Élections partielles - Dumont marquera des points
Photo : Clément Allard
Les pires nouvelles du ciel électoral risquent de tomber sur la tête du chef du Parti libéral, Jean Charest.
Peu importe les résultats aux élections partielles de lundi, il est d'ores et déjà acquis que l'ADQ de Mario Dumont marquera des points, en nombre de votes et même de sièges. Ses adversaires péquistes et libéraux concèdent eux-mêmes des chances bien réelles aux adéquistes Marie Grégoire et Sylvie Lespérance, respectivement dans Berthier et Joliette.
Les résultats dans les deux autres circonscriptions, Vimont et Lac-Saint-Jean, permettront de jauger encore mieux l'ampleur du vent de sympathie portant Mario Dumont en ce moment au Québec. Concédé rapidement aux libéraux en début de campagne, Vimont mettra finalement en scène une bataille serrée et Lac-Saint-Jean peut toujours causer des surprises.
«C'est bien difficile d'imaginer que Lac-Saint-Jean pourrait basculer, pense le politologue de l'Université de Montréal Louis Massicotte, parce qu'ils ont un bon candidat et que c'est péquiste depuis 1976. Mais si le PQ perd, ce serait l'annonce d'un désastre aux élections générales. De même, si le PLQ ne gagne pas Vimont, c'est un très mauvais signe pour ce parti.»
Hors de l'ADQ, le portrait sera donc beaucoup moins rose lundi soir. Déjà, les stratèges péquistes constatent d'ailleurs que le message du «bon gouvernement Landry» ne rejoint pas encore l'électorat.
«Ce n'est que depuis un mois, dit le politologue de Concordia Guy Lachapelle, que le gouvernement du PQ s'est mis en mode action, davantage prêt à répondre aux attentes des citoyens, après une longue période de réflexion.»
Dépassés par les événements, les péquistes se rabattent rapidement sur l'idée que le PLQ fera pire qu'eux lundi et qu'avec un peu de travail et de pédagogie, les prochaines élections générales pourraient alors donner lieu à un combat nationaliste, entre la gauche péquiste et la droite adéquiste.
Dans le camp souverainiste, les résultats de lundi pourraient aussi signifier un répit pour le Bloc québécois à Ottawa, eu égard notamment aux luttes intestines libérales. Si Michel Bellehumeur perd Joliette, Gilles Duceppe retrouverait son organisateur de partielles lors d'un scrutin fédéral du même genre. Et qui sait, si la vague adéquiste finissait par atteindre les rives du Lac-Saint-Jean, Stéphan Tremblay pourrait ramener son fauteuil aux Communes...
Le ciel sur la tête du PLQ
En fait, les pires nouvelles du ciel électoral risquent de tomber sur la tête du chef du Parti libéral, Jean Charest. Finir possiblement troisième dans trois circonscriptions et au coude à coude avec l'ADQ dans Vimont s'avère un coup dur pour un chef et un parti qui ne cessent de «travailler» les régions, et ce, depuis l'élection de 1998. Devant cette évidente perte de vitesse, on comprend M. Charest de répéter ad nauseam qu'il veut des élections générales.
Mais les sondages et les partielles ne donnent pas encore un portrait réaliste de l'humeur électorale, selon Louis Massicotte. Il parle d'un «flux total où l'on sait que ça bouge, mais pas trop dans quelle direction». Il se demande aux dépens de qui l'ADQ va vraiment progresser. «Ce n'est pas nécessairement à l'encontre du Parti libéral. Le PLQ hésite à embrayer sur le discours nationaliste, mais Charest n'est quand même pas une catastrophe ambulante.»
M. Massicotte pense qu'on assiste pour le moment à un effondrement du vote du PQ puisqu'il est facile pour un voteur péquiste — déçu des 38 limousines, des fusions et de la souveraineté cachée sous le boisseau — de passer à l'ADQ. À ce rythme, si le PLQ conservait une augmentation de 7 % et plus par circonscription aux partielles, il réussirait à remporter les prochaines élections.
«Certaines questions sont absentes des partielles et devront faire l'objet de réponses lors du scrutin général, estime de plus Guy Lachappelle. Qui est Mario Dumont? Qui est Jean Charest? Qui formera le meilleur gouvernement? Qui répond aux besoins des citoyens?»
D'ici là, les résultats de lundi pourraient tout de même avoir certains effets: le leadership du premier ministre et du chef de l'opposition remis en cause; les deux vieux partis placés devant un nécessaire et réel effort de renouvellement; l'essoufflement souhaité de l'équipe Mario Dumont par les deux autres. Évidemment, cela ne milite certes pas en faveur d'élections automnales.
Élections, leadership?
