendre la place de personne», a-t-il répété.

Québec — Bernard Drainville a davantage séduit les démissionnaires péquistes que ses collègues du caucus avec sa synthèse tirée de sa «consultation» estivale. Dévoilé hier, ce rapport, produit à partir de quelque mille courriels envoyés au député de Marie-Victorin, débouche sur des constats sévères au sujet du Parti québécois, mais propose aussi dix solutions, dont celle de faire la souveraineté par référendum d'initiative populaire (RIP).

«Ce texte, je l'aurais signé», a lancé Louise Beaudoin, jointe en France hier. La députée de Rosemont, qui a quitté le PQ en juin, estime que son ex-collègue de Marie-Victorin a jeté un «énorme pavé dans la mare»; un «pavé positif», a-t-elle insisté. Elle qualifie M. Drainville de «courageux» de proposer ni plus ni moins qu'un «changement de régime politique» pour le Québec, mais doute que le PQ actuel ait la volonté nécessaire pour prendre un tel virage.

Un autre démissionnaire, Pierre Curzi, a aussi mis en avant cet été l'idée d'adopter une loi sur le référendum d'initiative populaire afin de permettre à quelque 800 000 pétitionnaires de déclencher le référendum sur la souveraineté. Comme M. Drainville aussi, M. Curzi proposait, dans une interview récente à L'Aut'journal, que le mode de scrutin soit changé pour y inclure des éléments de proportionnel. M. Curzi n'a pas rappelé Le Devoir hier, mais son ami et confident, l'ancien député de Vachon Camil Bouchard, lui, s'est réjoui des propositions de Bernard Drainville. «Moi-même, je défends l'idée du référendum d'initiative populaire depuis 2007», a-t-il rappelé au Devoir, soulignant que Pauline Marois elle-même ainsi que lesdits «mousquetaires» (Jonathan Valois, Alexandre Bourdeau, Stéphan Tremblay et Nicolas Girard) avaient déjà proposé l'idée.

En 2009, le club politique SPQ Libre avait proposé un RIP. Une pétition signée par «un minimum de 10 % de l'électorat, soit environ un demi-million d'électeurs, serait requise pour la tenue de ce référendum», écrivaient Marc Laviolette et Pierre Dubuc. Le seuil avancé par M. Drainville serait plus élevé, à 15 %.

Membre du PQ jusqu'au congrès d'avril et initiateur du Nouveau Mouvement pour le Québec, Jocelyn Desjardins, a salué le travail du député en soulignant son «esprit d'ouverture». Aux yeux de M. Desjardins, le référendum d'initiative populaire est une avenue «hautement souhaitable» puisqu'elle replace le «citoyen au coeur du projet indépendantiste». M. Desjardins se dit «très content» que Bernard Drainville propose une modification du mode de scrutin et rappelle que l'animateur et humoriste François Parenteau a plaidé en faveur de cette «avancée démocratique» lors du rassemblement citoyen du 21 août Montréal.

Ouverture et agacement

Quant à Pauline Marois, sonnée hier par un autre sondage catastrophique — le PQ dégringolerait à 18 % dans les intentions de vote, selon CROP, si François Legault lançait son parti —, elle a refusé de commenter le rapport Drainville.

Dans les multiples entrevues qu'il a accordées hier, Bernard Drainville a dû répondre à des questions sur son intérêt à accéder à la direction du PQ: «Moi, je ne suis pas ici pour prendre la place de personne», a-t-il répété. Selon plusieurs sources, l'initiative du député agace l'entourage de Mme Marois. Cette dernière a d'ailleurs convoqué M. Drainville à plusieurs reprises cet été pour discuter de cette consultation.

Mais aux dires du député de Marie-Victorin, la chef a accueilli avec ouverture le rapport, qu'elle a reçu «avant tout le monde». «J'ai senti beaucoup d'ouverture. Elle voit bien qu'il y a urgence. On ne peut pas se permettre de ne rien faire. Sinon, on va finir comme le Bloc québécois», a confié Bernard Drainville au Devoir. Faut-il refaire le programme que le PQ a pourtant adopté à la mi-avril? «La conjoncture a changé, on ne vit plus dans le même Québec depuis le 2 mai. Il faut prendre acte de ce qui s'est passé. Le Bloc a été pratiquement rayé de la carte», répond-il. Le programme Agir en toute liberté, que Mme Marois veut promouvoir lors d'une tournée de «consultations citoyennes» à travers le Québec, est donc en partie caduc, aux yeux de M. Drainville. Il soutient qu'il faut en effet l'ajuster et que les règles du PQ le permettent.

Selon ce que rapporte M. Drainville, Mme Marois songerait à rassembler les réflexions de M. Drainville avec celles des deux autres élus qui ont procédé à des consultations, Pascal Bérubé (Matane) et Sylvain Pagé (Labelle). Chose certaine, le rapport Drainville fera l'objet de discussions animées au caucus péquiste des 31 août et 1er septembre. Un autre rapport, celui de M. Pagé, sera alors proposé aux élus. Il découle d'une consultation effectuée auprès d'une vingtaine de personnalités politiques de tous les horizons. Il le rendra public le 1er septembre lors d'une assemblée publique dans sa circonscription.

