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Carte électorale - La réforme de René Lévesque jetée aux orties

Paul Cliche - Montréal  26 mai 2011  Québec
En 1979, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une loi confiant à un organisme indépendant des partis politiques, la Commission de la représentation électorale (CRE), la responsabilité de réviser périodiquement la carte électorale afin que le poids du vote des électeurs demeure le plus égal possible compte tenu de l'évolution de la démographie, peu importe l'endroit où ils se trouvent sur le territoire québécois. Cette dernière, comme la Loi régissant le financement des partis politiques, a constitué une pièce maîtresse dans le programme du gouvernement Lévesque pour démocratiser nos institutions politiques.

Or, pour la deuxième fois depuis l'automne dernier, le gouvernement Charest entend suspendre les pouvoirs de la CRE afin d'empêcher que prennent effet les recommandations faites par cet organisme afin d'ajuster la carte électorale aux nouvelles réalités démographiques. Ces dernières, appliquant les dispositions de la loi électorale, prévoient notamment l'abolition de trois circonscriptions dans l'est du Québec et l'ajout de trois nouvelles dans la banlieue métropolitaine de Montréal.

On sait que certaines circonscriptions rurales comptent présentement deux fois moins d'électeurs que celles situées dans des centres urbains et dans les banlieues en expansion. De plus, une trentaine des 125 existantes ne respectent plus la règle édictée par la loi interdisant que le nombre d'électeurs d'une circonscription dépasse de plus ou moins 25 % la moyenne québécoise. En fait, la carte électorale québécoise est la plus inégalitaire en Amérique du Nord.

Impasse

La loi 132, adoptée l'automne dernier grâce à une coalition libéralo-péquiste, a suspendu une première fois les pouvoirs de la CRE jusqu'au 30 juin 2011 dans l'espoir qu'il y ait entente entre les partis sur de nouvelles normes devant régir la délimitation des circonscriptions électorales. Ce désaveu a précipité le départ à la retraite du président général des élections, Marcel Blanchet. Mais par la suite, les négociations ont achoppé entre libéraux et péquistes.

Devant l'impasse, le ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Pierre Moreau, a décidé de présenter récemment le projet de loi 19 pour reconduire la suspension des pouvoirs de la CRE indéfiniment, ainsi que pour créer les trois nouvelles circonscriptions prévues en banlieue de Montréal tout en maintenant les trois qui devaient disparaître dans l'est du Québec. Le nombre de circonscriptions passerait ainsi de 125 à 128. Ce geste a soulevé un tollé du côté de trois partis d'opposition, qui plaident que les us et coutumes veulent qu'il y ait consensus en cette matière.

Recul du Québec

La carte électorale actuelle date de 2001. La CRE doit la réviser toutes les deux élections. La révision encore en cours a débuté en mars 2008 par une consultation populaire tenue rapidement dans plus de 20 villes. Les députés auraient normalement dû être saisis des recommandations de la CRE en septembre suivant, et le processus se serait terminé à la fin de 2008. Mais les parlementaires ont attendu jusqu'en juin 2010 pour convoquer la CRE à une commission parlementaire qui ne s'est réunie qu'en septembre suivant; soit deux ans plus tard que prévu. Insatisfaits des recommandations de la CRE, les députés libéraux et péquistes ont alors adopté la loi 132 pour en suspendre les pouvoirs une première fois.

À noter que l'opposition péquiste veut s'éloigner encore plus que le gouvernement libéral du principe de l'égalité du vote illustré par l'axiome «un citoyen, un vote». Elle veut en effet accorder la prépondérance aux concepts flous et subjectifs de la «représentation effective des régions» et de «l'occupation dynamique du territoire» sur celui de la «représentation effective des électeurs» édicté par la Cour suprême en 1991. Elle ferait ainsi des électeurs des villes et des banlieues populeuses des citoyens de seconde zone par rapport aux électeurs des régions rurales.

Enfin, il faut se rendre compte que cette brutale façon d'agir de la majorité parlementaire constitue un abus de pouvoir violant directement la loi de 1979 qui, pour empêcher l'intervention intéressée des partis politiques dans le processus crucial de délimitation des circonscriptions électorales, a conféré un statut d'indépendance à la CRE. Elle fait ainsi reculer le Québec 40 ans en arrière dans le domaine de la réforme des institutions démocratiques et fait craindre un retour à l'époque de la Grande Noirceur duplessiste.