Dans cet esprit, Guy Lachapelle pense que des courses au leadership ne sont pas à exclure. «Le PLQ a toujours changé de chef après des élections, mais le PQ, avant, à l'exception de Pierre Marc Johnson. Est-ce que Mme Marois pourrait faire mieux? Je crois même au retour possible de M. Bouchard.»
Pour Bernard Landry, un premier test de popularité aura lieu dans Joliette, lance Louis Massicotte: «Ce sera intéressant de voir quels seront les résultats dans Saint-Jacques-de Montcalm, village natal du premier ministre qui est situé dans Joliette.»
Malgré le vent adéquiste, les politologues demeurent prudents quant à la durée de la percée du parti de Mario Dumont. Essentiellement, les partielles touchent surtout aux enjeux locaux, déplacent peu d'électeurs, dépendent surtout des organisations locales et du nombre de taxis disponibles.
À ce chapitre, l'ADQ demeure un parti déficient, souligne Louis Massicotte. «C'est un parti qui vit aux crochets de l'État, qui sous-performe dans ses levées de fonds. Est-ce que ses finances lui permettront de matérialiser les appuis des sondages? En d'autres mots, est-ce que l'ADQ est autre chose qu'un one man show dirigé par un artiste de grand talent?»
Guy Lachapelle en doute aussi. L'argument adéquiste du «pareil au même péquiste-libéral» lui apparaît facile. Les votes pour Mario Dumont demeurent le stationnement des insatisfaits, selon lui.
«C'est ce que j'appelle le mirage Dumont. On ne sait trop quelles sont ses politiques. [...] Ce n'est pas un vote ferme en sa faveur. Le fait que ce soit si soudain prouve que c'est un phénomène passager.»
Il croit toutefois que l'ADQ n'a pas encore fait le plein de votes au sein des forces libérales. L'objectif de Mario Dumont demeure toujours de prendre la place de chef de l'opposition, rappelle-t-il. Le chef adéquiste est populaire auprès des jeunes de 7 à 77 ans, en fait.
«Vincent Lemieux a toujours dit que le Parti québécois allait disparaître. Est-ce que ce ne serait pas le PLQ qui pourrait disparaître? Mario Dumont est un meilleur Bourassa que Jean Charest en tout cas.»
Est-ce à dire que l'électorat québécois penche de plus en plus vers la droite? Si l'ADQ faisait une réelle percée lors du scrutin général, Guy Lachapelle pense qu'il s'agirait d'une démonstration assez claire de ce phénomène. Chose certaine, ajoute Louis Massicotte, avec l'ADQ la question nationale n'est tout simplement plus à l'ordre du jour. «L'écoeurement constitutionnel est très fort, conclut-il, et le parti qui canalisera ce sentiment peut l'emporter.»
Les résultats dans les deux autres circonscriptions, Vimont et Lac-Saint-Jean, permettront de jauger encore mieux l'ampleur du vent de sympathie portant Mario Dumont en ce moment au Québec. Concédé rapidement aux libéraux en début de campagne, Vimont mettra finalement en scène une bataille serrée et Lac-Saint-Jean peut toujours causer des surprises.
«C'est bien difficile d'imaginer que Lac-Saint-Jean pourrait basculer, pense le politologue de l'Université de Montréal Louis Massicotte, parce qu'ils ont un bon candidat et que c'est péquiste depuis 1976. Mais si le PQ perd, ce serait l'annonce d'un désastre aux élections générales. De même, si le PLQ ne gagne pas Vimont, c'est un très mauvais signe pour ce parti.»
Hors de l'ADQ, le portrait sera donc beaucoup moins rose lundi soir. Déjà, les stratèges péquistes constatent d'ailleurs que le message du «bon gouvernement Landry» ne rejoint pas encore l'électorat.
«Ce n'est que depuis un mois, dit le politologue de Concordia Guy Lachapelle, que le gouvernement du PQ s'est mis en mode action, davantage prêt à répondre aux attentes des citoyens, après une longue période de réflexion.»
Dépassés par les événements, les péquistes se rabattent rapidement sur l'idée que le PLQ fera pire qu'eux lundi et qu'avec un peu de travail et de pédagogie, les prochaines élections générales pourraient alors donner lieu à un combat nationaliste, entre la gauche péquiste et la droite adéquiste.
Dans le camp souverainiste, les résultats de lundi pourraient aussi signifier un répit pour le Bloc québécois à Ottawa, eu égard notamment aux luttes intestines libérales. Si Michel Bellehumeur perd Joliette, Gilles Duceppe retrouverait son organisateur de partielles lors d'un scrutin fédéral du même genre. Et qui sait, si la vague adéquiste finissait par atteindre les rives du Lac-Saint-Jean, Stéphan Tremblay pourrait ramener son fauteuil aux Communes...
