jeudi 23 février 2012 Dernière mise à jour 00h19
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Coalition pour l'avenir du Québec - L'impasse Legault-Sirois

Gilbert Paquette - Président des intellectuels(les) pour la souveraineté (IPSO)  1 mars 2011  Québec
François Legault et Charles Sirois, de la Coalition pour l’avenir du Québec. Éliminant la souveraineté de l’écran radar, MM. Legault et Sirois, dans l’optique provinciale qui est désormais la leur, écartent toute analyse de l’autre moitié de nos moyens collectifs: le budget fédéral.<br />
Photo : Yan Doublet - Le Devoir
François Legault et Charles Sirois, de la Coalition pour l’avenir du Québec. Éliminant la souveraineté de l’écran radar, MM. Legault et Sirois, dans l’optique provinciale qui est désormais la leur, écartent toute analyse de l’autre moitié de nos moyens collectifs: le budget fédéral.
La Coalition pour l'avenir du Québec, lancée la semaine dernière par François Legault et Charles Sirois, nous mène à une impasse en niant la nécessité et l'urgence de nous libérer de la dépendance politique actuelle du Québec.

Les cofondateurs de la Coalition évaluent que «la société québécoise a perdu ses repères et la confiance en elle-même». Ils attribuent cette situation à «notre incapacité à trouver une solution rassembleuse à la question nationale, [...] notre société demeurant marquée par cette fracture qui nous affaiblit collectivement». Constatant l'impasse dans laquelle se trouve la question nationale — «ni un renouvellement constitutionnel qui satisferait une majorité de Québécois ni la souveraineté n'adviendront dans un avenir prévisible» —, les cofondateurs décident d'ignorer la question comme si elle n'avait pas d'impact sur le progrès de notre société, notamment sur la qualité des services d'éducation et de santé.

Autrement dit, régler la question nationale est trop difficile, oublions cela et attaquons-nous à nos problèmes de société avec les moyens et dans le cadre que nous laisse le régime canadien. Voilà une attitude qui fait penser à des dirigeants de succursale dont la maison mère a d'autres priorités (le pétrole, l'armement, la loi et l'ordre...), mais nous laisse un peu d'argent de poche pour autre chose.

Les moyens d'un Québec souverain

Cette cécité face à l'urgence de régler la question nationale n'étonne pas de la part de fédéralistes comme Charles Sirois, qui répètent depuis des années, à défaut d'autres arguments, qu'il faut «s'occuper des vraies affaires», que la «souveraineté est une obsession péquiste», que la «souveraineté nous divise». Elle étonne davantage d'un François Legault, qui, il y a quelques années, dans l'avant-propos de son étude des finances d'un Québec souverain affirmait: «Alors que la situation financière de la province de Québec restera très précaire et forcera les gouvernements qui la dirigent à faire d'importantes compressions budgétaires qui affecteront la qualité des services publics, un Québec souverain disposera au contraire d'une importante marge de manoeuvre financière qu'il pourra utiliser notamment pour faire de l'éducation une véritable priorité, maintenir la qualité des soins de santé, mieux protéger son environnement et réduire sa dette.»

Bien sûr, il y a eu depuis la crise financière, laquelle a créé des déficits importants aux deux niveaux de gouvernement, mais il n'en demeure pas moins que les dépenses gouvernementales au Québec, notamment de santé et d'éducation, croissent plus vite que les revenus, alors qu'au palier fédéral, la situation inverse continue à prévaloir. C'est ce que l'on appelle le «déséquilibre fiscal».

Changements financiers

Oublions pour le moment l'argument central de l'élan que donnerait au Québec son accession à la liberté et à la dignité d'un État indépendant complet, pour ne regarder que l'aspect financier de notre dépendance politique et budgétaire actuelle. Selon les études du comité-conseil auprès du ministre des Finances Raymond Bachand, un comité «lucide» soit dit en passant, on passerait d'un déficit du Québec de près de 5 milliards en 2009-2010 à plus de 11 milliards en 2013-2014.