Pascal Bérubé compte discuter de ses conclusions, mais entend déposer le sien la veille de la reprise des travaux parlementaires, le 19 septembre, à l'Assemblée nationale. Joint hier, M. Bérubé a refusé de commenter les conclusions du rapport Drainville, mais a insisté sur le caractère «exigeant» de «son» processus: «Je ne me suis pas contenté de mettre mon courriel pour que les gens m'écrivent», a-t-il noté. Il soutient que sa consultation est donc bien différente de celle de M. Drainville. Par sa «représentativité» et par son thème: «J'ai voulu me concentrer sur la question "comment faire de la politique autrement" et non sur l'avenir du PQ», a-t-il soutenu. «Mon travail s'apparente davantage à celui de Sylvain Pagé.» M. Bérubé a envoyé par la poste une invitation dans chacun des foyers des localités de sa circonscription et prévoit tenir une douzaine de rencontres avec les résidants. La dernière aura lieu à Matane le 14 septembre.

Un autre député, Yves-François Blanchet (Drummond), estime qu'il y a «plein de belles choses» dans le document de M. Drainville. De telles idées sont «plutôt intéressantes» et doivent être discutées, croit-il, mais «cela devrait se faire dans une structure un peu plus formelle "qu'envoyez-moi des courriels"», évoquant ainsi la méthode choisie par Bernard Drainville. M. Blanchet a-t-il l'intention d'imiter son collègue? «Je vous dirais... sans méchanceté pour personne... que je consulte beaucoup mes citoyens dans Drummond. Mais je n'appelle pas les médias pour leur dire.»

Enfin, le chef de l'Action démocratique, Gérard Deltell, s'est fait un malin plaisir de souligner que sept des dix solutions proposées par le rapport Drainville figurent dans le programme adéquiste, dont l'élection du premier ministre au suffrage universel, les élections à date fixe et les procédures de rappel des députés.
80 commentaires
  • Jerry Paris - Inscrit 26 août 2011 00 h 36

    Drainville

    M.Drainville vous faites que du trouble dans le PQ. Démissionnez au plus vite. Ou est la démocratie dans vos solutions. On est 5 millions de voteurs au Québec et 800,000 personnes vont faire déclencher un référemdum.... On voit de quelle classe que vous êtes.

  • poprivet - Inscrit 26 août 2011 00 h 47

    Tout va bien ou Trouvez l'erreur

    Bon,

    Et bien ça à l'air maintenant que les artistes (Curzi) proposent des changements au mode de scrutin et que les animateurs / humoristes (Parenteau) plaident pour de nouveaux moyens de tenir des référendums... pffffff. La scène politique québécoise est pathétique.

    La seule idée intéressante ici est la proposition de Drainville selon laquelle la politique doit s'ajuster à son époque : "... il y a urgence... on [risque] finir comme le Bloc québécois... La conjoncture a changé... depuis le 2 mai, etc". Les campagnes électorales ne peuvent définitivement plus se faire sans les médias sociaux, sans tenir compte des tendances.

  • MACQ - Inscrit 26 août 2011 00 h 56

    Pour poursuivre sur cette voie...

    L'innitiative de M.Drainville d'amorcer une réflexion sur une réforme démocratique a le potentiel de créer une forte vague au Québec!

    Parmis les gens et les groupes qui ont soumis des réflexions cette été au député de Marie-Victorin, il y a le MACQ, Mouvement d'Appui pour une Constitution Québécoise.

    Si vous souhaitez poursuivre votre réflexion dans ce sens, sans partisanerie, rendez-vous sur: www.macqc.org.

  • Marcel Bernier - Inscrit 26 août 2011 01 h 11

    Un peu plus haut... un peu plus loin...

    Il reste à M. Drainville à faire un constat : ce que disent les citoyens et les citoyennes, à travers leurs courriels, c’est que la monarchie constitutionnelle et le parlementarisme britannique tel que nous le pratiquons, depuis la Conquête, ne reflètent plus les besoins de représentation de la population québécoise.
    On a beau désigner notre parlement du beau nom d’Assemblée nationale, nous fonctionnons comme le veut la tradition britannique qui est très éloignée de nos us et coutumes bien québécoises. En vous soumettant à la reine Élisabeth II, lors de votre entrée en fonction, vous avalisez tout un système qui se répercute dans vos prises de décision et même dans la confection de votre programme électoral.
    Qui plus est, vous faites miroiter à la population québécoise une possibilité (l’indépendance) qui est l’exact opposé de vos agissements en tant qu’élu(e)s du peuple. À ce titre, vous perpétuez l’aliénation fondamentale qui vient corrompre le processus démocratique.

  • Catherine Paquet - Abonnée 26 août 2011 05 h 08

    Il faut le faire... Un référendum d'initiative populaire

    Au vu et au su de tout le monde, vous admettez que vous et votre parti politique n'avez pas le courage de proposer un référendum portant sur votre option principale, l'Indépendance, alors, demandez aux citoyens qui y croient encore de la faire à votre place.