Le ciel sur la tête du PLQ
En fait, les pires nouvelles du ciel électoral risquent de tomber sur la tête du chef du Parti libéral, Jean Charest. Finir possiblement troisième dans trois circonscriptions et au coude à coude avec l'ADQ dans Vimont s'avère un coup dur pour un chef et un parti qui ne cessent de «travailler» les régions, et ce, depuis l'élection de 1998. Devant cette évidente perte de vitesse, on comprend M. Charest de répéter ad nauseam qu'il veut des élections générales.
Mais les sondages et les partielles ne donnent pas encore un portrait réaliste de l'humeur électorale, selon Louis Massicotte. Il parle d'un «flux total où l'on sait que ça bouge, mais pas trop dans quelle direction». Il se demande aux dépens de qui l'ADQ va vraiment progresser. «Ce n'est pas nécessairement à l'encontre du Parti libéral. Le PLQ hésite à embrayer sur le discours nationaliste, mais Charest n'est quand même pas une catastrophe ambulante.»
M. Massicotte pense qu'on assiste pour le moment à un effondrement du vote du PQ puisqu'il est facile pour un voteur péquiste — déçu des 38 limousines, des fusions et de la souveraineté cachée sous le boisseau — de passer à l'ADQ. À ce rythme, si le PLQ conservait une augmentation de 7 % et plus par circonscription aux partielles, il réussirait à remporter les prochaines élections.
«Certaines questions sont absentes des partielles et devront faire l'objet de réponses lors du scrutin général, estime de plus Guy Lachappelle. Qui est Mario Dumont? Qui est Jean Charest? Qui formera le meilleur gouvernement? Qui répond aux besoins des citoyens?»
D'ici là, les résultats de lundi pourraient tout de même avoir certains effets: le leadership du premier ministre et du chef de l'opposition remis en cause; les deux vieux partis placés devant un nécessaire et réel effort de renouvellement; l'essoufflement souhaité de l'équipe Mario Dumont par les deux autres. Évidemment, cela ne milite certes pas en faveur d'élections automnales.
Élections, leadership?
Dans cet esprit, Guy Lachapelle pense que des courses au leadership ne sont pas à exclure. «Le PLQ a toujours changé de chef après des élections, mais le PQ, avant, à l'exception de Pierre Marc Johnson. Est-ce que Mme Marois pourrait faire mieux? Je crois même au retour possible de M. Bouchard.»
Pour Bernard Landry, un premier test de popularité aura lieu dans Joliette, lance Louis Massicotte: «Ce sera intéressant de voir quels seront les résultats dans Saint-Jacques-de Montcalm, village natal du premier ministre qui est situé dans Joliette.»
Malgré le vent adéquiste, les politologues demeurent prudents quant à la durée de la percée du parti de Mario Dumont. Essentiellement, les partielles touchent surtout aux enjeux locaux, déplacent peu d'électeurs, dépendent surtout des organisations locales et du nombre de taxis disponibles.
À ce chapitre, l'ADQ demeure un parti déficient, souligne Louis Massicotte. «C'est un parti qui vit aux crochets de l'État, qui sous-performe dans ses levées de fonds. Est-ce que ses finances lui permettront de matérialiser les appuis des sondages? En d'autres mots, est-ce que l'ADQ est autre chose qu'un one man show dirigé par un artiste de grand talent?»
Guy Lachapelle en doute aussi. L'argument adéquiste du «pareil au même péquiste-libéral» lui apparaît facile. Les votes pour Mario Dumont demeurent le stationnement des insatisfaits, selon lui.
«C'est ce que j'appelle le mirage Dumont. On ne sait trop quelles sont ses politiques. [...] Ce n'est pas un vote ferme en sa faveur. Le fait que ce soit si soudain prouve que c'est un phénomène passager.»
Il croit toutefois que l'ADQ n'a pas encore fait le plein de votes au sein des forces libérales. L'objectif de Mario Dumont demeure toujours de prendre la place de chef de l'opposition, rappelle-t-il. Le chef adéquiste est populaire auprès des jeunes de 7 à 77 ans, en fait.
«Vincent Lemieux a toujours dit que le Parti québécois allait disparaître. Est-ce que ce ne serait pas le PLQ qui pourrait disparaître? Mario Dumont est un meilleur Bourassa que Jean Charest en tout cas.»
Est-ce à dire que l'électorat québécois penche de plus en plus vers la droite? Si l'ADQ faisait une réelle percée lors du scrutin général, Guy Lachapelle pense qu'il s'agirait d'une démonstration assez claire de ce phénomène. Chose certaine, ajoute Louis Massicotte, avec l'ADQ la question nationale n'est tout simplement plus à l'ordre du jour. «L'écoeurement constitutionnel est très fort, conclut-il, et le parti qui canalisera ce sentiment peut l'emporter.»
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