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Libre opinion - Le citoyen éponge

Alexandre Brodeur - Étudiant à la maîtrise en ingénierie, Université du Québec à Chicoutimi  3 mars 2011  Québec
Depuis plusieurs mois règne un climat de morosité ambiante, lequel contamine progressivement toutes les couches de la société québécoise: allégations très sérieuses de corruption dans l'industrie de la construction, proximité douteuse entre d'importants donateurs du parti au pouvoir et l'appareil d'État, refus catégorique de déclencher une enquête publique pour faire la lumière sur ces allégations... Sans compter la loi spéciale obligeant les procureurs de la Couronne et juristes de l'État à servir l'intérêt public au rabais, ainsi que le refus de tenir un moratoire sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste.

Peut-on blâmer le citoyen de se révolter contre ces situations inacceptables? Malgré l'évidence du droit à la liberté d'expression et de contribution à l'espace démocratique, il appert que oui, en le taxant de défaitisme, d'incapacité à comprendre les enjeux ou d'être un misérable nombriliste affublé du syndrome du «pas dans ma cour». Et dans un autre souffle, on ridiculise l'absence de mobilisation citoyenne. Tout pour décourager la participation, en insistant complaisamment sur l'impossibilité de changer le système et sur la faiblesse de la participation active.

La pétition réclamant la démission du premier ministre en est un bel exemple: certes, elle amalgamait plusieurs enjeux pouvant contribuer à mystifier la source de l'insatisfaction et oui, on ne peut démettre un premier ministre de ses fonctions en régime parlementaire de type britannique. Mais justement, et si les citoyens avaient instinctivement compris qu'il ne faut pas agir sur une seule conséquence, chouchoutée par un puissant lobby, mais plutôt sur la cause, à savoir l'intégrité gouvernementale et la volonté éprouvée de servir l'intérêt public? Un débat authentique doit servir à déterminer, parmi quelques options, lesquelles servent le mieux l'intérêt public, pas à défendre l'enrichissement éhonté d'une minorité à partir des richesses collectives! Cette dernière pratique ne constitue pas de l'entrepreneuriat très risqué.

Le morcellement du tissu social et l'hyperindividualisation permettent de favoriser un clientélisme ne répondant pas aux besoins de la collectivité. L'État doit être une source d'enrichissement collectif et de redistribution des richesses afin de pallier les inégalités structurelles du système capitaliste. Les dernières années ont amplement montré les conséquences funestes d'un capitalisme débridé qui ne profite ultimement qu'à une oligarchie bien organisée.

Lorsque le contrat social entre le gouvernement et ses citoyens est renié de facto par les agissements du gouvernement, il faut de toute urgence en redéfinir un nouveau. Lorsque les sophismes les plus creux sont utilisés au plus mauvais escient (il faut que les compagnies gazières «explorent» pour acquérir des données critiques pour l'exploitation, les procureurs gagnent plus cher que le citoyen moyen) en omettant de poser des bases crédibles de causalité, je suis inquiet.

De quel droit ose-t-on blâmer le citoyen qui peine à épargner alors que les tarifs gouvernementaux explosent, que les coûts sont incontrôlés, et ce, dans un monde basé sur la surconsommation systémique? Citoyens, engageons-nous, prenons conscience de la gravité de la situation et n'agissons pas sur la base de voeux pieux. Mais surtout, ne tombons pas dans le cynisme. Pour paraphraser le slogan utilisé durant la grève des procureurs de la Couronne: à qui profite une population cynique et désabusée?

***

Alexandre Brodeur - Étudiant à la maîtrise en ingénierie, Université du Québec à Chicoutimi
 
 
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    3 mars 2011 05 h 35
    Le gouvernement maintient le cap.
    Ne voulant pas admettre que la boussole ne fonctionne pas très bien, il met toute la faute sur le dos du citoyen "éponge", comme vous dites. Bien qu'il n'est pas aussi éponge que le gouvernement le voudrait.
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  • Fabien Nadeau - Inscrit
    3 mars 2011 07 h 09
    D'accord!
    La morosité, c'est quand la situation ne nous plaît pas et qu'on n'a pas l'énergie de se mettre au travail.

    Malheureusement, les brigands ourdissent et nous étourdissent: nous ne sommes pas assez écoeurés.

    La tâche est immense et va demander beaucoup aux Québécois: se défaire de Harper, de Charest, des maires Tremblay...


