Salaire des enseignants - M. Legault, combien je vaux?
François Legault propose une augmentation de salaire pouvant aller jusqu'à 20 % destinée aux enseignants qui augmenteront le niveau de réussite de leurs élèves. Cette logique s'appliquerait aussi aux directeurs, qui recevraient des augmentations de salaire selon leur performance. Tout ça dans le but d'augmenter la productivité de nos écoles et de mieux investir dans notre capital humain.
À titre d'enseignante en adaptation scolaire, je crois sincèrement que M. Legault surévalue son niveau de compréhension des problématiques dans nos écoles. Sur quoi s'appuie-t-il pour faire de telles propositions? Sur son expérience en gestion des affaires? A-t-il passé beaucoup de temps en présence d'élèves dans une école dernièrement? Cette obsession de tout voir comme un investissement d'affaires va beaucoup trop loin. Il est grand temps d'avoir une conversation de fond.
Et les autres?
Commençons simplement. Vous êtes un enseignant, vous avez quatre groupes de 32 élèves chacun, et plus ou moins 5 élèves en difficulté par groupe. Si la moyenne des notes scolaires de vos groupes augmente en fin d'année, vous aurez une prime sur votre paie. Sur quels élèves mettriez-vous votre énergie jusqu'en juin? Ceux qui donnent des résultats; c'est normal! Et les autres élèves?
Pourquoi pensez-vous que cette idée ne vient pas du milieu, ou mieux encore, d'un enseignant? Comme a mentionné Gaston Marcotte, le président fondateur du Mouvement humanisation, on n'apprend pas de quelqu'un qui nous ment. Un enseignant qui mise sur la réussite de ses élèves pour son 20 % d'augmentation salariale sera démasqué par ses élèves, surtout par ses élèves en difficulté. Ils ont le flair pour l'arnaque! Si, en réponse à la pression, l'enseignant juge qu'il n'est pas payant pour lui de passer du temps avec eux, les conséquences peuvent être importantes. C'est terriblement dangereux de mettre les enseignants dans cette position!
M. Legault, que faisons-nous de l'enseignant qui mise sur l'épanouissement global de ses élèves plutôt que sur l'augmentation de leur moyenne scolaire? Souvent, l'un vient avec l'autre, mais si ce n'est pas le cas, disons parce que les élèves ont des difficultés d'apprentissage majeures, comment évaluons-nous la «performance» de cet enseignant? La réussite des élèves en difficulté se calcule souvent en petits pas. Est-ce à dire que le salaire de l'enseignant augmenterait en petits dollars? C'est complètement absurde!
Équipe unie
Regardons les choses en face. Dès la naissance, nous sommes inégaux: l'alimentation, le niveau d'attention et de soins des parents sont inégaux d'une famille à l'autre. Si l'égalité des chances n'est pas une priorité dans nos écoles, je plains ceux qui commencent au bas de l'échelle de la vie.
Rapidement, nous réalisons ce que nos intérêts, nos expériences et nos études valent sur le marché de l'emploi. Sommes-nous obligés dès l'enfance de les qualifier, de les quantifier tel un investissement et ainsi mettre les élèves en situation de concurrence? Est-ce vraiment une bonne façon de préparer notre future génération? Moi j'y vois plutôt un risque de marginalisation beaucoup trop précoce. Pouvons-nous, dans les 14 premières années de leur vie, nous intéresser davantage à leurs passions et au développement de leur intellect?
Ceux qui doutent que nous préparions suffisamment la future génération aux réalités de notre société, je vous demande ceci: au lieu de nous forcer à changer les choses à coups de primes et d'exigences de rendement, pouvez-vous prendre le temps de nous écouter?! Cela fait des années que nous luttons pour avoir les moyens de mieux faire notre travail! Joignez-vous à nous pour exiger plus de temps avec nos élèves grâce à des ratios plus petits, davantage de ressources pour nos élèves en difficulté et plus de budgets pour des projets innovateurs. Nous n'avons pas besoin de carotte au bout du bâton pour avancer, nous avons besoin d'une équipe plus forte et d'une communauté unie!