Le comité postule que les changements démographiques entraîneront une baisse des revenus du gouvernement du Québec, la croissance économique passant de 2,2 % à 1,4 % en fin de période. En conclusion, la trajectoire actuelle des finances publiques nous mènera à une diminution draconienne des dépenses gouvernementales et à une augmentation des tarifs sans précédent. Que pourrait faire une équipe Legault-Sirois devant cette situation, si ce n'est gérer le budget collectif en mode décroissance sans le moindre projet collectif à l'horizon? Drôle de façon de contrer l'impuissance et la morosité!

Marge de manoeuvre

Éliminant la souveraineté de l'écran radar, MM. Legault et Sirois, dans l'optique provinciale qui est désormais la leur, écartent toute analyse de l'autre moitié de nos moyens collectifs: le budget fédéral. S'il y a une chose qu'a démontrée la crise budgétaire actuelle, c'est l'importance de l'État. Sans l'État et ses investissements massifs pour renflouer l'économie, nous allions vers la catastrophe. L'unité et la cohérence de l'action de l'État pour catalyser les moyens d'une société sont primordiales. Un État souverain ayant le double du budget de la province de Québec aurait une marge de manoeuvre plus grande pour faire face aux crises budgétaires et aux développements en éducation, en santé et ailleurs.

La duplication des services entre les deux paliers de gouvernements, source de dépenses inutiles et incohérentes, était évaluée à 2,7 milliards par an dans le rapport Legault de 2005 sur la base des chiffres de 1994-1995. Elle s'élève probablement autour de 4 milliards maintenant. Par ailleurs, le comité Léonard du Bloc québécois a répertorié quelque 2 milliards de dollars de compressions possibles dans notre part du budget fédéral annuellement. Un Québec souverain pourrait aussi réduire les 490 milliards de dollars projetés dans la défense au cours des 20 prochaines années par le gouvernement Harper, la part du Québec revenant à quelque 5 milliards par année. Les avantages accordés aux pétrolières de l'ouest ajouteraient d'autres milliards d'économies dont la liste pourrait s'allonger.

Oui, le rapatriement de nos impôts et de nos ressources financières au Québec est essentiel à la réalisation de tout programme d'avenir. Ce rapatriement est impossible sans la souveraineté. Or, François Legault se définit comme n'étant plus souverainiste, c'est-à-dire «quelqu'un qui travaille à faire arriver la souveraineté du Québec». Il ne nous offre, avec son nouveau collègue, rien d'autre qu'une impasse, la même où sont bloqués tous ceux qui aspirent à faire progresser le Québec.

Or la solution de la question nationale est à portée de main, contrairement à l'évaluation défaitiste de M. Legault. Elle ne dépend que de notre capacité à faire arriver ce moment majoritaire qui nous donnera un pays. En refusant d'y travailler concrètement, M. Legault se situe à contre-courant de la détermination nouvelle des partis et des mouvements indépendantistes. Là se trouve la véritable Coalition pour l'avenir du Québec.

***

Gilbert Paquette - Président des intellectuels(les) pour la souveraineté (IPSO)
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Andre Vallee
    Abonné
    mardi 1 mars 2011 04h37
    Mise au point
    Mise au point adéquate, rationnelle, porteuse. Merci. Que François la lise et cesse de se faire berner par Charles.

  • Georges Paquet
    Abonné
    mardi 1 mars 2011 05h36
    Il utilise sûrement des "longues-vues", pour voir aussi loin...
    Il faut bien se demander où Gilbert Paquette trouve "la détermination nouvelle des partis et des mouvements indépendantistes, à faire arriver l'Indépendance du Québec." ? Est-ce en refusant de reconnaître le souhait des Québécois de ne plus entendre parler de référendum? Est-ce en adoptant éventuellement un programme dans lesquel on évitera délicatement de proposer toute échéance pour le seul moyen de faire arriver ce pays, dont il parle?

    De toute façon, s'il y a encore des analystes qui croient que cette Coalition et le parti qui en sortira fera plus de mal aux Libéraux qu'aux Péquistes, il n'a qu'à relire le texte de Gilbert Paquette.