***

Paul Cliche - Montréal
 
 
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  • Marcel Bernier - Inscrit
    26 mai 2011 03 h 19
    Effectivement...
    Il y a là déni de démocratie.
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  • François Ricard - Abonné
    26 mai 2011 06 h 36
    Une personne= un vote
    Nous sommes en démocratie. Le vote de chacun des citoyens doit avoir une valeur égale.
    Certaines régions se dépeuplent: les jeunes doivent s'exiler à Québec ou à Montréal pour fins d'étude et de travail. Les personnes à la retraite se réfugient dans les villes pour être plus prêt des services. Le monde de l'agriculture non seulement est passé à l'ère mécanique mais entre maintenant dans l'ère numérique, ce qui diminue le nombre de travailleurs requis. C'est une situation hautement problématique. Mais ce n'est pas en faisant entorse à un principe de base de la démocratie que l'on résoudra le problème.
    En plus, nous nous sommes donné une institution impartiale pour revoir la carte électorale. Nous nous devons de respecter le travail de ce Directeur des élections.

    Les nouveaux critères de redécoupage de la carte feront primer carrément le facteur géographique (grandeur du territoire) sur le principe démocratique de l’égalité du vote des électeurs.

    Ceci crée deux classes de citoyens; le vote des électeurs de première classe (les ruraux) ayant beaucoup plus de poids que ceux des citoyens de deuxième classe (les urbains).. Elle va ainsi à l’encontre du concept de la «représentation effective» édictée par la Cour suprême. Elle sera donc inévitablement contestée devant les tribunaux avec de bonnes chances de succès.
    L'opposition péquiste veut s'éloigner encore plus que le gouvernement libéral du principe de l'égalité du vote illustré par l'axiome «un citoyen, un vote». Elle veut en effet accorder la prépondérance aux concepts flous et subjectifs de la «représentation effective des régions » et de «l'occupation dynamique du territoire» sur celui de la «représentation effective des électeurs» édictée par la Cour suprême en 1991. Elle ferait ainsi des électeurs des villes et des banlieues populeuses des citoyens de seconde zone par rapport
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  • Michele - Inscrite
    26 mai 2011 07 h 38
    Duplesssisme
    Et on se questionne sur le manque de participation aux élections...
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  • Pierre Marcotte Pierre Marcotte - Inscrit
    26 mai 2011 08 h 06
    Deux classes de citoyens
    Il faut être urbain pas à peu près pour dire que les citoyens des régions auraient plus de poids politique que les habitants de Montréal.

    Les régions (toutes éloignées, pour plusieurs Montréalais) se dépeuplent, se dévitalisent. Si les immigrants étaient mieux répartis sur le territoire, ça aiderait un peu. Si Montréal n'attirait pas autant l'argent de Québec, ça aiderait un peu. Si l'agriculture ne nécessitait pas autant d'espace, ça aiderait un peu.

    Si le système actuel était maintenu encore longtemps, il y aurait éventuellement 120 circonscriptions entre Verdun et Laval, et le reste du Québec se partagerait le reste. Bravo, belle représentation citoyenne ! Je suis absolument POUR la règle du un citoyen = un vote, mais il faut voir plus loin que le bout de son nez. Une modification des règlements, en respect avec la représentation équitable, serait un outil de développement régional qui aiderait à garder des emplois, garder les jeunes et attirer des investissements ailleurs que sur l'île des nids de poule.
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    26 mai 2011 09 h 58
    Un citoyen, un vote.
    C'est facile à calculer, non? Le CRE est parfaitement capable de le faire. Le reste, c'est du populisme, de l'incurie, de l'hypochrisie, du lèche-électeur. On a les dirigeants qu'on mérite.
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  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit
    26 mai 2011 11 h 09
    j'appuie le "un citoyen, un vote"...
    ... et la façon la plus simple d'y arriver est le suffrage universel direct du PM.

    Dois-je vous rappeler que JJ Charest a eu un mandat clair... des électeurs de Sherbrooke : être député.

    Pas de PM légitime sans son nom sur mon bulletin de vote.

