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Le bonheur selon Raymond Bachand

Le budget du ministre des Finances ne contribuera pas à augmenter la popularité du gouvernement

19 mars 2011 | Robert Dutrisac | Québec
Le ministre des Finances, Raymond Bachand, lors de la présentation de son budget.<br />
Photo : Agence Reuters Jacques Boissinot Le ministre des Finances, Raymond Bachand, lors de la présentation de son budget.
Il est rare qu'un budget ait un effet notable sur la popularité d'un gouvernement et le dernier budget Bachand confirmera sans doute cet axiome. Il y a fort à parier qu'à la suite du discours du ministre des Finances, le gouvernement Charest n'augmentera pas d'un iota sa faveur auprès de l'électorat. On peut croire aussi que Raymond Bachand ne compte pas trop sur les deux budgets qu'il a présentés pour favoriser ses plus hautes ambitions politiques. Du moins, on lui souhaite cette réserve.

On dit que Raymond Bachand est fort apprécié par les sous-ministres aux Finances. Ces bonzes voient en lui un politicien qui les comprend, un ministre rompu aux arcanes financiers, capable des «choix difficiles» auxquels sont confrontées les finances publiques, capable surtout de prendre les décisions «nécessaires» plutôt que de céder à des considérations politiques à court terme.

Le premier budget qu'il a signé l'an dernier est un recueil de ponctions impopulaires qui ont pour objectif un retour à l'équilibre budgétaire: hausse de 1 % de la taxe de vente du Québec (TVQ) l'an prochain, doublant ainsi l'augmentation imposée cette année dans le dernier budget de Monique Jérôme-Forget, hausse de la taxe sur les carburants d'un cent par an, nouvelle cotisation santé de 100 $ par adulte en 2011-2012 et de 200 $ l'an prochain, hausse graduelle des tarifs d'électricité de 20 % à compter de 2014.

Son deuxième budget poursuit sur cette lancée. Au gouvernement, on parlait depuis longtemps de relever de façon importante les droits de scolarité; c'est Raymond Bachand qui va au bâton. Le gouvernement Charest doit hausser les cotisations du Régime des rentes du Québec (RRQ) depuis des années et tergiverse, c'est encore Raymond Bachand qui se pointe au marbre. Est-ce de l'abnégation ou de l'inconscience politique? Chose certaine, Raymond Bachand s'intéresse au long terme.

La hausse des cotisations du RRQ, ce n'est même pas une décision qui relève du ministre des Finances. Elle n'est pas de nature budgétaire et n'affecte pas les revenus ou les dépenses de l'État. Le RRQ, c'est la responsabilité d'une de ses collègues, la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Julie Boulet. Mais c'est Raymond Bachand qui s'est chargé de convaincre les membres du gouvernement de régler la question dès maintenant.

L'équilibre

Le retour à l'équilibre budgétaire est une question du même ordre. Si le gouvernement veut éviter l'impasse à moyen terme, il doit imposer des «sacrifices» à la population. Là encore, Raymond Bachand semble persuadé que l'électorat verra la lumière un jour ou l'autre et comprendra en définitive la justesse de sa vision. «La majorité silencieuse est d'accord pour qu'on revienne à l'équilibre budgétaire», affirmait cette semaine Raymond Bachand. Parvenir à entendre la voix de la majorité silencieuse, n'est-ce pas un don divin en politique?

L'an dernier, c'étaient ses sous-ministres que Raymond Bachand avait trop écoutés en proposant une franchise santé en sus de la nouvelle cotisation santé. Décriée, cette franchise santé ne passait tout simplement pas et le ministre a dû retraiter. Mais pour le reste, le ministre est resté sur ses positions.

Comme la situation ne peut guère aller plus mal pour les libéraux — le taux d'insatisfaction à l'égard du gouvernement atteignait un abyssal

79 % dans le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir de mars —, ils calculent qu'ils n'ont de toute façon rien à perdre avec un budget austère. Qui sait, la croissance économique aidant, les libéraux pourraient se présenter aux prochaines élections avec, sous le bras, un budget équilibré. Mais les troupes de Jean Charest risquent de trouver le temps long d'ici là.

Déjà, Raymond Bachand ne peut montrer, chiffres à l'appui, que le gouvernement respecte son engagement de fournir 62 % de l'effort nécessaire pour renouer avec l'équilibre budgétaire grâce à des réductions de dépenses et à des revenus tirés de la lutte contre l'évasion fiscale. Dans son dernier budget, le ministre des Finances avait d'ailleurs augmenté de 200 millions, à 1,4 milliard, les revenus prévus qu'il touchera d'ici 2013-2014 grâce à la lutte contre l'évasion fiscale, ce qui diminue d'autant les efforts de redressement du gouvernement.

Certes, les fonctionnaires se sont échinés à produire quelques données afin que la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, puisse se vanter d'avoir réduit de 1,4 milliard les dépenses du gouvernement. C'est de la poudre aux yeux: les dépenses de l'État ont augmenté par rapport aux prévisions. Encore que l'écart ne soit pas dramatique, mais il est dissimulé.

Le dernier budget contient tellement de pourcentages différents pour mesurer la croissance des dépenses de l'État que les économistes chevronnés des institutions financières en perdent leur latin. Dans le budget de l'an dernier, on prévoyait une croissance des dépenses de programmes de 2,2 % en 2011-2012; elle sera plutôt de 2,4 %, soutient Mme Courchesne. Oui, mais si on tient compte de la cotisation santé, elle est de 2,8 %. Qui plus est, si on intègre, comme il se doit, les révisions, elle est de 3,7 %. Et ce n'est pas tout: on arrive à ce chiffre en occultant le fait que le taux de 3,6 % pour la croissance des dépenses en santé provient d'une distorsion comptable. Elle est en réalité de 5 %. Une chatte n'y retrouverait pas ses petits. Le ministère des Finances a alimenté cette confusion.

Finalement, c'est Raymond Bachand qui avait raison. «La finalité, ce n'est pas d'équilibrer le budget. La finalité, c'est d'être heureux comme peuple», disait-il. Et pour être heureux, mieux vaut ne pas trop s'attarder aux chiffres.
 
 
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