  • Socrate
    Inscrit
    mardi 1 mars 2011 08h09
    Au pays des paons
    Un Paon muait; un Geai prit son plumage;
    Puis après se l'accommoda;
    Puis parmi d'autres paons tout fier se panada,
    Croyant être un beau personnage.
    Quelqu'un le reconnut: il se vit bafoué,
    Berné, sifflé, moqué, joué,
    Et par Messieurs les Paons plumé d'étrange sorte;
    Même vers ses pareils s'étant réfugié,
    Il fut par eux mis à la porte.
    Il est assez de Geais à deux pieds comme lui,
    Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui,
    Et que l'on nomme plagiaires.
    Je m'en tais; et ne veux leur causer nul ennui:
    Ce ne sont pas là mes affaires.

    Jean de La Fontaine, Mtl

  • Phil Tremblay
    Inscrit
    mardi 1 mars 2011 08h17
    Vendeurs recherchés
    "Or la solution de la question nationale est à portée de main, contrairement à l'évaluation défaitiste de M. Legault. Elle ne dépend que de notre capacité à faire arriver ce moment majoritaire qui nous donnera un pays." Justement, ce moment majoritaire est l'impasse actuellement pour tous ceux qui travaillent depuis plus de 35 ans à ce projet. Résultat de 40% en faveur de l'indépendance pendant plus de 35 ans... je qualifie cela d'échec de vente (aucune progression significative voire même une régression). Donc, il est grand temps de changer d'équipe de ventes et rafiner le produit sinon atteindre 60% seulement prendra plus de 70 ans (avec un prévision des ventes optimiste et généreuse de 10% pour chaque tranche de 35 ans).

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    mardi 1 mars 2011 09h32
    Le CAQ, futur parti fédéraliste
    Le laisser-faire constitutionnel, proposé par le CAQ, mène directement à perpétuer le fédéralisme, ce qui veut dire qu'il encourage le fédéralisme. Pas difficile à comprendre.

    Il s'agit seulement, pour le PQ, de bien démontrer aux chers électeurs que le CAQ est un parti fédéraliste, contraire aux désirs des souverainistes...simplement.

  • Claude Archambault
    Inscrit
    mardi 1 mars 2011 10h13
    M Bousquet
    Vous avez raison en parti, le PQ devrait démontrer aux chers électeurs que le CAQ est un parti fédéraliste. Mais cette démonstration, qui sera quelque peu tordu, sera imparfaite et même pas fidèle à la réalité. Mais admettons qu’ils réussissent même partiellement. Quel en sera le résultat? Disparition du parti libéral? Regain de force pour le PQ?
    Ou, résultat catastrophique pour le PQ, car les gens veulent une administration saine et réaliste, les gens sont tannés de se faire dire que rien n’est possible sans la séparation dont ils ne veulent pas.
    Le Québec est sous mort-à-toire, terme si cher à plusieurs pour justifier l’immobilisme. Ce qui empêche le Québec de progresser ce n’est pas Ottawa, car nous sommes souverains dans la santé et l’éducation. Québec est souverain dans l’administration de son budget. Dire que nous pourrons faire mieux en éducation après la séparation est un mensonge éhonté nous avons déjà tous les pouvoirs. Ce qui empêche le Québec d’avancer c’est la constante menace séparatiste, les chicanes de drapeau et ce jeu que le PQ joue, il cherche toujours une bibitte pour tenter de créer un condition gagnante, au lieu de réellement administrer la province.
    Ce que Legault dit, c’est qu’il est possible de faire avancer la province à l’intérieur du Canada, il nous avons les outils et les pouvoirs de faire tous les changements requis pour avancer. Il nous dit que la séparation n’est pas LA solution à tous nos problèmes.

  • Jacques Saint-Cyr
    Inscrit
    mardi 1 mars 2011 10h24
    Effet miroir
    Le Québec n'a pas bougé au plan national depuis le premier référendum de 1980, il a plutôt subi des reculs: le rapatriement de la Constitution, le rejet de l'entente du lac Meech, la construction inexorable à Ottawa d'une majorité canadienne qui pourra bientôt se passer de l'électorat québécois, grâce au grand trou noir que constitue le Bloc, l'absence d'un programme réaliste au PQ.

    Elle est où, l'impasse?

  • Marc-Antoine Daneau
    Abonné
    mardi 1 mars 2011 10h34
    Dépendantisme
    Après avoir fait le budget d'un Québec souverain, Legault essaie de nous vendre la dépendance et la monarchie comme une vertu. Une morale de faible s'il en est!