    Je suis un vieil homme, mais je cherche comment je peux aider. On s'y met! C'est urgent. Let's go!
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  • celljack - Inscrit
    3 mars 2011 08 h 00
    Facebook et google
    J'ai fait quelques recherches.

    Je me suis inscrit à tous les groupes que j'ai pu trouver sur facebook avec les mots clés "anti-charest, manifestation québec, révolution québec, etc..."

    J'ai fait la même recherche sur google. J'ai marqué certaines pages intéressantes.

    Si demain il y avait une manifestation massive, je serai là. S'il fallait que je perde une journée de travail, même un mois à manifester jour et nuit devant le parlement, je le ferai.

    Je préfère dormir dehors en homme libre que de rester dans ma maison en tant qu'esclave.
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  • Pierre Ostigny - Inscrit
    3 mars 2011 09 h 27
    Manifestation le 12 mars à Montréal
    Si vous le saviez pas, voici l'occasion d'aller dire notre ras-le-bol au gouvernement Charest.
    Que ceux qui sont tanner de la morosité ambiante au Québec se lèvent et aillent marcher le 12 mars à Montréal.
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  • Normand Perry - Abonné
    3 mars 2011 09 h 33
    Il ne reste qu'une seule alternative à votre constat.
    Votre clairvoyance rejoint le propre constat que je fais de la société québécoise en particulier, mais de l'Occident en général: une poignée d'oligarque ayant pris le contrôle de tous les leviers de pouvoir et d'information ont amené le citoyen ordinaire dans un état de cynisme qui sert très bien les intérêts de cette oligarchie.

    Le capitalisme débridé comme vous le nommez ou le néolibéralisme de l'ère de la mondialisation ne servent aucunement le bien-être collectif et humanitaire. <a href="http://www.ledevoir.com/culture/livres/316618/poli Kempf en fait une très brillante démonstration dans son ouvrage "L'oligarchie c'est fini, vive la démocratie".</a>

    Il ne faut pas se faire d'illusion: ce que certains croient toujours être une démocratie ici au Québec n'est en fait qu'un simulacre. Nos institutions démocratiques ne s'appartiennent plus et elles sont devenues le jouet d’une poignée d’invidus. Depuis avril 2003 au Québec nous en avons des exemples éloquents au quotidien en provenance de Québec!

    Devant un tel constat monsieur Brodeur, il faut brasser les puces de nos concitoyens et à l'instar des peuples du Moyen-Orient qui, de manière pacifique et déterminée, prennent les choses en mains pour se donner un avenir reposant sur une véritable justice sociale avec une primauté aux droits humains, nous devons sans l'ombre d'un doute, répondre à cet appel d'Hervé Kempf et mettre fin au régime oligarchique et réinstaurer une véritable démocratie: gouvernance du peuple, par le peuple et pour le peuple: une démocratie tel qu'imaginée par nos pères grecs du temps de l'Antiquité.

    Comment peut-on imaginer un seul instant qu'une simple élection peut régler cette problématique? Le peuple au Québec doit prendre conscience que son avenir va devoir passer par un réveil semblable à celui des peuples du Moyen-Orient. Sans quoi nous demeureront que des pantins aux mains d’une classe so
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  • Khayman - Abonné
    3 mars 2011 09 h 47
    Le citoyen d'abord (devise de Ville Saguenay)
    Merci M. Brodeur pour votre lettre.

    Une première solution serait d'aller au Conseil municipal de Saguenay à la salle Pierrette-Gaudreault, à Jonquière, le lundi 7 mars prochain à 18h30 (d'ailleurs, étrangement, je n'arrive pas à voir cette séance municipale sur la page Internet de Ville Saguenay, alors qu'un onglet « Dons Procès sur la prière » est bien en vue sur la page d'accueil de la ville http://www.ville.saguenay.qc.ca/)

    Manifeste du citoyen d'abord http://www.voir.ca/blogs/popculture_saguenay/archi
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    3 mars 2011 09 h 56
    À Monsieur Nadeau.
    Monsieur Nadeau, vous n'êtes pas un vieil homme, vos opinions, même si je n'étais pas d'accord avec vous, sont comme la fraîcheur du matin. Le véritable vieil homme, c'est celui qui, égoïstement, esquive ses opinions en pensant que c'est mieux de les taire.
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  • Paul Racicot - Inscrit
    3 mars 2011 14 h 16
    @Alexandre Brodeur...
    Vous écrivez : «L'État doit être une source d'enrichissement collectif et de redistribution des richesses afin de pallier les inégalités structurelles du système capitaliste. Les dernières années ont amplement montré les conséquences funestes d'un capitalisme débridé qui ne profite ultimement qu'à une oligarchie bien organisée.»

