dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Immigration - Non aux quotas par origine!

Ont signé ce texte: Pierre Anctil, Françoise Armand, Mireille Baillargeon, Alain Bélanger, André Boisclair, Gérard Bouchard, François Crépeau, Micheline Dumont, Madeleine Gagné, Élisabeth Garant, Micheline Labelle, Annick Lenoir, Guillaume Marois, Marie McAndrew, Victor Piché, Gérard Pinsonneault, Maryse Potvin, Stephan Reichhold, Jean Renaud, Gisèle Ste-Marie, Michèle Vatz Laaroussi, Bilkis Vissandjee, Daniel Weinstock.  19 mai 2011  Québec
La ministre Kathleen Weil a récemment publié un document de consultation présentant les orientations envisagées en matière d'immigration pour les prochaines années. On doit se réjouir du moment choisi pour cet exercice, à l'abri du climat électoral, peu propice à un débat serein sur le sujet.

Ce document de consultation porte sur le nombre d'immigrants permanents que le Québec entend accueillir et sur la proportion relative des composantes (regroupement familial, réfugiés, immigrants économiques). Il décrit, en termes souvent très technocratiques, les modalités administratives qui encadrent la gestion du mouvement migratoire. Pour cette raison, il y a peu de chance que l'opinion publique s'émeuve des enjeux mis en avant. Les méthodes utilisées pour accepter, refuser ou encore retarder le traitement des demandes de résidence permanente ne risquent pas beaucoup d'être abordées. Il importerait pourtant qu'on s'y attarde davantage.

Jusqu'au milieu du XXe siècle, le Canada n'admettait pratiquement que des immigrants d'origine européenne, de préférence des Britanniques. Cette pratique s'inscrivait dans une idéologie générale de «hiérarchisation des races et des ethnies» contre laquelle les horreurs de la Deuxième Guerre mondiale et le processus de décolonisation n'avaient pas tout à fait immunisé l'Occident.

Au cours des années 1960, cette méthode a été progressivement remplacée par une approche universelle et égalitaire, sans égard à la race, à la couleur, à la nationalité, à la religion, à la langue maternelle et au sexe. Quand le Québec a obtenu des pouvoirs lui permettant de choisir lui-même une proportion importante de ses immigrants, il a adhéré d'emblée à ce principe de non-discrimination, lequel s'harmonisait d'ailleurs tout à fait avec sa propre Charte des droits et libertés.

«Bassin géographique»


Mais en 2004, des dispositions surprenantes ont été introduites dans la Loi sur l'immigration. Prétextant que la sélection avait notamment pour objet de favoriser l'enrichissement du patrimoine socioculturel du Québec, il fut décidé que le nombre d'immigrants à admettre pourrait désormais être réparti par «bassin géographique». Une clause autorisant la suspension de l'étude des demandes en provenance d'un bassin ou d'un autre fut même introduite, autrement dit, une clause mettant en oeuvre des quotas fondés sur l'origine géographique.

Dans le document rendu public ces derniers jours par la ministre Weil, on va un peu plus loin: essentiellement, on vise à limiter à 30 % la proportion des immigrants provenant de l'un ou l'autre bassin, notamment de l'Afrique. Quel que soit l'angle considéré, il s'agit là d'un retour à des pratiques en vigueur avant l'adoption des Chartes et inconciliables avec le principe d'universalité de la politique d'immigration et d'égalité des personnes devant la Loi.

Conforter la discrimination

Qu'en est-il des justificatifs invoqués à l'appui de ces mesures dignes d'une époque qu'on croyait révolue?

L'argument de l'enrichissement du patrimoine socioculturel est pour le moins étonnant: pris au pied de la lettre, il devrait amener les autorités à concentrer leurs efforts de sélection partout, sauf en Europe, puisque la population québécoise, tant celle de vieille souche que celle issue de l'immigration, est massivement d'origine européenne.

On argue aussi des difficultés d'intégration rencontrées par les immigrants de certaines provenances. À cet égard, on doit considérer deux choses.

