Québec veut revoir la gestion du temps de travail des profs
En obligeant les enseignants à une présence de cinq heures additionnelles par semaine à l'école, le ministère de l'Éducation considère avoir préparé le terrain pour la prochaine négociation de la convention collective avec les profs, où il sera alors question d'organisation du temps de travail.
«Nous sommes assurés de leur présence à l'école, c'est déjà un premier pas; nous verrons ce qu'on peut modifier dans la tâche plus tard, à la prochaine négociation», nous disait cette semaine un fonctionnaire du ministère de l'Éducation. «Cette entente [sur le dossier de l'équité salariale], c'est une première étape.»
«Content» de pouvoir «tourner la page», le ministre de l'Éducation, Sylvain Simard, n'aime pas tellement être ramené sur le terrain conflictuel des négociations, car l'année scolaire qu'il a derrière lui n'a pas toujours été facile. Les moyens de pression exercés par les enseignants, à divers degrés dans la province, ont même eu pour effet de repousser dans le temps l'implantation de la réforme au secondaire et de modifier l'entrée prévue de cette réforme au 3e cycle du primaire.
Mais le ministre confirme: «Je ne déposerai pas nos demandes de négociation de convention collective, mais il est unanimement reconnu que nous avons besoin, pour améliorer l'encadrement des élèves, d'avoir plus de souplesse de gestion du personnel.»
Ayant réglé cette semaine avec les 80 000 enseignants francophones et anglophones du Québec le célèbre dossier de l'équité salariale, le ministre de l'Éducation doit désormais ajouter à sa facture 256 millions pour un redressement salarial moyen de 5,9 %, mais il repart avec une contrepartie de cinq heures additionnelles sur le temps de présence des enseignants à l'école.
Rien n'obligera toutefois les enseignants à faire autre chose que du travail personnel pendant ces cinq heures (recherche, correction, consultation, etc.). «Ces cinq heures assurent évidemment une présence, mais normalement on ne peut les contraindre à travailler à des occupations directes avec les élèves, explique le ministre Simard. Mais je crois beaucoup au professionnalisme des enseignants.» (Voir page «Éducation», B 12.)
Les visées de départ du ministère de l'Éducation (MEQ) étaient sans doute plus larges, M. Simard ayant lui-même beaucoup parlé de ses intentions, notamment en matière d'encadrement des élèves. Alors qu'il effectuait en mars une première tournée des médias, peu après sa nomination au poste de ministre de l'Éducation, il avait confié au Devoir: «Je veux demander aux enseignants, à l'occasion des négociations qui ont lieu actuellement et qui vont bien, [...] qu'il y ait un temps mieux défini pour l'encadrement des élèves, et si j'obtiens cela, ça me permet d'aller dans la direction du titulariat et du tutorat.»
On sait aujourd'hui que cette portion du réaménagement du temps de travail n'a pas fait l'objet d'une entente avec les enseignants, ce qui reporte entièrement le débat à la prochaine négociation de la convention collective, vraisemblablement au printemps prochain.
Ce n'est pas d'hier que Québec désire un aménagement du temps de travail des enseignants qui permettrait d'ajouter aux heures passées en classe ou de réorganiser le travail de manière à mieux encadrer les élèves.
En octobre 1999, alors que c'était François Legault qui occupait le poste de ministre de l'Éducation, il liait clairement ses intentions en matière de réorganisation de la tâche des profs à la réussite des élèves: «Ce que nous souhaitons, c'est davantage de services directs aux élèves, davantage d'encadrement, et ce, afin d'intervenir dès le premier signe de retard ou de difficultés d'apprentissage», écrivait-il dans une lettre adressée au Devoir. [...] Or, les conventions collectives actuelles ne permettent pas toute la souplesse nécessaire à l'atteinte de nos objectifs en matière de réussite éducative. En effet, le cloisonnement trop rigide de la tâche de l'enseignant fait obstacle à une affectation maximale de nos ressources aux besoins des élèves, au moment où ces besoins se font sentir.»