    À ce sujet, on pourra tirer profit de la lecture de «La stratégie de l'autruche. Post-mondialisation, management et rationalité économique» de Omar Aktouf, 2002.

    Nous sommes encore bien loin d'en avoir fini avec la vision libertarienne ou néolibérale du développement économique... La critique virulente - et fort sensée - qu'en fait Omar Aktouf m'offre tout de même quelque espoir.

    D'autre part, les réserves d'énergies non renouvelables et les ressources minérales - tout aussi non renouvelables - et leur consommation effrénée m'inquiètent. Et plus encore : le peu d'entrain de nos gouvernements à enclencher sérieusement la nécessaire transition vers une société zéro-pétro, respectueuse de notre environnement régional et planétaire, et... véritablement démocratique.

    Si nous nous cherchons encore «un projet de société», il est bien là.
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  • Paul Racicot - Inscrit
    3 mars 2011 14 h 25
    Peut-être 9 milliards d'humains en...
    ...2045.

    Je crois que, désormais, je ne vais plus manger que des patates, des petits pois et du brocoli... ;-)
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  •  
  • MJ - Inscrite
    3 mars 2011 19 h 39
    Pourquoi le modèle de la solidarité humaine ne réussit pas à s’implanter en lieu et place du paradigme dominant de la compétition aboutissant à des luttes pour le pouvoir et à l'accaparement des richesses?
    Repenser notre système économique basé sur l’exploitation, le profit et la surconsommation. Le boycottage est déjà une mesure efficace dans certains cas si elle est adoptée à grande échelle contre les multinationales. Sauf que les gouvernements privilégient les multinationales lorsqu'il est question d'octrois de contrats publics et particulièrement dans les accords de libre-échange. Il faut que les travailleurs et la classe moyenne s’unissent contre les oligarques et les élus politiques qui en sont les valets. La force du nombre devrait avoir raison de ces dictateurs sur la planète. Les oligarques capitalisent sur l’exploitation extrême et le pillage des ressources.

    Ce que les oligarques utilisent comme moyens pour empêcher cette solidarité, c’est le “diviser pour régner”, en créant des classes d’individus plus privilégiés que d’autres au sein d’une société, de telle sorte que ces derniers soient au service de l’Establishment. Un exemple simple: le poste de contremaître dans une usine et celui de cadre qui donne des directives aux employés. Cadre et contremaître sont nécessairement du côté du grand patron, même s’ils ne sont pas propriétaires et actionnaires de cette entreprise. En cela, ils adoptent les intérêts de l’entreprise pour une meilleure paye mais ils demeurent tout de même à la solde du propriétaire de l’entreprise pour le maintien de leurs emplois. Il en est ainsi des politiciens véreux (élus et représentants du peuple) qui, pour augmenter leurs émoluments et autres avantages, plutôt que de travailler pour le bien commun, se compromettent avec la classe économique dominante, de manière à en retirer des avantages personnels. Les exemples de dictateurs s’étant enrichis aux dépens de leurs peuples pullulent sur la planète, s’étant affiliés à ces oligarques.

    Raymond Lévesque et Poésie québécoise 1970:
    http://www.youtube.com/watch?v=sVBth4Qn5RI
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  •  
  • Marc O. Rainville - Inscrit
    3 mars 2011 19 h 47
    Oligarques et brocoli
    (...) je ne vais plus manger que des patates, des petits pois et du brocoli..

    Moi, je suis sur le bord du cannibalisme !
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  • Marc O. Rainville - Inscrit
    3 mars 2011 20 h 19
    Faisons payer les riches !
    Y en a marre des slogans creux. Les riches sont une bonne source de protéines. Si tout fout le camp, on sait ou ils se trouvent. Il y a des parcs de riches dans chaque cité, il n'y a qu'a sauter la clôture.
    Faisons engraisser les riches !
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    4 mars 2011 08 h 07
    Non, pas faisons payer les riches, mais...
    Il faudrait plutôt les rééduquer, humainement parlant. Ça leur apporterait sûrement de l'oxygène. L'aptitude au bonheur, effectivement, ce n'est pas nécessairement un très gros compte en banque. Entre les humains, c'est une certaine aptitude à construire des ponts, plutôt que d'ériger des murs. C'est aussi dans le dialogue entre les uns et les autres, beaucoup plus que dans la censure et la réprobation de la population, etc.
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