D'une part, différentes études ont mis en évidence la discrimination dont sont parfois l'objet les nouveaux arrivants sur le marché du travail. Est-ce le rôle de l'État de conforter cette discrimination en l'étendant à la pratique même de la sélection? Ne serait-il pas plus productif de mettre en oeuvre de meilleurs moyens pour la contrer? Poser la question, c'est y répondre.

D'autre part, avant d'accuser tous les employeurs québécois de racisme, il convient de prendre en considération un autre élément de la problématique. Il est plausible, pour ne pas dire probable, que les connaissances linguistiques, la qualité de l'éducation reçue ou l'expérience acquise dans certains pays ne soient pas toujours du niveau requis sur le marché québécois du travail, notamment parce que les vérifications faites lors de l'examen des candidatures ne sont pas suffisamment poussées (comme le laisse entendre, d'ailleurs, le document de consultation). Cela peut expliquer en partie le manque d'adéquation entre les compétences de certains immigrants et les besoins des employeurs québécois.

Sélection rigoureuse

Ce qu'il faudrait alors, ce n'est pas tant l'instauration de quotas aveugles, fondés sur l'origine géographique (synonyme en réalité de race, de couleur ou d'ethnie) qu'une sélection plus soignée et plus rigoureuse, notamment sur le plan de l'évaluation des connaissances linguistiques, de la formation et des compétences professionnelles.

Naturellement, la mise en oeuvre d'une telle approche requerrait de consacrer à la sélection davantage de ressources même si, dans un premier temps, une certaine diminution du volume des admissions peut en résulter. Et il faudrait surtout, de la part des autorités, une dose importante d'imagination et de courage.

Tenter de contenir la vague de l'immigration nord-africaine par des moyens dignes d'une autre époque n'est pas dans l'intérêt supérieur du Québec. Pour la première fois de notre histoire, le Québec est la destination privilégiée d'une immigration massivement francophone qui ne demande qu'à se rallier à la majorité. L'adoption de mesures discriminatoires et vexantes à l'endroit de ces immigrants risque de les amener, comme d'autres qui les ont précédés, à se détourner de la majorité francophone et à aller contribuer, eux aussi, à la marginalisation du seul peuple francophone d'Amérique du Nord.

***

Ont signé ce texte: Pierre Anctil, Françoise Armand, Mireille Baillargeon, Alain Bélanger, André Boisclair, Gérard Bouchard, François Crépeau, Micheline Dumont, Madeleine Gagné, Élisabeth Garant, Micheline Labelle, Annick Lenoir, Guillaume Marois, Marie McAndrew, Victor Piché, Gérard Pinsonneault, Maryse Potvin, Stephan Reichhold, Jean Renaud, Gisèle Ste-Marie, Michèle Vatz Laaroussi, Bilkis Vissandjee, Daniel Weinstock.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Jerome Letnu - Inscrit
    19 mai 2011 01 h 30
    Et pourquoi pas un stop à l'immigration pendant quelques années...
    ... le temps que les salaires remontent à un niveau décent.

    La loi de l'offre et de la demande, également un pricinpe universel (mettant donc en principe ses partisants à l'abrit d'une accusation de racisme), ferait tranquillement son oeuvre, en raréfiant l'offre de main d'oeuvre.

    En europe, les classes populaires prennent conscience qu'elles ont été bernées pendant des années par la droite d'affaire, qui veut toujours plus d'immigration pour augmenter le nombre de consommateur et pour faire baisser les salaires, et la gauche bobo/caviar, pour qui le contribuable local est un raciste s'il ne veut pas sauver tous les damnés de la terre en les accueillant.

    Tous les signataires de cet article sont des privilégiés, il n'y à qu'à voir le nombre de prof d'université (syndiqués) qu'on y trouve.

    L'ouvrier non-syndiqué, qui voit la jungle de la concurence gruger peu à peu son pouvoir d'achat, ne peut espérer des gains que par la loi de l'offre et de la demande.

