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Cinq ans de Québec solidaire - Une anomalie ou un gain pour la vie politique ?

Pascale Dufour - Professeure au Département de science politique de l'Université de Montréal  31 janvier 2011  Québec
Amir Khadir et Françoise David, les deux codirigeants de Québec solidaire<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Amir Khadir et Françoise David, les deux codirigeants de Québec solidaire
Québec solidaire est né le 5 février 2006 de la fusion de l'Union des forces progressistes (UFP) — un rassemblement politique de petits partis de gauche créé en 2002 autour d'Amir Khadir — et d'Option citoyenne, un mouvement politique né en 2005, à l'initiative de militantes féministes, dont Françoise David. L'émergence de ce parti sur la scène politique québécoise, de même que sa trajectoire depuis sa fondation, est particulièrement intrigante.

Rappelons le contexte général de sa naissance. Depuis le début du nouveau millénaire, les démocraties libérales, Québec inclus, connaissent une «crise» de la représentation politique qui se traduit notamment par une perte de légitimité des partis politiques et de leurs représentants. De plus, «la gauche» (en particulier européenne) est en pleine remise en question et n'en finit plus de se chercher une identité rassembleuse, entre l'extrême gauche, qui semble avoir trouvé un second souffle, et les partis sociaux-démocrates tentés par le social- libéralisme.

Devant l'inertie des acteurs politiques traditionnels, les mouvements sociaux réinvestissent le terrain de la contestation sociale et de l'opposition aux politiques néolibérales. Bref, un contexte où la création d'un parti autoproclamé de gauche peut apparaître incongrue.

Superposition d'identités

D'autant plus qu'au Québec l'émergence d'un tel parti apparaît au premier abord comme une anomalie. En effet, la gauche partisane n'a jamais été particulièrement bien établie au niveau provincial. La raison principale généralement évoquée est que la question sociale, à la base de la création des partis de gauche, a été articulée à la question nationale et entièrement dépendante de celle-ci. Autrement dit, au Québec, l'identité politique de gauche s'est longtemps superposée à l'identité politique nationale. Le Parti québécois a réussi durant presque 50 ans à créer un monopole de la représentation sur ces deux enjeux.

Ce double monopole a été remis fondamentalement en question en 2006, avec la création de Québec solidaire. Ce tournant décisif dans l'histoire politique du Québec constitue aujourd'hui une «nouvelle donne», qui a modifié certaines dynamiques et avec laquelle tout le monde doit compter, les électeurs comme les autres partis politiques. Revenons sur cette trajectoire récente.

Bénéfices de QS

Québec solidaire (QS) s'est créé en partie contre le PQ et ses politiques jugées insatisfaisantes sur le plan social. Les deux chefs de Québec solidaire espéraient créer un rapport de force suffisant pour obliger celui-ci à se positionner sur certains enjeux, jugés laissés-pour-compte. Cette stratégie a semblé fonctionner dans un premier temps. Rappelons-nous la création du club politique de gauche SPQ Libre au sein du PQ et du programme politique qui a suivi, unanimement acclamé comme «un virage à gauche» pour le parti. Nous en sommes bien loin aujourd'hui: le SPQ Libre a été dissous, et le PQ s'est acoquiné avec la richesse individuelle (colloque de mai 2010). Les bénéfices de la création de Québec solidaire sur la vie politique se jouent sur un autre plan.

QS est avant tout une innovation politique, qui profite aux militants, mais également à l'ensemble des acteurs politiques. Plusieurs éléments, dans le fonctionnement de QS, dérangent le fonctionnement jugé «normal» de notre système démocratique et rendent perplexes les observateurs: le principe de parité dans la présence des candidats aux élections (il faut que ce soit le meilleur candidat, peu importe son sexe), la parité à la tête du parti (mais où est le vrai chef qui décide?), le fonctionnement plus horizontal de l'organisation où les militants prennent le temps de débattre et d'apprendre, remettant en question la notion d'efficacité démocratique (à propos de la souveraineté, à propos du féminisme, à propos des enjeux environnementaux par exemple) et entraînant des réactions outrées des journalistes — quand même, ne pas savoir si on est pour ou contre la souveraineté, ça n'a pas d'allure, on est au Québec, il faut se positionner!

