Supervision des chantiers routiers - Hamad reverra les procédures du MTQ

Le ministre des Transports, Sam Hamad, lors de son passage près de l’autouroute Ville-Marie, le jour de l’effondrement de la poutre et des parelumes du tunnel Viger. «L’effondrement de la poutre est lié aux travaux de construction qui étaient en place», a-t-il dit sèchement, hier.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le ministre des Transports, Sam Hamad, lors de son passage près de l’autouroute Ville-Marie, le jour de l’effondrement de la poutre et des parelumes du tunnel Viger. «L’effondrement de la poutre est lié aux travaux de construction qui étaient en place», a-t-il dit sèchement, hier.

Dans une nouvelle tentative pour dissiper les craintes sur la supervision des chantiers routiers faite par des firmes d'ingénierie privées, le ministre des Transports, Sam Hamad a annoncé hier la révision des façons de faire de son ministère en la matière.

«J'ai l'intention de revoir la façon de suivre l'étape 1, c'est-à-dire l'inspection, jusqu'à l'étape finale, c'est-à-dire la réalisation. Et s'il y a des faiblesses ou des points à améliorer, on va le faire. Nous voulons nous assurer que ce que nous faisons est bien», a affirmé M. Hamad, à l'occasion d'un point de presse destiné à faire le point sur la situation dans le tunnel Viger de l'autoroute Ville-Marie (A-720) fermé à la circulation après l'effondrement, dimanche, d'une poutre de 25 tonnes.

M. Hamad rejette toutefois la prémisse voulant que la recherche de profits ait le dessus sur la recherche de sécurité dans la tête des sous-traitants du secteur privé lorsqu'ils exécutent des contrats gouvernementaux. «Je le répète aujourd'hui encore: lorsqu'on prend les fonds publics, pis on paie des gens pour travailler... le minimum qu'on attend, c'est des hauts standards de qualité.»

L'entrepreneur privé Laco Construction inc. était responsable des travaux, mais la surveillance de ceux-ci était assurée par un consortium formé de CIMA+, de Dessau et de SNC-Lavalin, qui avait fait ressortir il y a près de trois ans «l'état critique» du tunnel Viger.

Le même consortium était préalablement responsable de la conception des plans et des devis des travaux à exécuter dans le tunnel Viger. D'ailleurs, le MTQ ne les a «jamais validés», alors que «la sécurité des usagers pouvait être» compromise, a fait remarquer hier le porte-parole de l'opposition officielle en matière de transports, Nicolas Girard.

Sam Hamad critique et est critiqué

Les travaux de réfection du mur de soutènement du tunnel sont à l'origine de l'effondrement de la poutre de 25 tonnes qu'il soutenait, a souligné à gros traits hier M. Hamad. «L'effondrement de la poutre est lié aux travaux de construction qui étaient en place», a-t-il dit sèchement alors que les conclusions des deux experts indépendants chargés de «faire toute la lumière» ne sont pas attendues avant quelques mois.

De son côté, Nicolas Girard s'interroge: «[Mais] qui a autorisé l'entrepreneur à amincir le mur soutenant la poutre qui s'est effondrée? De plus, comment se fait-il qu'aucune surveillance de cet important chantier n'a été effectuée par le ministère des Transports?»

Le député de Gouin se demande si le principe de «responsabilité ministérielle» s'est envolé en fumée avec l'accession au pouvoir du gouvernement de Jean Charest, en 2003. «Une poutre de 25 tonnes de béton s'est effondrée dimanche dernier et le ministre des Transports, Sam Hamad, tente de nous faire croire qu'il n'est pas responsable», a-t-il déclaré.

L'incident qui a forcé la fermeture de voies rapides au centre-ville de Montréal empruntées par plus de 100 000 automobilistes en semaine est symptomatique d'une pénurie d'ingénieurs et de techniciens au sein du MTQ. «Nous avons la preuve aujourd'hui que la perte d'expertise en matière d'inspection et de surveillance de chantiers de nos infrastructures routières peut compromettre la sécurité des citoyens. Le gouvernement [...] doit retrouver à très court terme cette expertise stratégique», a dit M. Girard.

«C'est une façon d'abdiquer ses responsabilités», a poursuivi le président de l'Association des ingénieurs du gouvernement, Michel Gagnon. Ce dernier milite en faveur de l'accroissement de la part des contrats exécutés par les ingénieurs du secteur public, qui oscille actuellement autour de 10 %.

Réactions à Québec

Sur la colline parlementaire, le ministre délégué aux Transports, Norman MacMillan, a refusé de parler aux journalistes du sujet de l'heure, se contentant de dire à La Presse canadienne que le réseau routier du Québec était en excellent état. «Ça va très bien dans le réseau routier», a-t-il lancé tout en marchant vers la séance du Conseil des ministres.

La présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, a, quant à elle, balayé du revers de la main la requête du maire de Montréal, Gérald Tremblay, d'accroître et d'accélérer le financement des infrastructures et des transports collectifs dans la métropole, notamment en ajoutant une nouvelle taxe sur l'essence ou en implantant un péage régional. «Le gouvernement ne prend pas part à des discussions visant à établir des péages autour de l'île de Montréal», a-t-elle affirmé.
26 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 4 août 2011 06 h 38

    Devinons !

    S'appuyant sur les propos incongrus du Ministre, on peut s'attendre à ce qu'il engage une firme d'ingénieurs du privé pour superviser le travail des ingénieurs du gouvernement chargés de surveiller les travaux des ingénieurs du privé. Histoire de boucler la boucle !
    Roland Berger

  • Kaibatz - Inscrit 4 août 2011 06 h 57

    Responsabilite

    Il m'apparait enfantin la réaction de ministre Hamad de se sortir de l'imbroglio prétendant que son ministère n'est pas responsable et pourtant qui a commandé ces travaux? Sachant que ce sont nos taxes que nous payons qui servent à payer les amis ingénieurs du Ministre Hamad; ayez un peu de décence M. Hamad en reconnaissant que vous avez laissé trop de lest à vos copains ainsi qu’une valeur ajoutée, quittez votre poste de ministre pour ainsi ne pas avoir à être responsable des autres catastrophes qui surviendront grâce au profit du gain de ceux qui contrôlent ce ministère dont vous n’étiez que leur porte-parole.

  • Mimi37 - Inscrit 4 août 2011 08 h 08

    Soyons réalistes

    Malheureusement, les politiciens ne sont pas EXPERT dans tout ie.: science, ingénierie etc. etc. Franchement!

    Personne au gouvernement, tout Parti confondu, peut accomplir tous les travaux d'infrastructures de la Province ou d'ailleurs. Ils doivent se fier aux experts pour accomplir certaines tâches.

    Qui a commandé ces travaux ? Voyons donc, la réponse est assez simple: LA POPULATION qui aimerait bien pouvoir voyager sur des routes "sécures".

    Le gros problème ici au Qc, c'est que la plusieurs croient que le gouvernement peut "tout faire" ?????!!!!!! ie.: GOUVERNEMENT MAMAN, ÉTATISME appellez ça comme vous voulez.

    On est témoin, de plus en plus, des résultats de ces "gouvernements maman" ... Ça NOUS coûte cher et c'est inéfficace!

    Essayons d'avoir au moins UN IOTA de realisme tout de même! Beaucoup plus facile de toujours critiquer mais pas toujours facile d'accomplir - DEMANDEZ à tous ceux qui accomplissent des choses ? EUX n'ont pas le temps de toujours TOUT CRITIQUER.

  • Yvan Dutil - Inscrit 4 août 2011 08 h 19

    La bâton de baseball: un outil de travail!

    Pour bâtir une infrastructure de qualité chose de solide, il faut de bons plans, bien exécuté avec des matériaux de qualité. En pratique, les ingénieurs concepteurs travaillent avec un fusil sur la tempe pour tenir les coûts bas, les contracteurs tournent les coins ronds et les fournisseurs essayent de passer des matériaux de qualité médiocre tout le temps (ex: tuyau de forage russe).

    Sur un chantier de construction, un des équipement de base de surveillant de chantier après le casque et les bottes de sécurité est le bâton de baseball qui aide à faire passer le message au contracteur qu'il doit faire le travail comme on lui a demandé!

    L'industrie de la construction est gangrénée par une pensée mafieuse de haut en bas et de long en large. Le problème est donc bien plus vaste que certains veulent le laisser croire.

  • alen - Inscrit 4 août 2011 08 h 26

    Preuve accablante

    Plus l'information remonte, plus il est manifeste que ce qui est arrivé en fin de semaine dans le tunnel Viger était prévisible. Techniquement d'abord bien sûr, puisque dès 2008 un rapport d'inspection jetait un doute sérieux sur la solidité de l'ouvrage... Mais politiquement aussi, puisqu'après les mésaventures des ponts de Laval, entre autre, le gouvernement Charest a privilégié les coupures de personnel pour baisser les impôts. L'effondrement de la fin de semaine n'est malheureusement qu'un autre signal très clair à l'effet que les coupures de personnel affectent les services... Quoiqu'en disent les <Éric> de ce monde qui ne pensent qu'à leur nombril... Les spécialistent le confirment tous; ce qui se passe aux États-Unis avec la dette est le résultat direct des baisses d'impôts des riches décrétées par Bush... Chez nous, ça va malheureusement plus loin: c'est la sécurité du public sur nos routes qui est affecté.