    Guillaume Blouin-Beaudoin
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  • François Beaulé - Abonné
    26 mai 2011 17 h 47
    3 lois suspectes en quelques mois
    En plus de la loi 132 que dénonce Paul Cliche ici, il y a eu la loi qui a permis au gouvernement d'accorder sans appel d'offres le très très très lucratif contrat de voitures de métro au consortium-trust Bombardier-Alstom. Ce contrat coûtera très très cher aux contribuables québécois et montréalais puisque les voitures coûteront environ 3 fois plus cher que celles de Toronto.

    Puis aujourd'hui, la loi qui appuie le contrat accordé à Québécor (en rapport avec l'amphithéâtre de Québec) et cherche à rendre difficile une contestation judiciaire.

    Dans les 3 cas, l'«opposition péquiste» a voté avec le gouvernement. Bye, bye! démocratie.
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  • J. Maurice Arbour - Abonné
    26 mai 2011 17 h 59
    Dans le champ
    Le principe "Une personne , un vote" , dans sa version absolutiste, n'est pas un principe de droit constitutionnel au Canada. M.Cliche aime cultiver la malheureuse obsession montréalaise et c'est la raison pour laquelle son analyse n'a aucune oreille attentive, ni à gauche, ni à droite, ni au centre. Si M. Cliche lisait un peu les décisions de la cour suprême , il réaliserait que la situation est plus complexe que ses raisonnements mathématiques.
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  • Louve - Abonnée
    26 mai 2011 20 h 33
    Et la réforme du mode de scrutin?
    Redécouper la carte sans égard aux iniquités inhérentes au scrutin majoritaire uninominal à un tour équivaut à un bricolage où les attitudes partisanes et la mauvaise foi peuvent se donner libre cours. Quand donc le Québec retrouvera-t-il des hommes et des femmes politiques capables de vision et de décision? Nous avons besoin d'une vraie réforme du mode de scrutin tant de fois promise. Serons-nous éternellement réduits à demeurer un peuple trahi réduit à l'agenouillement ?
    Rose Burelle
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  • Jean Martinez - Inscrit
    30 mai 2011 09 h 47
    La vision intéressée de M. Cliche
    Parlant de vision "intéressée": Monsieur Cliche n'est-il pas cet "indépendantiste" qui danse quand un libéral se fait élire au détriment du Parti Québécois? Belle perspective de bien commun!

    Pour en revenir au contenu. Dans une logique démocratique, il peut devenir nécessaire, dans certaines circonstances, d'avoir d'autres principes de représentation que celui de la valeur égale de chaque vote. Il ne faut pas oublier que les régions du Québec sont fortement désavantagées par les déplacements démographiques et économiques vers les grands centres urbains.

    Si on s'en tient aveuglément au principe de représentativité proportionnelle à la population, avec le temps, les régions du Québec n'auront plus de pouvoir politique et le poids de leur vote deviendra marginal. Pour compenser, cette inéquité, il faut donc adopter un système de représentation qui avantage un peu plus les régions. C'est la seule manière pour elles de ne pas être complètement effacées par les grands centre urbains.

    Toutes nos institutions sont basées sur un principe de justice qui nous commande de compenser certaines inégalités induites par le "sort". C'est pour cette raison que tous les citoyens ne sont pas "égaux" devant l'impôt. Certains paient plus que d'autres, afin que la richesse collective ainsi produite bénéficie aux plus démunis.

    Si on prive les régions d'un système de représentation qui compense la perte de leur poids démographique, nous irons à l'encontre de cette vision élémentaire de la justice.
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  • Stephane Lessard - Abonné
    3 juin 2011 22 h 42
    Pourtant une solution existe
    Une solution existe pour obtenir un équilibre entre l'égalité du vote partout sur le territoire québécois et une juste représentation des citoyennes et citoyens de TOUTES les régions du Québec : un mode de scrutin mixte compensatoire. Avec un tel mode de scrutin, qui maintient une représentation par circonscription tout en permettant la composition d'une Assemblée nationale reflétant la volonté populaire (proportionnelle aux résultats des votes), la carte électorale serait redessinée par le DGEQ pour s'assurer que chaque citoyenne et citoyen soit représenté-e et que leur vote compte. En terminant, rappelons que ce ne sont pas des régions qui sont représentées à Québec, mais bien du monde. Pour plus d'informations sur ce mode de scrutin mixte compensatoire : www.democratie-nouvelle/actions.
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