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    Dossiers médicaux: un échec sur toute la ligne

    L'informatisation du réseau coûtera au bas mot 1,4 milliard et ne sera achevée qu'en 2016

    5 mai 2011 |Robert Dutrisac | Québec
    Seulement 29 000 dossiers électroniques ont été ouverts alors que 680 000 usagers devaient être desservis.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Seulement 29 000 dossiers électroniques ont été ouverts alors que 680 000 usagers devaient être desservis.
    Québec — La création des dossiers médicaux informatisés, le projet Dossier santé du Québec (DSQ), dont les coûts étaient évalués à 563 millions en 2006, est un «échec», conclut le Vérificateur général du Québec. L'informatisation du réseau de la santé coûtera au bas mot 1,4 milliard et ne sera achevée qu'en 2016, six ans plus tard que le prévoyait l'échéancier.

    «J'ai constaté que les paramètres initiaux du projet fixés en 2006 concernant les coûts, la portée et l'échéancier ne seront pas respectés. Compte tenu de ces résultats, je considère que le projet sous sa forme définie à l'origine n'existe plus et en ce sens, est un échec», a affirmé, hier, le vérificateur général, Renaud Lachance en conférence de presse au cours de laquelle il a dévoilé le deuxième tome de son rapport à l'Assemblée nationale pour l'année 2010-2011.

    Cet échec sur toute la ligne est en quelque sorte consacré puisque l'an dernier, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), après avoir englouti 308 des 563 millions, décidait d'abandonner le DSQ tel que conçu à l'origine. On projetait d'établir une plateforme unique pour ces dossiers informatisés. Or, on mise maintenant sur la constitution de dossiers patients électroniques (DPE), utilisant diverses plateformes informatiques, dans les cliniques privées et les établissements de santé, des DPE qui sont, dans certaines cliniques ou certains établissements, déjà utilisés. C'est la voie qu'ont empruntée les autres provinces. Achever l'implantation des DPE au Québec coûtera plus de 900 millions, selon les évaluations obtenues par le VG.

    Le nouveau projet DSQ consistera à assurer l'interconnexion des différents systèmes, leur «interopérabilité» et leur sécurité, a expliqué Renaud Lachance. Pour ce volet, le VG croit que les coûts dépasseront les 563 millions prévus par le MSSS en dépit des assurances que ses hauts fonctionnaires persistent à fournir.

    Quant à la somme de 308 millions déjà investie, Renaud Lachance serait «le premier surpris si tous les coûts que l'on a mis dans ce dossier [à ce jour seraient] récupérables dans la nouvelle stratégie».

    D'ailleurs, le VG se montre très critique de la reddition de comptes effectuée par le ministère. Ainsi, pour diminuer artificiellement la note associée au DSQ, le MSSS impute des coûts de certains sous-projets du DSQ au budget courant alors qu'ils ne sont pas encore terminés. L'évaluation des coûts par le ministère est «non crédible», écrit le VG.

    En raison du changement de stratégie, Renaud Lachance relève que le ministère pourrait perdre 52 millions que devait lui verser le gouvernement fédéral, par l'entreprise d'Inforoute santé du Canada (ISC), qui subventionne une partie des coûts de l'informatisation du réseau de la santé des provinces.

    Selon Renaud Lachance, le Québec accuse à cet égard un retard par rapport aux autres provinces et se retrouve dans le peloton de queue avec les territoires du Yukon et du Nunavut. ISC, qui verse ses subventions en fonction de l'avancement des projets, n'a déboursé que 38 % du financement total prévu, comparativement à 74 % en moyenne pour les autres provinces.

    Lancé dans la région de Québec à l'automne 2009, le projet-pilote de DSQ en est encore à ses «balbutiements», souligne-t-il: seulement 29 000 dossiers électroniques ont été ouverts alors que 680 000 usagers devaient être desservis. D'ailleurs, le député de Shefford et porte-parole de l'Action démocratique du Québec en matière de finances publiques, François Bonnardel, se demandait hier pourquoi ce projet-pilote se poursuivait.

    Interrogé à l'Assemblée nationale par M. Bonnardel et la députée de Taschereau et porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Agnès Maltais, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, a convenu que son ministère avait «révisé» sa stratégie. «Le projet initial est différent, mais beaucoup amélioré. Et c'est faux de dire qu'on n'est pas informatisé, et on est rendu au même niveau que les autres provinces», a-t-il soutenu. La radiologie et les laboratoires sont informatisés et certaines cliniques également, a-t-il signalé. «J'invite la députée à aller voir sur le terrain qu'est-ce qui se passe et à arrêter de lire des choses», a lancé le ministre, qui semble douter que la lecture du rapport du VG soit d'une quelconque utilité.

    Agnès Maltais a souligné que selon les médecins, l'informatisation des cliniques permettrait de desservir 20 % plus de personnes dans un contexte où le quart de la population québécoise n'a pas de médecin de famille.

    Ratés informatiques

    En matière de projets informatiques, il n'y a pas que le DSQ qui connaît des ratés, loin de là. Dans un autre chapitre de son rapport, Renaud Lachance constate que les deux tiers des projets informatiques menés par le gouvernement connaissent des dépassements de coûts, ne respectent pas leur échéancier ou encore ne remplissent pas leurs promesses. Le Secrétariat du Conseil du trésor (SCT) passe outre sa propre directive: plus de la moitié des projets, dont la valeur totale s'élève à 3,2 milliards, n'ont aucun dossier d'affaires. Pour ces projets, on n'a donc pas défini les besoins, présenté des solutions possibles et évalué les risques. Seulement 11 % des projets ont un dossier d'affaires complet.

    Le VG s'est penché sur sept projets d'envergure d'une valeur globale de 1,4 milliard, dont le DSQ, pour établir que trois d'entre eux s'étaient soldés par un échec, deux autres ont connu des difficultés et deux seulement furent couronnés de succès.

    Le modèle de «gouvernance» est «non fonctionnel» puisque le SCT n'a pas d'expertise interne en informatique, note le VG. Le gouvernement dépend de consultants externes, bien davantage que d'autres administrations publiques. Le pourcentage des dépenses en informatique cédées à l'externe par les États dans le monde varie de 8 % à 24 %, selon Gartner Group cité par le VG. Au Québec, c'est 52 % du pactole qui va aux consultants externes, souvent des fonctionnaires qui ont devancé leur retraite pour se joindre à des firmes de services-conseils et qui offrent leurs services à plus cher à leur ancien employeur, fait remarquer le VG. Qui plus est, ce sont souvent ces mêmes firmes qui rédigent les appels d'offres, faute d'expertise au sein du gouvernement.












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