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    Libre opinion - Québec doit s'activer pour protéger la langue

    17 août 2011 |Gaston Bernier - Président de l'Association pour le soutien et l'usage de la langue française | Québec
    Il y a deux mois, une importante manifestation internationale en faveur de la langue française, de la diversité culturelle et de l'organisation d'états généraux a eu lieu à Paris. C'était le 18 juin. Environ 1200 personnes, des Français, des Belges, des Italiens, des Africains, des Acadiens, des Québécois, se sont regroupées devant le Panthéon et ont pris part ensuite à la marche dans le Quartier latin. La presse québécoise (sauf exception) n'en a pas publié de compte rendu ni repris le reportage d'agence daté du 18 juin, comme si le sort de la langue française et la diversité culturelle n'avaient pas d'importance ici, comme si la proposition d'états généraux de la langue en France n'intéressait pas les Québécois et tous les francolocuteurs.

    La manifestation de citoyens de pays et de continents divers était une première dans la francophonie. Encouragés par 44 associations et regroupements divers à montrer leur engagement en faveur du français et de son statut, les marcheurs déambulèrent derrière la banderole «Ma patrie, c'est la langue française» (Camus) et leurs étendards nationaux.

    L'organisateur de la rencontre, l'ex-ambassadeur Albert Salon, a invité vingt intervenants à prendre la parole après la lecture de messages, en particulier ceux de l'académicien Alain Decaux, du comédien Fabrice Luchini, du président du Modem, François Bayroux, et du député Jean Lasalle. On entendit le professeur Claude Hagège (Collège de France), des parlementaires (Jacques Myard, Jean-Pierre Chevènement, candidat déclaré à l'élection présidentielle de 2012, Nicolas Dupont-Aignan et Patrick Louis) et des chefs de délégations étrangères: de Wallonie et Bruxelles, de Côte d'Ivoire, d'Italie, de Maurice Day, venu de Montréal pour représenter la Ligue internationale des scientifiques de langue française et les Québécois.

    Enfin des porte-parole d'associations françaises (Mariannes de la République, C.R.A.N. ou Conseil des associations noires, Carrefour des acteurs sociaux, Académie de la carpette anglaise, Forum pour la France, COURRIEL, Académie du gaullisme). Les Français étaient donc fortement de la partie. Cela annonce peut-être un réveil de la mère patrie. M. Salon a souligné la présence de gens d'Asie (Cambodge, Laos, Vietnam, Chine), d'Afrique (Burkina Faso, Cameroun, Mali, Sénégal, Maroc, Algérie, Tunisie), de groupes de Haïtiens, de Mauriciens, de Québécois et d'Acadiens derrière leurs drapeaux.

    Quelques idées sont à retenir des allocutions des personnalités présentes.

    Selon Claude Hagège, la France a la mission de porter l'oriflamme de l'universalité de concert avec l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne ou la Russie, car elle est à la source de la Déclaration des droits de l'homme. M. Hagège s'en est pris à la surdité de la classe politique française, insensible au sort réservé à la langue et à l'idée d'en organiser des états généraux et à son parti-pris en faveur de la pensée unique diffusée en anglais.

    Catherine Distinguin, secrétaire générale du Pôle francophone du Carrefour des acteurs sociaux, a rappelé les motifs de la manifestation: la conviction que la langue française est le meilleur instrument de communication de la communauté et l'élément constitutif essentiel de son identité, l'impéritie des pouvoirs publics et la colonisation par l'anglais. Mme Distinguin a cité Dominique Noguez: «La langue française n'est pas en crise. Elle se porte bien. Elle s'enrichit. C'est bien pire qu'une crise: elle est victime d'une trahison.»

    Dans l'intervention fort appréciée du représentant de Wallonie-Bruxelles, Paul-Henry Gendebien, on retiendra l'affirmation selon laquelle «la France et la langue française, c'est l'aspiration à l'universel, mais l'universel n'est pas la mondialisation, ni le nivellement».

    La présence québécoise à la manifestation avait été encouragée en mai et juin par des initiatives individuelles et par la publicité diffusée par Impératif français (représenté lors de la marche par l'écrivain Alain Dubos, auteur des Amants du Saint-Laurent, 2009), par l'Association pour le soutien et l'usage de la langue française, par la Société nationale des Québécois et Québécoises de la capitale. Cependant, la proximité de la Fête nationale a empêché les regroupements panquébécois (Mouvement national des Québécoises et Québécois, Mouvement Québec français, Ligue d'action nationale) d'y encadrer la présence québécoise.

    On peut espérer qu'à la prochaine occasion, les groupes laurentiens sauront se concerter et désigner un porte-étendard. Si les Français montent aux barricades pour défendre le statut du français, il faudrait se retrouver à leurs côtés.

    ***

    Gaston Bernier - Président de l'Association pour le soutien et l'usage de la langue française












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