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Gérer le rêve

Michel David   12 avril 2011  Québec
Il est sans doute difficile pour le ministre des Affaires intergouvernementales, Pierre Moreau, d'imaginer la vie dans un parti politique dont les congrès sont l'occasion de véritables débats.

Malgré sa discipline légendaire, il fut un temps où le Parti libéral du Québec ne craignait pas les remises en question, mais l'époque du rapport Allaire est révolue depuis longtemps. Depuis que M. Moreau est entré en politique, les assemblées libérales relèvent plutôt de la formalité.

Le PLQ a atteint un sommet dans le non-débat au conseil général de novembre 2010, à Lévis, quand aucun délégué n'a voulu appuyer la proposition d'un militant de Groulx, Martin Drapeau, qui voulait simplement discuter de l'à-propos d'une enquête publique sur la corruption dans l'industrie de la construction, que tout le monde au Québec réclamait.

Les médias commencent à s'intéresser aux congrès du PQ des mois, voire des années à l'avance. Les libéraux en tiendront un l'automne prochain, et personne ou presque n'y a encore prêté la moindre attention, sinon pour se demander si le premier ministre Charest sera toujours là ou s'il faudra plutôt tenir un congrès au leadership.

Les votes de confiance ne sont jamais problématiques au PLQ. En novembre 2000, M. Charest était un objet de risée, ce qui ne l'avait pas empêché d'obtenir l'appui de 95 % des délégués au congrès. Quatre ans plus tôt, Lucien Bouchard, qui était encore la coqueluche des Québécois, était venu bien près de démissionner parce qu'il avait reçu l'appui de seulement 76,7 % des militants péquistes.

***

Le PQ est nettement moins turbulent qu'il l'a déjà été. On semble bien loin des grands psychodrames d'antan. Il y aura peut-être un débat sur la hausse des droits de scolarité au congrès, mais la lettre sur l'éducation que les jeunes péquistes ont publiée dans Le Devoir d'hier était si ambiguë qu'après l'avoir lue, on se demandait ce qu'ils voulaient au juste.

Prétendre que Pauline Marois devrait obtenir un vote de confiance de 95 % au congrès de la fin de semaine prochaine pour assurer son leadership constitue toutefois une autre de ces énormités qui tendent à devenir la marque de commerce de M. Moreau.

Même s'il s'est passablement assagi, le PQ demeure probablement la formation politique la plus difficile à diriger au Canada. En général, les membres d'un parti n'exigent pas davantage de leur chef que de les mener au pouvoir. Au PLQ, c'est même tout ce qui compte. Au PQ, c'est loin d'être suffisant.

Tous les chefs péquistes ont fait l'expérience de l'extrême difficulté de gérer ce qui est, pour bien des militants, le rêve d'une vie. Il faut cependant que M. Moreau ait la mémoire courte pour affirmer sans rire que le PQ est devenu «plus radical» qu'il ne l'était à l'époque de René Lévesque, de Jacques Parizeau ou de Bernard Landry.

Qu'aurait-il dit du congrès de décembre 1981, qui s'était terminé sur une ovation au péquiste Jacques Rose, après avoir remis l'élection référendaire à l'ordre du jour? En 1993, M. Parizeau avait assisté impuissant au défoulement des délégués, furieux du rétablissement du bilinguisme dans l'affichage, qui avaient résolu de rétablir la loi 101 dans ses dispositions originelles.

Encore hier, M. Charest a accusé Pauline Marois de vouloir tenir un référendum le plus vite possible, alors qu'elle s'est employée depuis quatre ans à se libérer de l'obligation en ce sens que M. Landry avait accepté de voir inscrite dans le programme au congrès de juin 2005.

***

Jusqu'à présent, Mme Marois s'est opposée à ce que les délégués puissent débattre la proposition de la circonscription de Crémazie, inspirée par Jacques Parizeau, qui prévoit la création d'une «commission de préparation à la réalisation de la souveraineté», composée de députés et de militants, qui devrait régulièrement rendre compte de ses travaux à la Conférence nationale des présidentes et présidents. La chef du PQ y voit une sorte de mise en tutelle que M. Parizeau lui-même n'aurait jamais acceptée. Il est vrai que personne ne voyait la nécessité de le placer sous surveillance.