***
Julie Goulet-Kennedy, enseignante en adaptation scolaire au secondaire
À titre d'enseignante en adaptation scolaire, je crois sincèrement que M. Legault surévalue son niveau de compréhension des problématiques dans nos écoles. Sur quoi s'appuie-t-il pour faire de telles propositions? Sur son expérience en gestion des affaires? A-t-il passé beaucoup de temps en présence d'élèves dans une école dernièrement? Cette obsession de tout voir comme un investissement d'affaires va beaucoup trop loin. Il est grand temps d'avoir une conversation de fond.
Et les autres?
Commençons simplement. Vous êtes un enseignant, vous avez quatre groupes de 32 élèves chacun, et plus ou moins 5 élèves en difficulté par groupe. Si la moyenne des notes scolaires de vos groupes augmente en fin d'année, vous aurez une prime sur votre paie. Sur quels élèves mettriez-vous votre énergie jusqu'en juin? Ceux qui donnent des résultats; c'est normal! Et les autres élèves?
Pourquoi pensez-vous que cette idée ne vient pas du milieu, ou mieux encore, d'un enseignant? Comme a mentionné Gaston Marcotte, le président fondateur du Mouvement humanisation, on n'apprend pas de quelqu'un qui nous ment. Un enseignant qui mise sur la réussite de ses élèves pour son 20 % d'augmentation salariale sera démasqué par ses élèves, surtout par ses élèves en difficulté. Ils ont le flair pour l'arnaque! Si, en réponse à la pression, l'enseignant juge qu'il n'est pas payant pour lui de passer du temps avec eux, les conséquences peuvent être importantes. C'est terriblement dangereux de mettre les enseignants dans cette position!
M. Legault, que faisons-nous de l'enseignant qui mise sur l'épanouissement global de ses élèves plutôt que sur l'augmentation de leur moyenne scolaire? Souvent, l'un vient avec l'autre, mais si ce n'est pas le cas, disons parce que les élèves ont des difficultés d'apprentissage majeures, comment évaluons-nous la «performance» de cet enseignant? La réussite des élèves en difficulté se calcule souvent en petits pas. Est-ce à dire que le salaire de l'enseignant augmenterait en petits dollars? C'est complètement absurde!
Équipe unie
Regardons les choses en face. Dès la naissance, nous sommes inégaux: l'alimentation, le niveau d'attention et de soins des parents sont inégaux d'une famille à l'autre. Si l'égalité des chances n'est pas une priorité dans nos écoles, je plains ceux qui commencent au bas de l'échelle de la vie.
Rapidement, nous réalisons ce que nos intérêts, nos expériences et nos études valent sur le marché de l'emploi. Sommes-nous obligés dès l'enfance de les qualifier, de les quantifier tel un investissement et ainsi mettre les élèves en situation de concurrence? Est-ce vraiment une bonne façon de préparer notre future génération? Moi j'y vois plutôt un risque de marginalisation beaucoup trop précoce. Pouvons-nous, dans les 14 premières années de leur vie, nous intéresser davantage à leurs passions et au développement de leur intellect?
Ceux qui doutent que nous préparions suffisamment la future génération aux réalités de notre société, je vous demande ceci: au lieu de nous forcer à changer les choses à coups de primes et d'exigences de rendement, pouvez-vous prendre le temps de nous écouter?! Cela fait des années que nous luttons pour avoir les moyens de mieux faire notre travail! Joignez-vous à nous pour exiger plus de temps avec nos élèves grâce à des ratios plus petits, davantage de ressources pour nos élèves en difficulté et plus de budgets pour des projets innovateurs. Nous n'avons pas besoin de carotte au bout du bâton pour avancer, nous avons besoin d'une équipe plus forte et d'une communauté unie!
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Julie Goulet-Kennedy, enseignante en adaptation scolaire au secondaire
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