    A ceux qui ne manqueront pas de prêcher le salut par la croissance du PIB, je ferais remarquer que cette croissance ne donne rien au peuple si le PIB moyen baisse, ou s'il augmente mais qu'il ne profite qu'aux ultra-riches.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Sansterre Gilles - Inscrit
    19 mai 2011 03 h 58
    Le ridicule tue!
    Quel désolant spectacle nous offrent les multiculturalistes!

    Réduit à l'impuissance par la Charte des droits, l'État, selon eux, ne devrait même plus pouvoir choisir les immigrants comme il le désir!

    On voit bien tout le ridicule de l'affaire, et dans quels beaux draps nous sommes pris avec eux! On devrait plutôt abroger cette damnée Charte qui nous tue à petit feu!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • France Marcotte - Abonnée
    19 mai 2011 07 h 29
    Forcer un peu trop la note
    Ce texte me semblait plein de bon sens, particulièrement le passage où on met en cause l'examen des candidatures des futurs immigrants:
    "Ce qu'il faudrait (alors), ce n'est pas tant l'instauration de quotas aveugles, fondés sur l'origine géographique, qu'une sélection plus soignée et plus rigoureuse, notamment sur le plan de l'évaluation des connaissances linguistiques, de la formation et des compétences professionnelles", disent les auteurs.
    Mais le dernier passage qui me laisse perplexe:
    "Pour la première fois de notre histoire, le Québec est la destination privilégiée d'une immigration massivement francophone qui ne demande qu'à se rallier à la majorité. L'adoption de mesures discriminatoires et vexantes à l'endroit de ces immigrants risque de les amener, comme d'autres qui les ont précédés, à se détourner de la majorité francophone et à aller contribuer, eux aussi, à la marginalisation du seul peuple francophone d'Amérique du Nord".

    Ce ton menaçant, pour ne pas dire de chantage me semble de mauvais goût. Plutôt que de renforcer l'argumentation, il fait sourciller.
    Les immigrants francophones qui ne pourraient se rallier à la majorité francophone du Québec pour les raisons invoquées ici pourraient-ils pour autant se rallier à sa minorité anglophone, assujettie aux mêmes lois que la majorité francophone?
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Marc Provencher - Inscrit
    19 mai 2011 09 h 00
    Périlleuse ambiguité dans cette lettre pleine de bonnes intentions
    Je suis moi aussi opposé à l'idée de ce genre de quotas appliqués à l'immigration. Je suis également de ceux que l'étude récente de l'Institut Fraser révulse.

    Cela dit, il y a dans cette lettre de nos "logues" chéris une bien étrange ambiguité . Le dcoument nous parle en effet de :

    « ...une idéologie générale de «hiérarchisation des races et des ethnies» contre laquelle les horreurs de la Deuxième Guerre mondiale (...) n'avaient pas tout à fait immunisé l'Occident. »

    Hiérarchisées c'est encore pire évidemment ; mais il faut rappeler avec force que le racisme, avant d'en arriver au délire supplémentaire des soi-disant "races" prétendument supérieures et inférieures, EST D'ABORD LA CROYANCE AUX RACES, c'est-à-dire le fait d'expliquer la culture par la nature, de prendre les peuples et nationalités, faits spirituels et historiques (i.e. acquis du vivant de chaque individu), pour des faits héréditaires, des faits physiques, semblables aux espèces et sous-espèces du règne animal.

    Ainsi les nazis croyaient dur comme fer à l'existence d'une prétendue "race juive" qui n'a jamais existé et d'une prétendue "race allemande" qui n'a jamais existé, et prenaient les Juifs allemands pour une espèce de croisement (mixed ancestry), comme chez les animaux. Ce n'est pas pour rien que G. A. Borgese (antifasciste de la droite libérale, un poil à gauche de Croce, un poil à droite du comte Sforza) avait surnommé les nazis "les surbêtes".

