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    Hydro voulait continuer à explorer

    Les libéraux ont mis fin à un programme de 300 millions avant de tout céder au privé

    15 février 2011 |Alexandre Shields | Québec
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    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
    Avant de céder au secteur privé l'ensemble des permis d'exploration gazière et pétrolière qu'elle possédait, Hydro-Québec prévoyait investir plus de 330 millions de dollars entre 2002 et 2010 afin d'évaluer le potentiel en énergies fossiles du sous-sol québécois et du golfe du Saint-Laurent. Les libéraux ont toutefois mis fin aux activités de la division Pétrole et gaz de la Société d'État, un choix qui revient à avoir bradé les ressources en hydrocarbures du Québec, dénonce l'opposition.

    Comme le révélait hier Le Devoir, le potentiel de vastes zones auparavant sous le contrôle d'Hydro-Québec semble de plus en plus intéressant. Uniquement pour les réserves pétrolières qui pourraient être extraites de l'île d'Anticosti, il s'agit d'une ressource qui pourrait valoir des milliards de dollars. Bref, l'État pourrait bien avoir fait une croix sur d'immenses retombées financières en cédant ses droits au secteur privé en échange d'une «redevance prioritaire» qu'Hydro-Québec refuse de divulguer.

    Les péquistes avaient pourtant ouvert la voie à une participation de l'État avant de perdre le pouvoir, en 2003. Sous la gouverne de Bernard Landry, le Parti québécois avait en effet annoncé en novembre 2002 le lancement du Plan d'exploration pétrolière et gazière d'Hydro-Québec. «La mise en valeur de toutes nos ressources énergétiques s'impose, soulignait alors la ministre déléguée à l'Énergie, Rita Dionne-Marsolais. L'exploration gazière et pétrolière, qu'elle soit terrestre ou qu'elle se déroule dans le golfe du Saint-Laurent, représente sans contredit des avantages à la fois économiques et énergétiques.»

    Le développement de ce plan, évalué à 330 millions de dollars sur huit ans, avait été confié à la nouvelle division Hydro-Québec Pétrole et gaz. Le Plan stratégique 2002-2006 de la Société d'État insistait justement sur le fait que «Hydro-Québec est bien placée pour jouer un rôle de catalyseur pour l'industrie pétrolière et gazière au Québec, ce qui pourrait générer d'importantes retombées économiques pour le Québec».

    L'idée était de s'assurer qu'Hydro-Québec participe au financement des activités d'exploration en s'associant à des entreprises possédant une expertise dans le secteur des hydrocarbures. L'État aurait ainsi retiré une partie des profits générés par une éventuelle exploitation, en plus des redevances et des impôts payés par les entreprises privées impliquées dans le développement de la filière hydrocarbures.

    «Plusieurs de nos géologues nous disaient: un jour, nous ferons des découvertes importantes de gaz et de pétrole. Donc, nous voulions rester tout près comme l'ont fait des pays comme la Norvège», a d'ailleurs rappelé M. Landry la semaine dernière. La nature géologique de certains secteurs de même que l'interprétation des données géoscientifiques disponibles permettaient en effet de «présumer d'un grand potentiel de gaz naturel et de pétrole en sol québécois et dans le golfe du Saint-Laurent et son estuaire».

    Changement libéral

    Mais après la prise du pouvoir par les libéraux, Hydro-Québec a opté dès 2005 pour un changement de cap en annonçant un virage vers les «énergies renouvelables». Un changement clairement énoncé dans son Plan stratégique 2006-2010. Les investissements en exploration se sont donc limités à 30 millions de dollars, dont près de 10 millions pour l'île d'Anticosti. La division Pétrole et gaz d'Hydro-Québec a finalement été éliminée en 2007, et les permis détenus par la Société d'État ont été cédés au secteur privé.

    On sait aujourd'hui qu'à eux seuls, ceux d'Anticosti pourraient valoir des milliards de dollars. Dans une thèse de doctorat datant de 1987 et portant sur le potentiel en hydrocarbures d'Anticosti, Rudolf Bertrand avait déjà établi que la plus grosse île du Québec recelait probablement le plus important potentiel pétrolier de la province, avec des réserves en place dépassant les 30 milliards de barils. La porte-parole d'Hydro-Québec, Marie-Élaine Deveault, a toutefois affirmé hier qu'au moment d'offrir les permis au secteur privé, «aucun résultat n'indiquait la présence d'un gisement commercialement exploitable».

    Bernard Landry n'en juge pas moins que le retrait de la Société d'État de toute forme d'exploration a été une «catastrophe». «Nous aurions pu vendre nos terrains à un prix plus cher. Et aussi, nous aurions pu avoir des participations dans des projets futurs», a-t-il souligné. L'ancien premier ministre a déjà évoqué des retombées pouvant atteindre des milliards de dollars annuellement.

    Selon le Parti québécois, les libéraux de Jean Charest ont tout simplement décidé de céder le contrôle total des ressources naturelles du Québec au secteur privé. «Le gouvernement est en mode "bradons les ressources naturelles au privé", a lancé hier le porte-parole péquiste en matière d'Énergie, Sylvain Gaudreault. C'est la même chose pour le pétrole, pour l'éolien ou le gaz de schiste. C'est vraiment un recul à la période pré-Révolution tranquille, alors que nos ressources appartenaient toutes au privé. C'est même un peu comme si Jean Charest et le p.-d.g. d'Hydro, Thierry Vandal, avaient un agenda caché.»

    Selon lui, il est faux de prétendre qu'Hydro-Québec n'avait pas l'expertise nécessaire pour mener des travaux d'exploration. «C'est bizarre parce que toute l'expertise est allée au secteur privé», a souligné M. Gaudreault. Plusieurs anciens employés d'Hydro-Québec Pétrole et gaz et de la défunte Société québécoise d'initiatives pétrolières sont en effet passés au secteur privé au cours des dernières années.

    Le député solidaire Amir Khadir estime quant à lui que les gestes effectués par les libéraux depuis leur arrivée au pouvoir s'inscrivent dans une «entreprise prédatrice dans le but de faire main basse sur l'ensemble de nos ressources naturelles». Et selon M. Khadir, le Parti québécois, qui pourrait bien prendre le pouvoir dans un avenir rapproché, doit s'engager à «nationaliser» les ressources pétrolières et gazières du Québec.












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