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    Marois veut sortir le Québec du nucléaire

    Les énergies vertes avant les autres filières. L'éolien à Hydro-Québec.

    Il faut fermer la centrale nucléaire de Gentilly-2, a déclaré Pauline Marois lors d’un entretien accordé au Devoir.<br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Il faut fermer la centrale nucléaire de Gentilly-2, a déclaré Pauline Marois lors d’un entretien accordé au Devoir.
    La chef du Parti québécois, Pauline Marois, prend l'engagement public de fermer définitivement la vétuste centrale nucléaire Gentilly-2 si elle devient première ministre lors de la prochaine élection.

    Par la même occasion, la chef du PQ annonce que la future politique énergétique du Québec devrait cesser de préparer de nouveaux grands projets hydro-électriques au profit d'une exploitation croissante de l'efficacité énergétique et des énergies vertes de façon à ce que ces énergies alternatives réduisent davantage notre impact sur le climat, mais pas aux dépens de la biodiversité des dernières grandes rivières sauvages du Québec, qui figurent aussi dans la liste des derniers grands cours d'eau et fleuves intouchés de la planète.

    Mais Mme Marois ne mettrait pas fin au projet hydro-électrique en construction sur la rivière Romaine. Par contre, elle propose d'y intégrer une production éolienne complémentaire avant que ce territoire ne soit noyé, ce qui permettrait d'augmenter à moindre coût en construisant au sec la puissance et l'énergie du complexe.

    La chef du PQ a ainsi révélé sa vision de la politique énergétique qu'elle souhaite pour le Québec dans une entrevue exclusive, vendredi dernier, sollicitée par Le Devoir il y a deux semaines.

    Ce matin, le Parti québécois, Québec solidaire et plusieurs organismes citoyens, environnementaux et du milieu des arts tiennent une conférence de presse à Montréal pour réclamer de Québec qu'il mette la clef sous la porte de la centrale nucléaire de Gentilly-2, construite sur la faille de Logan, la deuxième parmi les plus actives sous les milieux urbains du pays.

    La clé de voûte de la vision de Pauline Marois en énergie réside dans une intégration qu'elle souhaite «complète» de la politique énergétique avec celle sur les changements climatiques (-25 % d'ici 2020) et celle visant à protéger la biodiversité, une politique inexistante pour l'instant au Québec.

    En prenant l'engagement de mettre fin au projet de réfection de Gentilly-2, Pauline Marois se dit très consciente de «sortir le Québec du nucléaire», une filière qui suscite encore plus d'inquiétudes depuis le tremblement de terre et le tsunami du Japon.

    Certes, dit-elle, «on ne peut faire rentrer le dentifrice dans le tube» si la société d'État va de l'avant avec la réfection. Mais ce sera inutile en fin de compte, car cet équipement nucléaire, affirme Pauline Marois, «on va le fermer!» Et du même coup, le Québec sortira du club nucléaire canadien, ce qui élimine politiquement toute possibilité d'implantation au Québec du futur dépotoir canadien de déchets nucléaires.

    Pauline Marois estime que, de toute façon, une telle fermeture devient inévitable en raison de problèmes techniques associés à cette réfection et de l'explosion des coûts à la centrale jumelle de Pointe Lepreau au Nouveau-Brunswick (plus de 2,2 milliards). Elle ajoute que le Québec n'a pas besoin des 600 MW de Gentilly-2 (2 % de la puissance totale) dans un contexte de surplus et d'exportations d'électricité.

    Le pari des énergies vertes

    Dès l'accession de son parti au pouvoir, annonce Pauline Marois, le gouvernement proposera un projet de politique énergétique, assorti d'objectifs, d'échéances et de moyens.

    Cette future politique, adoptée après une vaste consultation publique, devrait, dit-elle, reposer sur une «hiérarchisation» des filières, ce que ne fait pas la politique actuelle. En haut, Pauline Marois place l'efficacité énergétique, suivie des «énergies renouvelables» dans lesquelles elle inclut l'hydro-électricité, puis, tout en bas, le recours aux énergies fossiles, le gaz devant le pétrole, dans une logique visant à minimiser les émissions de gaz à effet de serre. Quant au nucléaire, il disparaît de la liste.

    Pauline Marois se donne un an pour mettre au point cette politique dont elle entend coordonner personnellement l'application.

    La priorité qu'elle entend accorder aux énergies vertes devrait permettre de réorienter vers ces secteurs une bonne partie des 1500 emplois de haute technologie de Gentilly-2.

    Élargir le mandat d'Hydro

    D'autre part, Pauline Marois estime qu'il faut élargir le mandat d'Hydro-Québec pour que sa force économique appuie sur l'accélérateur du développement des énergies vertes. Hydro-Québec, dit-elle, devrait assumer à la place du privé le développement de l'énergie éolienne, dont le Québec détient l'essentiel des forces au Canada. Hydro-Québec serait propriétaire des parcs, lesquels seraient construits par le privé, comme les barrages.

    Elle qui a déjà proposé de porter à 10 000 MW la puissance installée de l'éolien au Québec situe les grands projets principalement dans les régions sauvages «au lieu d'aller embêter les citoyens un peu partout avec de petits projets» planifiés par les acteurs privés. En milieu municipal, la chef du PQ estime qu'on devrait limiter les projets éoliens aux promoteurs municipaux, autochtones ou coopératifs. «Pourquoi pas?», répond-elle quand on lui demande s'il n'y aurait pas lieu de vérifier «l'acceptabilité sociale» de ces projets par un référendum local.

    «Dans ce dossier, les collectivités locales pourraient ainsi être les premiers bénéficiaires des projets, tout comme pour toutes les autres ressources naturelles, gaz de schiste compris, qui doivent en priorité profiter à l'ensemble des Québécois».

    Mme Marois estime qu'il est temps qu'Hydro-Québec cesse de construire des réservoirs hydro-électriques et des centrales où la production éolienne ne serait pas intégrée. Hydro, dit-elle, devrait «optimiser ses barrages» en y construisant tout autour des parcs d'éoliennes branchés sur les circuits de transports existants, voire même des éoliennes installées sur les montagnes ennoyées qui souvent effleurent la surface des réservoirs hydro-électriques, ce qui donnerait l'équivalent d'une production en mer, la plus rentable.

    Sa collègue et critique en énergie, Martine Ouellet, une ingénieure d'Hydro-Québec, l'a convaincue, dit-elle, qu'il est encore temps — «d'ici deux ans» — d'optimiser le projet hydro-électrique de la Romaine en le complétant par un réseau intégré d'éoliennes, construites au sec pour en tirer à terme les rendements supérieurs comparables à la production en mer. Comme le réservoir se remplirait alors plus vite parce qu'on pourrait y stocker plus d'eau quand le vent souffle, on pourrait augmenter la puissance de la centrale prévue au lieu d'aller développer à grands frais de nouveaux mégawatts sur des rivières vierges.












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