Si le ministre compte sur le «professionnalisme» des enseignants pour en venir de façon naturelle à passer plus de temps auprès des élèves, les syndicats tenaient un tout autre discours cette semaine, au moment où ils annonçaient qu'ils acceptaient cette entente. L'«irritant», que 35 % des enseignants n'ont pas digéré, ce sont bel et bien les cinq heures additionnelles à l'école.
Passeront-ils un jour ces heures en classe? «Je ne voudrais pas non plus recréer le conflit tout de suite, au moment où nous venons de régler, explique M. Simard. Vous ne me réintroduirez pas dans un processus de confrontation même si je sais comme tout le monde dans l'enseignement au Québec que je peux souhaiter plus de souplesse que je n'en ai actuellement.»
M. Simard concède toutefois que le cap est maintenu sur la négociation de la prochaine convention collective. «C'est sûr qu'il y a une convention qui va se négocier dans un an, et ça va nous permettre de nous rasseoir et de définir certains aspects de la tâche. Ce que les directions d'école dénoncent, ce que plusieurs enseignants concèdent, c'est qu'il y a parfois des rigidités qui nuisent à l'exécution de la tâche.»
Le premier gain, rappelle toutefois le ministre, est d'avoir ramené les enseignants à une disponibilité entière, exempte de moyens de pression divers. «Le premier gain pour les élèves, c'est qu'ils n'auront plus d'enseignants en train de boycotter les activités. Le premier gain, c'est d'avoir ramené la paix dans le milieu scolaire.»
Une paix d'autant plus précieuse que le ministre annonçait cette semaine le calendrier et les modalités d'implantation de la réforme au secondaire, une portion du chantier que tous voient comme le plus important défi de la réforme de l'éducation. Pour être généralisée, la participation des enseignants à des activités comme le tutorat ou le titulariat — qui se font déjà en certains endroits — nécessitera une grande coopération entre les directions d'enseignants et le corps professoral.
«On crée par ce règlement un nouveau climat de relations de travail à l'aube de l'implantation de la réforme au secondaire, où ça sera tellement nécessaire et essentiel que ce climat de travail, de collaboration, de concertation, de coopération, ne soit pas entravé par des réactions [comme celles] qu'on avait au cours des derniers mois», explique le ministre Sylvain Simard.
«Nous sommes assurés de leur présence à l'école, c'est déjà un premier pas; nous verrons ce qu'on peut modifier dans la tâche plus tard, à la prochaine négociation», nous disait cette semaine un fonctionnaire du ministère de l'Éducation. «Cette entente [sur le dossier de l'équité salariale], c'est une première étape.»
«Content» de pouvoir «tourner la page», le ministre de l'Éducation, Sylvain Simard, n'aime pas tellement être ramené sur le terrain conflictuel des négociations, car l'année scolaire qu'il a derrière lui n'a pas toujours été facile. Les moyens de pression exercés par les enseignants, à divers degrés dans la province, ont même eu pour effet de repousser dans le temps l'implantation de la réforme au secondaire et de modifier l'entrée prévue de cette réforme au 3e cycle du primaire.
Mais le ministre confirme: «Je ne déposerai pas nos demandes de négociation de convention collective, mais il est unanimement reconnu que nous avons besoin, pour améliorer l'encadrement des élèves, d'avoir plus de souplesse de gestion du personnel.»
Ayant réglé cette semaine avec les 80 000 enseignants francophones et anglophones du Québec le célèbre dossier de l'équité salariale, le ministre de l'Éducation doit désormais ajouter à sa facture 256 millions pour un redressement salarial moyen de 5,9 %, mais il repart avec une contrepartie de cinq heures additionnelles sur le temps de présence des enseignants à l'école.
Rien n'obligera toutefois les enseignants à faire autre chose que du travail personnel pendant ces cinq heures (recherche, correction, consultation, etc.). «Ces cinq heures assurent évidemment une présence, mais normalement on ne peut les contraindre à travailler à des occupations directes avec les élèves, explique le ministre Simard. Mais je crois beaucoup au professionnalisme des enseignants.» (Voir page «Éducation», B 12.)
