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    Appel aux leaders d'ici

    23 février 2011 |Eric Bondo - Entrepreneur, blogueur et ancien porte-parole du Front commun des personnes assistées sociales du Québec | Québec
    «Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion» — Saint-Augustin
    Lorsque j'étais dans une chorale, notre directeur musical (un genre de chef d'orchestre pour choristes) nous a un jour expliqué sa théorie du leadership — tout en pointant quelques-uns d'entre nous — avec un phénomène propre à tout groupe, tout orchestre, toute chorale. Lorsqu'il faisait signe d'attaquer une note alors que nous étions en silence, certains d'entre nous attaquaient la note au signal, et d'autres attendaient une fraction de seconde pour l'attaquer. Dans un grand ensemble, ça ne paraît pas, mais c'est ainsi que ça se passe.

    Et si ceux qui attaquaient au signal ne le faisaient pas, alors il n'y avait pas de note. Nada. C'est lors d'un de ces moments qu'il nous a expliqué de quoi il en retournait. Ceux qui attaquent la note en n'ayant pas peur du ridicule, d'être les seuls dont le son de leur voix retentirait devant la foule, sont les leaders. Les autres ne le sont simplement pas. Et j'ajouterais, ne le sont simplement pas... encore.

    Les vrais leaders...

    En politique, ou dans toute organisation sociale, c'est la même chose. Ceux et celles qui sont les premiers à «attaquer la note» sont les leaders. Si on se fie à la métaphore de la musique, leur rôle est d'atténuer la peur de l'humiliation des autres, qui sont prêts à agir, mais qui ont peur de se planter, d'avoir l'air con. Le leader donne confiance au groupe, il transmet sa propre confiance.

    Lorsque je regarde simplement les statuts Facebook, la blogosphère, le Net, des leaders dans notre société québécoise, il s'en trouve des milliers, voire des dizaines ou des centaines de milliers, et souvent, ce ne sont pas ceux qui se mettent à l'avant-plan: l'entrepreneur qui lance un produit ou un commerce, sans trop savoir si son idée «géniale» va lui coûter des années d'économies (même avec le meilleur plan d'affaires, on peut échouer). L'entraîneur sportif qui accepte de participer à un tournoi où les forces en présence sont trop fortes pour son équipe. La chef infirmière ou la médecin qui décident d'affronter la meute de malades à l'urgence sans voir la lumière au bout du tunnel. Le professeur qui affronte une classe en difficulté d'apprentissage. La première maman qui a décidé d'allaiter dans un autobus. Ce sont tous et toutes des leaders. Certains en sont conscients, d'autres, par humilité, refusent cette épithète.

    ... et les faux

    Et il y a les faux leaders. Je les appelle les chefs des pleutres. Ce sont ceux et celles qui «attaquent la note», mais pour décourager les autres de le faire. Ceux et celles qui disent: vous ne pouvez pas. Ceux et celles qui utilisent leur courage d'inspirer pour inspirer la crainte, la défaite, l'apathie. Certains chroniqueurs des grands médias. Des politiciens. Des économistes. Des soi-disant sceptiques. Des soi-disant lucides.

    Ce sont, en leur genre, des leaders, puisqu'ils osent avant les autres. Mais ils chantent faux. Et ils le font avec tant de véhémence que leur fausse note va décourager le reste de la chorale de chanter. Ils sont légion. Ils rassurent le peuple dans son insécurité. Ils inspirent le statu quo. «On ne peut pas» est leur mantra, la peur est leur source de pouvoir.

    Dans les grands moments d'adversité, les vrais leaders se lèvent. Ils font fi de ne pas connaître la partition jusqu'au bout. La note qu'ils doivent chanter dépasse parfois leur registre vocal. Ils ont peur, mais ont cette qualité qui a fait que, des tigres aux dents de sabre aux ères glacières, l'humanité a pu se rendre jusqu'à aujourd'hui. Et ce sont eux et elles qui vont faire que nous continuerons à avancer.

    Beaucoup d'entre eux ont été battus, assassinés, dénigrés, ostracisés au cours des siècles, et plus particulièrement lors du siècle dernier. Et bien sûr, on les a montrés au reste pour tuer cette étincelle de confiance chez ceux et celles qui tenteraient de chanter la note au moment voulu. C'est pourquoi les leaders sont cachés. Dans leur foyer. Dans de petits groupes sans influence. Et c'est aussi pourquoi les «chefs des pleutres» font la pluie et le beau temps.

    Désir d'agir

    Pourtant, l'étincelle vit toujours. Le monde est en train de changer. J'en appelle aux leaders, hommes et femmes, les vrais, pas ceux qui ont peur de leur ombre, à puiser en eux et elles le courage, à l'alimenter comme on alimente un feu de foyer. Ils ne peuvent pas tous nous assassiner, nous bâillonner, nous éteindre, car nous sommes partout. Dans les groupes communautaires, dans les syndicats, chez les entrepreneurs, chez les journalistes, dans les foyers. On nous reconnaît à ce refus d'endosser la peur, à cette vision d'un monde qui peut s'améliorer, à cette capacité d'inspirer. Et surtout, à ce désir d'agir qui en découle.

    Vous vous reconnaissez? C'est un début. Continuez d'alimenter le feu, et lorsqu'il sera à point, vous étreindrez votre courage et serez comme des coureurs qui attendent sur les blocs de départ. Vous serez comme le mustang sauvage qui attend que la porte de l'enclos s'ouvre pour pouvoir éjecter le cowboy qui veut vous dompter. Cette force qui dort en vous, elle n'attend que d'être acceptée, respectée, aimée. Réveillez les autres leaders autour de vous. Inspirez les peureux, ne leur accordez que peu d'attention; ils ont leur rôle et vous le vôtre. Le temps n'est plus à les convaincre, eux, le temps est venu de chanter la première note, car la chorale est prête.

    Prenez le temps de faire cette acceptation de vous. Observez toutes ces fois où votre leadership s'exprime, où les gens attendent de vous cette fraction de seconde d'avance. Ils veulent chanter, il ne leur manque que le courage, et tel est votre pouvoir. Celui d'inspirer. Un jour, je l'espère, nous aurons tous cette capacité. Pour l'instant, il faut mener le bal. Et voir ça comme un beau moment. Trouvez-vous d'abord, et réveillez les autres leaders autour de vous. Et quand nous chanterons en choeur, les murs tomberont, et avec eux, ces scélérats qui nous gouvernent, tant au Québec que partout dans le monde.














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