    Aussi, quand les auteurs écrivent : "...l'origine géographique (synonyme en réalité de race, de couleur ou d'ethnie)...", c'est du délire : ce sont alors les auteurs eux-mêmes qui croient à ces sornettes raciales et ethnicistes. Les regroupements géographiques ou linguistiques de peuples, de nationalités ne sont pas du tout des "races", mais toujours des faits de civilisation acquis par chaque individu de son vivant.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Michele - Inscrite
    19 mai 2011 09 h 45
    Impliquer les employeurs et prise en compte du chômage
    Depuis quelques temps, le discours sur l'immigration porte sur la culture, les valeurs et la capacité de parler le français mettant de côté la question de l'employabilité. Or, on annonce que dans certains domaines, il manque d'employés ou il va en manquer. Ce sont ces employés, il me semble, qu'il faille rechercher, non? Pourquoi, ne pas impliquer les employeurs dans le processus d'acceptation et considérer le taux de chômage lorsqu'il s'agit de fixer les quotas?

    La baisse démographique annoncée depuis belle lurette est à nos portes, il me semble qu'il faille agir de manière intelligente et efficace, non? Quel est le rapport entre la situation géopolitique et la capacité de travailler?

    M.Poupore
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre Marcotte Pierre Marcotte - Inscrit
    19 mai 2011 12 h 34
    Le bassin francophone
    Une étude de l'OIF prévoit qu'en 2050, 90% des francophones dans le monde seront africains. Les francophones du Québec constituent 2% des habitants de l'Amérique du nord. Les minoritaires, c'est nous, et on se fait accuser de racisme, de fermeture d'esprit, on nous culpabilise, on nous rabroue à qui mieux mieux. Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves ?

    La sélection des immigrants basé sur leur langue maternelle est un critère qui devrait être appliqué le plus rapidement possible au Québec. Je n'ai rien contre les anglos comme tel, ni les chinois, les russes, les finlandais ni aucune autre nationalité, en principe. Si vous voulez venir vivre ici, peu importe votre origine, parlez français, ou engagez-vous à l'apprendre dans un délai de 3 ans. C'est une solution radicale, certes, mais essentielle à la survie de notre patrimoine culturel.

    Pourquoi devrions-nous se présenter au monde la face au sol ? Pour paraître plus accueillants ? Foutaise ! On devrait, comme nation, porter fièrement notre langue et notre héritage francophone et afficher au reste du monde notre appartenance à la francophonie.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • celljack - Inscrit
    19 mai 2011 13 h 15
    Ségrégation
    Emmenez-en des immigrés, on a de la place.

    La seule chose que je demande, c'est de veiller à ce que ces immigrants soient répartis sur la province, et pas tous concentrés dans des ghettos à montréal, regroupés en micro-cultures et difficiles d'intégration.

    Les immigrants doivent être maintenus constamment en position de minorité relative pour qu'ils fassent des efforts d'intégration à la culture d'ici et de partage de leur culture.

    Si on laisse les immigrants se ségréguer, le partage d'un coté comme de l'autre est diminué de manière exponentielle et on se retrouve alors avec les mêmes problèmes que bien d'autres pays actuellement.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • camelot - Inscrit
    19 mai 2011 13 h 40
    On ne peut faire mieux
    Pour se tirer dans le pied. Ces théories sont bien nobles, mais inaplicables au Québec, parce que nous ne sommes pas souverain.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Bernard La Riviere - Abonné
    19 mai 2011 16 h 15
    Lecture pour les obsédés d'immigration.
    Je n'ai rien contre les idées et les bons sentiments. Mais un peu de savoir ne fait jamais de mal. Sur l'immigration, il faut absolument tenir compte du livre de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois intitulé «Le remède imaginaire. Pourquoi l'immigration ne sauvera pas le Québec», Boréal, Montréal, 2011.

    Les auteurs du présent article ne parlent que de modalités. Rien sur le fond. Jamais la question «Pourquoi l'immigration» n'est posée. Comme si ça allait de soi seulement parce que «Pour la première fois de notre histoire, le Québec est la destination privilégiée d'une immigration massivement francophone». Les auteurs du livre, Dubreuil et Marois, regardent ça de beaucoup plus près. Les auteurs de l'article ne peuvent pas de pas connaître le livre de ce démographe et de ce philosophe s'ils prétendent se prononcer sur l'immigration. Il ne suffit pas d'être nombreux à signer.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
9 réactions
4 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012