Les visées de départ du ministère de l'Éducation (MEQ) étaient sans doute plus larges, M. Simard ayant lui-même beaucoup parlé de ses intentions, notamment en matière d'encadrement des élèves. Alors qu'il effectuait en mars une première tournée des médias, peu après sa nomination au poste de ministre de l'Éducation, il avait confié au Devoir: «Je veux demander aux enseignants, à l'occasion des négociations qui ont lieu actuellement et qui vont bien, [...] qu'il y ait un temps mieux défini pour l'encadrement des élèves, et si j'obtiens cela, ça me permet d'aller dans la direction du titulariat et du tutorat.»
On sait aujourd'hui que cette portion du réaménagement du temps de travail n'a pas fait l'objet d'une entente avec les enseignants, ce qui reporte entièrement le débat à la prochaine négociation de la convention collective, vraisemblablement au printemps prochain.
Ce n'est pas d'hier que Québec désire un aménagement du temps de travail des enseignants qui permettrait d'ajouter aux heures passées en classe ou de réorganiser le travail de manière à mieux encadrer les élèves.
En octobre 1999, alors que c'était François Legault qui occupait le poste de ministre de l'Éducation, il liait clairement ses intentions en matière de réorganisation de la tâche des profs à la réussite des élèves: «Ce que nous souhaitons, c'est davantage de services directs aux élèves, davantage d'encadrement, et ce, afin d'intervenir dès le premier signe de retard ou de difficultés d'apprentissage», écrivait-il dans une lettre adressée au Devoir. [...] Or, les conventions collectives actuelles ne permettent pas toute la souplesse nécessaire à l'atteinte de nos objectifs en matière de réussite éducative. En effet, le cloisonnement trop rigide de la tâche de l'enseignant fait obstacle à une affectation maximale de nos ressources aux besoins des élèves, au moment où ces besoins se font sentir.»
Si le ministre compte sur le «professionnalisme» des enseignants pour en venir de façon naturelle à passer plus de temps auprès des élèves, les syndicats tenaient un tout autre discours cette semaine, au moment où ils annonçaient qu'ils acceptaient cette entente. L'«irritant», que 35 % des enseignants n'ont pas digéré, ce sont bel et bien les cinq heures additionnelles à l'école.
Passeront-ils un jour ces heures en classe? «Je ne voudrais pas non plus recréer le conflit tout de suite, au moment où nous venons de régler, explique M. Simard. Vous ne me réintroduirez pas dans un processus de confrontation même si je sais comme tout le monde dans l'enseignement au Québec que je peux souhaiter plus de souplesse que je n'en ai actuellement.»
M. Simard concède toutefois que le cap est maintenu sur la négociation de la prochaine convention collective. «C'est sûr qu'il y a une convention qui va se négocier dans un an, et ça va nous permettre de nous rasseoir et de définir certains aspects de la tâche. Ce que les directions d'école dénoncent, ce que plusieurs enseignants concèdent, c'est qu'il y a parfois des rigidités qui nuisent à l'exécution de la tâche.»
Le premier gain, rappelle toutefois le ministre, est d'avoir ramené les enseignants à une disponibilité entière, exempte de moyens de pression divers. «Le premier gain pour les élèves, c'est qu'ils n'auront plus d'enseignants en train de boycotter les activités. Le premier gain, c'est d'avoir ramené la paix dans le milieu scolaire.»
Une paix d'autant plus précieuse que le ministre annonçait cette semaine le calendrier et les modalités d'implantation de la réforme au secondaire, une portion du chantier que tous voient comme le plus important défi de la réforme de l'éducation. Pour être généralisée, la participation des enseignants à des activités comme le tutorat ou le titulariat — qui se font déjà en certains endroits — nécessitera une grande coopération entre les directions d'enseignants et le corps professoral.
«On crée par ce règlement un nouveau climat de relations de travail à l'aube de l'implantation de la réforme au secondaire, où ça sera tellement nécessaire et essentiel que ce climat de travail, de collaboration, de concertation, de coopération, ne soit pas entravé par des réactions [comme celles] qu'on avait au cours des derniers mois», explique le ministre Sylvain Simard.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

