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    Le délire royal

    8 juillet 2011 |Lise Payette | Québec
    Le couple royal a fait un malheur. Il ne servirait à rien de le nier. Cendrillon et son prince ont mis le Québec et son peuple dans leur poche. Nous avons tous été témoins de l'accueil du public et de la joie touchante des petites filles pour qui le mot «princesse» déclenche des rêves de princes charmants et de vie facile où elles n'auraient qu'à se laisser aimer pour l'éternité. «Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants», dit-on dans les contes. Ça fait tourner le monde depuis des siècles. Si on se fie à ce qu'on a vu au cours des derniers jours, le rêve n'est pas près de s'éteindre... ni de se réaliser, d'ailleurs.

    Sauf que... en regardant le délire royal se déployer sous mes yeux (Radio-Canada en a beurré épais), j'ai fini par me poser deux ou trois questions. Comment, par exemple, peut-on concilier l'objectif d'égalité des femmes dans notre société et laisser les petites filles rêver de devenir une princesse passant ses journées à recevoir des fleurs? Comment les laisser penser qu'une vie comme celle de la jolie duchesse est à la portée de tout le monde? En encourageant ce rêve, est-ce qu'on ne contribue pas à mener les petites filles vers un échec douloureux, puisqu'elles ne seront jamais une princesse? Sans compter que les princes charmants ne courent pas les rues, c'est bien connu.

    Lola, notre Lola, la compagne d'Éric, a-t-elle cru devenir une princesse quand cet étranger, si riche, venu de loin, en a fait sa compagne? Comment les petites filles se remettent-elles de cet échec quand elles se rendent compte que la réalité est toute différente de ces rêves qu'on les a encouragées à nourrir? On sourit quand une petite fille dit qu'elle veut devenir une princesse, mais j'attends encore de rencontrer un garçon qui dira qu'il veut devenir un prince charmant. Les garçons préfèrent rêver d'être un pompier, un astronaute ou un joueur de hockey. C'est certes plus terre à terre, mais ils ont plus de chances d'y arriver.

    Il aura suffi d'un jeune couple, entouré de mystère et de savoir-faire, dans une opération de relations publiques parfaitement chronométrée et réussie, pour mettre le Québec en transe. Il était pourtant très évident que ce qu'on a appelé «le spontané» était parfaitement dosé, choisi et exécuté à la perfection. Rien n'était laissé au hasard. Leur monde n'aime pas le hasard. Leur performance a été éblouissante. Raison de plus pour rester calmes. Le proverbe ne dit-il pas «A beau mentir qui vient de loin»?

    Je suis convaincue qu'il vaut mieux ne pas mentir aux petites filles et bien leur expliquer que Cendrillon est une histoire inventée et qu'il vaut mieux avoir un diplôme universitaire qu'un soulier de verre pour affronter la vie. Ça n'empêchera pas les petites filles de réclamer un diadème pour orner leur jolie tête lors des anniversaires, mais ça les empêchera peut-être de tomber dans les bras du premier prince charmant venu. Il sera toujours plus important de convaincre les petites filles qu'elles peuvent devenir ce qu'elles veulent dans la vie, par leurs propres moyens. C'est à ça que servent un cerveau et des études.

    Je ne vous cacherai pas que j'aimerais mieux que les petites Québécoises admirent Pauline Marois et en fassent leur modèle, plutôt que d'opter pour la duchesse Kate. Mais là, à mon tour, je rêve en couleurs. Les parents de ces petites filles font peut-être partie de ceux qui pensent que Pauline n'est pas une bonne chef et qu'elle n'a pas un aussi beau sourire que Kate. Peut-être disent-ils devant leurs enfants que Pauline ne saurait pas diriger le Québec et qu'elle n'a pas ce qu'il faut pour y arriver... Pire: qu'ils ne voteraient pas pour elle. Ce qui fait que toutes ces petites filles vont finir par penser que le poste de premier ministre n'est pas fait pour une femme et que les filles sont destinées à jouer un rôle de deuxième plan comme la duchesse Kate, dans l'ombre de son époux. Et nous serons revenus 60 ans en arrière...

    En ce qui concerne la politique québécoise, la visite du duc et de la duchesse n'a pas fait de gros dommages. Stephen Harper triomphait le jour de la Fête du Canada. Nos «élites» québécoises en ont profité pour redorer leur blason. Les dignitaires ont sorti leurs plus beaux sourires et leurs discours de circonstance. Si les visiteurs royaux ont bien joué leur rôle, on peut dire que les autorités d'ici ont aussi joué le jeu du mensonge sans aucune gêne. Le maire Labeaume a été sublime. Tout a baigné dans l'huile, comme dans l'eau bénite autrefois.

    Les petites filles, elles, hélas, sont devenues les victimes, elles sont à placer dans le lot des dommages collatéraux. Il appartient aux parents de remettre Cendrillon là où elle appartient, en espérant que le mal ne soit pas irréparable.
     
     
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