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    Le printemps des pissenlits

    17 juin 2011 |Lise Payette | Québec
    La planète est en zone de turbulence depuis des mois. Les peuples secouent leurs puces et font le ménage chez leurs dirigeants. Ils exigent des changements majeurs et rêvent d'une vie meilleure que celle qui a été la leur depuis longtemps. Des centaines d'humains ont payé de leur vie leur désir de liberté. D'autres continuent le combat chaque jour. Tous les noms de fleurs y sont passés, le printemps du jasmin a donné des idées. Les peuples d'Égypte, de Tunisie, de Syrie et de Libye exigent du changement. Ils ont démontré qu'ils sont prêts à en payer le prix. Le Yémen est en mouvement... d'autres vont suivre. Personne ne sait quand ça va s'arrêter.

    Au Québec, pas de grosses manifestations en vue. Un étranger qui serait de passage ici pourrait croire qu'il ne s'y passe rien. Il n'aurait pas tout à fait tort. L'eau est calme. C'est dans les fonds que ça bouillonne dans tous les partis politiques. Il y a eu tentative de révolution lors de l'élection fédérale du 2 mai dernier, jour où les Québécois ont voté massivement pour le «nouveau» Nouveau Parti démocratique, celui qui a promis, sans rire, de défendre le Québec à Ottawa durant les quatre années à venir. Le prix à payer va être élevé. «Visa le noir, tua le blanc», comme dit la chanson. Le Québec voulait priver Harper de sa majorité. Visa le noir, tua Duceppe.

    Ce qu'on vit au Québec pourrait s'appeler «le printemps des pissenlits». Le printemps des pissenlits plutôt que le printemps des fleurs de lys. Quand on pense qu'on est né pour un p'tit pain, on peut tout aussi bien penser qu'on est né pour une p'tite fleur. On a les fleurs qu'on peut.

    L'erreur de l'élection digérée, nous aurions enfin le temps de vérifier tous les dossiers qui nous pendent au bout du nez. Ils étaient nombreux: le moratoire sur les gaz de schiste, le pont Champlain, la corruption latente dans certaines villes, l'état des services de santé, le coût de l'éducation, le monde de la construction, l'état de notre système de justice, la pauvreté et la maltraitance des aînés... du pain sur la planche jusqu'à plus faim. Quelques milliers de citoyens se sont retroussé les manches et ont chaussé leurs bottes de sept lieues pour aller nettoyer tout ce que la rivière Richelieu avait inondé depuis deux mois. Le travail ne leur fait pas peur. Ils ont le coeur sur la main. Ce peuple est généreux.

    Puis alors qu'on ne s'y attendait pas, la soupière a sauté. Le feu était trop haut, c'est sûr. Il y a eu pas mal de dégât avant qu'on puisse remettre le couvercle dessus. Il y aura sûrement des dégâts qui seront irréparables. On a vu le retour des célèbres divas qui avaient abandonné le bateau péquiste avec éclat revenir dire à la nouvelle pilote ce qu'elle devrait faire...

    Dans la soupière, il y avait le rêve d'un amphithéâtre capable de contenir tout l'orgueil des citoyens de la ville de Québec, plus celui du maire, plus une équipe de hockey professionnel qui pourrait enfin battre le Canadien de Montréal. Il y avait aussi des députés pour et des députés contre et une belle grosse poignée d'argent public. Il y avait un magicien de Montréal, chargé de bien touiller la soupe. Tout allait bien jusqu'à ce que la soupière explose. Tout le monde a été éclaboussé. Même certains qui n'étaient pas là quand la soupe a été mise au feu.

    Ça a été un véritable «sauve-qui-peut». Certains sont rentrés chez eux sans demander leur reste. D'autres n'ont pas pu s'empêcher de se vider le coeur tant il était évident que la soupe ne leur disait plus rien de bon. On a dit que la recette n'était pas comme l'ancienne. On a dit aussi que la cuisinière n'avait pas respecté parfaitement la recette, qu'il y avait trop de sel, pas assez de fines herbes et un peu trop d'oignon. On a même reproché à celui qui avait préparé la soupe autrefois, il y a bien longtemps, d'avoir trafiqué la fameuse recette avant de la donner à la responsable d'aujourd'hui. Les accusations ont fusé. Les réponses aussi.

    C'est ce qui se produit habituellement dans une cuisine où il y a trop de chefs. Ce qui manque cruellement, ce sont ces petits ouvriers plus humbles qui coupent les petits légumes avec soin, qui les lavent parfaitement et qui s'assurent qu'il y aura de la soupe pour tout le monde...

    Comme je le disais, dans le reste du monde, c'est un temps de turbulence. Heureusement qu'ici, on a la paix. Quant aux dossiers urgents, ceux qui comptent pour les citoyens, c'est un tout nouveau chef sans parti qui veut les porter. François Legault s'agite beaucoup. Il promet même de ne pas faire de référendum sur la souveraineté de son vivant... C'est le premier qui promet d'en tenir un après sa mort... Ça, c'est nouveau!!!
     
     
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