Mme Marois semble toutefois avoir réalisé qu'il est préférable de faire en sorte que la proposition soit rejetée par les délégués, plutôt que de se livrer à un jeu de coulisses qui donnait précisément l'impression qu'elle craint l'emprise que l'ancien premier ministre pourrait conserver sur son parti. De toute manière, il vaut sans doute mieux vider la question sur le plancher du congrès que de laisser les militants en disposer lors du vote de confiance.

Peu importe l'appui que Mme Marois recueillera samedi prochain, M. Moreau trouvera sûrement à redire. Si elle ne fait pas mieux que M. Landry (76,2 %), il dira qu'elle n'a pas la confiance de ses troupes. Si jamais elle passe la barre des 90 %, ce sera parce qu'elle a cédé aux radicaux. Au bout du compte, le score idéal se situe sans doute quelque part entre les deux.

***

mdavid@ledevoir.com
 
 
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  • Normand Carrier - Abonné
    12 avril 2011 06 h 01
    Le rêve des libéraux ......
    Les libéraux prennent leurs rêves pour la réalité lorsqu'ils invoquent que le PQ se radicalise ..... On retrouve les mêmes arguments de peur invoqués aux deux référendums et Jean Charest est tellement mal en point dans les sondages qu'il se cherche une poignée pour faire passer ses adversaires pour de méchants loups .... Il faut être rendu dans le fond du baril pour utiliser cette peur qui n'est efficace que chez les anglophones et certains allophones ....
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  • Charles F. Labrecque - Abonné
    12 avril 2011 08 h 33
    Raisonnable
    Si les membres du PQ, chantent en coeur qu'une une score de cinquante plus un a l'occasion du prochain référendum serait une victoire incontestable, je ne vois pas pourquoi la raison qu'ils refuseraient que Madame ait un résultat plus différant. La création d'un pays est-il moins important que la nomination d'un chef a un poste pour le moins temporaire ? C'est tout de même curieux comment les choses se brassent en politique n'est-pas., surtout chez les nationalistes de souche.
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  • perro blanco - Inscrit
    12 avril 2011 09 h 13
    Leçon libérale?
    Partie 1
    Très belle analyse, M. David.
    Moi, je suis un retraité d’allégeance traditionnellement libérale, et j’ai honte de voir le manque de fierté et d’honneur de la présente cuvée de députés libéraux, tous comme de petits «pitous» piteux muselés, tenus en laisse par le chef, qui manque lui-même de tonus, de fierté, de vision, de respect et qui est dépourvu de tout sens démocratique. On le voit dans son refus de la commission d’enquête réclamée et la façon dont il gère généralement les dossiers de l’État.
    Il n’a pas de leçon à faire à ses adversaires politiques, qui, au moins, ont l’avantage d’avoir des positions claires et un discours limpide.
    Prenons par exemple la présente campagne électorale fédérale. Le PQ, c’est de notoriété publique, est rangé inconditionnellement derrière le Bloc.
    L’ADQ, très massivement derrière les Conservateurs, avec lesquels ils partagent tour à tour certains stratèges et organisateurs.
    QS, lui, à n’en pas douter, derrière le NPD.
    Mais les libéraux, eux, à quelle enseigne logent-ils?
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  • Jean Lapointe - Abonné
    12 avril 2011 09 h 40
    Le PLQ un parti politique ?

    Le PLQ m'apparaît beaucoup plus comme étant une espèce de secte plutôt qu'un véritable parti politique.

    C'est le chef qui mène et tous les autres le suivent aveuglément.

    C'est ce qu'il arrive je pense quend on se sent imbu d'une mission soit, dans ce cas-ci, la mission de sauver le Canada.