    Et Lucien le rédempteur est dans le décors en plus, un conservateur de 72 ans qui accuse les jeunes d'immobilisme car ils ne veulent pas de son projet de fou.

    Au Québec, la seule manière d'avancer, c'est de fonder une république, sinon, on recule toujours face au Nation bulding canadien.

  • vincentrioux
    Inscrit
    mardi 1 mars 2011 11h22
    Bravo!
    Monsieur Paquette, vous décrivez avec pertinence le gain de l'indépendance pour tous les Québécois. Un beau texte comme ça, il en faut beaucoup plus aujourd'hui!
    Encore bravo!

    Vincent Rioux

  • erico
    Inscrit
    mardi 1 mars 2011 14h57
    monnaie commune
    J' aimerais que m. Paquette nous explique comment la monnaie canadienne et les politiques de la Banque du Canada pourrait s'appliquer dans un Quebec qui aurait quitte la federation canadienne .

  • perro blanco
    Inscrit
    mardi 1 mars 2011 15h59
    Le «go back» ou le «go ahead»
    Pardonnez les anglicismes, mais le jeu était tentant. Par son projet évinçant son crédo d'antan, Legault s'est désormais donné pour mission de faire «avancer le Québec en arrière», le plaçant dans une situation qu'il a longtemps lui-même dénoncée, parce que, disait-il à l'époque, on ne peut sortir le Québec de son impasse économique tant et aussi longtemps qu'on n'aura pas le plein contrôle de nos taxes, impôts et droits, et de notre parlement.
    En gros, comme le disait M. Paquette, M. Legault a pris le parti du «vaut mieux faire avec», ou, dit autrement, du «go back ahead!». Drôle de mouvement» que cette coalition!

  • d robidoux
    Abonné
    mercredi 2 mars 2011 11h15
    Bien des doutes
    "Or la solution de la question nationale est à portée de main" dixit Gilbert Paquette.
    J´aimerais qu´il soit plus explicite à ce sujet.
    Comme 60 à 65% de Québécois, je ne vois pas de signes qui permettent d´affirmer ce constat.

  • Raymond Archambault
    Inscrit
    mercredi 2 mars 2011 14h03
    D'accord monsieur Paquette.
    Il n'y a pas d'autres solutions ni possibles ni imaginables. Le Canada a abandonné le Québec il y a longtemps, en 1981. Je suis tout à fait d'accord avec vos arguments monsieur Paquette. Le Canada se développe à sa manière en venant puiser chez nous ce qui l'intéresse un point c'est tout. Pendant ce temps les québécois font encore un grand débat sur la moitié de leurs impôts. Nous avons le devoir d'ouvrir les yeux de nos concitoyens.

  • Chryst
    Abonné
    lundi 7 mars 2011 20h30
    @ Messieurs Paquet, C. Archambault et St Cyr
    @ Monsieur Paquet

    Peut-être sur internet, nous y intervenons depuis quelques années notamment à notre journal préféré.

    Nous pensons aux événements du G20 et à l’article de la revue McLean’s sur la corruption présumée au Québec.
    La peur aurait-elle changé de camp ?

    La place faite au français aux derniers jeux de Vancouver nous laisse songeur. Comme notre expérience avec la justice au Québec.

    Plus près de nous, le RIN qui ressuscite et les français qui en font autant avec le ni-ni. Tous ces événements sont-ils le fruit du hasard ?

    Aussi, pensez-vous qu’une population ne soit pas dynamique ?

    @C. Archambault

    Le Québec peut bien vouloir redéfinir ses rapports avec le ROC. Il en a maintes raisons, question de protéger sa culture, son identité et d’adopter les nouvelles technologies numériques incluant la base de données et localisation par satellites tout en faisant de lui un leader dans maints domaines.

    Nous ne comprenons pas que les Libéraux puissent être passés à coté.

    Quant aux dernières élections partielles de St Laurent, elles auraient pu être facilement gagnées par monsieur Lecleur si la population avait connu un temps soit peu nos méthodes. Elle n’aurait pas pu les ignorer.

    @ St Cyr

    C’est bien ça le problème du Québec, tous les reculs qu’on lui impose alors qu’il ne demande qu’à se réaliser tout en demeurant lui-même.

    Michel Thibault ing. f. m. sc.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
14 réactions
10 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012