    Pas étonnant alors qu'il n'y ait pas de débats au sein de ce soi-disant parti politique. Tant pis pour la démocratie. Il n'y pas de place pour la démocratie dans une secte. C'est trop risqué.

    Le Parti québécois lui est né parce beaucoup de Québécois considéraient qu'au Canada la démocratie n'était pas suffisammment respectée. Elle ne l'est toujours pas d'ailleurs. La nation québécoise y est continuellement bafouée.

    On disait de René Lévesque qu'il était d'abord et avant tout un démocrate. Ce n'était sans doute pas tout à fait vrai. Il ne pouvait pas y avoir que ça. Mais il a laissé heureusement son empreinte sur le parti qu'il a fondé.

    C'est la raison pour laquelle il y a tellement de débats au sein de ce parti. Et c'est tout à son honneur.

    Mais cela ne lui simplifie pas la tâche étant donné qu'il se situe dans un environnement politique dans lequel la démocratie laisse beaucoup à désirer.

    C'est en quelque sorte un double combat que le parti mène. Certains des membres sont peut-être plus démocrates que souverainistes à tout prix. D'autres sont plus souverainistes que démocrates. Certains même me semblent être très très peu soucieux de démocratie.

    C'est sûr que ce n'est pas un parti facile à diriger. Et c'est peu dire.

    J'admire le courage de ceux et de celles qui l'ont dirigé ou qui le dirigent encore.

    Chapeau.
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  • Claude Gélinas - Abonné
    12 avril 2011 12 h 39
    Le % a peu d'importance !
    Mieux vaut un parti qui débat des idées souvent contradictoires et qui vote de façon divisée, qu'un Parti qui contrôle la salle et ses intervenants et comme dans les pays totalitaires accorde plus de 90% à son chef. Entre les deux, quelle façon de faire sert mieux la démocratie ?
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  • Erwan Basque - Inscrit
    13 avril 2011 15 h 59
    La marche vers les mirages.
    Bonjour,
    Gérer le rêve est bien la situation que vit Madame Pauline Marois afin que sa bande de rêveurs puisse continuer de le faire dans l'harmonie. Qui ne se souvient pas de cette sortie fracassante de Monsieur Jean Herman Guay alors invité à un congrès de péquistes il y a quelques années. En déclarant à une bande de péquistes médusés : Emballez vos rêves car cela ne restera qu'un rêve ! Et les nationalistes québécois furieux l'avaient foutu à la porte, ne voulant pas entendre la vérité qui fait mal. Et comme pour paraphraser Monsieur Gilles Vigneault dans Tit-Nor, soit que nos amis les nationalistes marchent vers des mirages qui grandissent à chacun de leurs pas.
    Finalement, Madame Pauline Marois n'aura aucun problème pour avoir son vote de confiance car cette mère de famille a toute une pogne sur les péquistes restants qui ont des raisons que leur propre raison ignore en marchant docilement et tranquillement au pas, la frousse de 2007 étant intégrée dans leurs comportements où bientôt, nos péquistes se contenteront de l'affirmation tranquille du Québec dans la Fédération Canadienne en étant devenu l'Union Nationale version des années 2000. Merci beaucoup, Erwan Basque.
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  • Alexandre Dionne - Abonné
    13 avril 2011 16 h 01
    La vérité selon l'adage chinois....
    Énoncez mille fois une proposition, elle deviendra vraie !

    Voilà la notion du concept de réalité et de vérité d'après le regroupement principal d'avocats et d'hommes d'affaires en politique au Parti Libéral du Québec.

    Confucius enseignait, par ses Entretiens, combien il est éprouvant de vouloir et tenter de changer le monde, et certains jours, je lui donne entièrement raison ! Heureusement, les arguments pour réfuter et récuser le sophisme et la rhétorique des Pierre Moreau et Jean Charest sont bel et bien vivants ! Tout réside dans le discontinuisme conséquentialiste des valeurs en jeu et des moyens entrepris pour les atteindre.
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