Dynamiques politiques changées

La délibération au sein du parti est certes limitée par l'application du Code Morin, mais elle demeure au coeur des préoccupations des militants et une des raisons pour lesquelles les personnes ont adhéré à QS (dont les jeunes). On peut raisonnablement supposer que ces pratiques politiques différentes amènent progressivement les autres joueurs politiques à se questionner, à se positionner et, finalement, à modifier leur conception d'une «bonne» démocratie.

La présence de Québec solidaire modifie également les dynamiques politiques locales. Bien implanté dans les milieux militants locaux (et pas uniquement dans la République du Plateau), QS est un nouvel allié des luttes sociales et environnementales, sur lequel les acteurs communautaires et syndicaux peuvent compter. Il offre une structure de réflexion et un service de recherche très efficace, il peut agir comme une courroie de transmission de certaines idées ou identités et de certains intérêts à l'Assemblée nationale (depuis peu, mais il le fait avec beaucoup de professionnalisme), et il jouit d'une visibilité médiatique supérieure à celle que peuvent avoir les groupes. Évidemment, de multiples tensions existent avec ce nouveau joueur politique (faut-il s'en méfier?), mais QS assure une nouvelle médiation, qui est loin d'être anecdotique, pour les électeurs et militants de gauche dans la vie politique.

En cinq ans, Québec solidaire s'est construit une «niche» politique intéressante. Il est passé d'un statut de parti en dehors du jeu institutionnel (où tous les coups étaient permis ou presque) à un parti dans le jeu institutionnel où certains comportements sont jugés déviants (en particulier pour son chef parlementaire). Il apporte, ce faisant, un vent de fraîcheur aux pratiques de nos représentants politiques. Et si sa présence était plutôt le signe de notre maturité politique?

***

Pascale Dufour - Professeure au Département de science politique de l'Université de Montréal
 
 
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  • Rodrigue Tremblay - Inscrit
    31 janvier 2011 07 h 04
    Diviser pour règner
    Quebec Soso, avec son 4%, divise la gauche et les souverainistes, à l'avantage de la droite et des fédéralistes
    Alors, à quand la mise sur pied d'un parti d'extrême-droite pour diviser la droite et les fédéralistes?
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  • Marcel Bernier - Inscrit
    31 janvier 2011 09 h 02
    Un plus...
    Pour la vitalité des débats.
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  • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit
    31 janvier 2011 10 h 27
    Unifier pour règner?
    Le débat divise, c'est ce qui distingue la démocratie de la dictature. Dans ce cas-ci, QS ne peut diviser la gauche car elle en est la seule représente, face au PQ qui cherche le centre, comme les Libéraux, avec comme seule différence la souveraineté promise à l'horizon.

    La folie de cette recherche du centre consiste à ne pas faire de vagues, à faire comme si on était avec tout le monde, contre personne, ce qui contraste avec le fondement de la démocratie selon quoi les citoyens favorisent des orientations différentes et qu'il est normal que certains soient perdants lors des élections.

    L'apport fondamental de QS est de promouvoir ces idées dérangeantes, de les intégrer aux débats. Il réveille, et du coup révèle, cette dynamique qui surgit de la confrontation saine. Son but n'est pas de régner, à mon avis, mais d'inclure la multiplicité.

    De toute façon, est-ce que l'ADQ, plus à droite que les Libéraux sur bien des aspects, a divisé leur électorat? Il ne manque pas de leadership dans la politique québécoise, mais de diversité, surtout dans un contexte où l'engagement citoyen passe par l'intégrité des positions, plutôt que par le compromis.

    Dans un système comme en Allemagne, les positions divergentes sont représentées par les divers partis, puis le compromis apparaît au moment de créer le gouvernement. Ce n'est pas parfait mais je crois que ça représente mieux la profusion des options qui interpèlent les citoyens, entre environnementalisme, conservatisme, laïcisme, socialisme, et j'en passe.

    Cette vision n'est pas idéale mais me semble refléter le contexte et répondre au désengagement. Longue vie à Québec Solidaire!

    Alexis Lamy-Théberge
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  • Jean Michaud - Inscrit
    31 janvier 2011 11 h 33
    Bof, des nonames
    À part à Montréal, ils sont des nonames, regardez les élections partielles, 1% et moins, sortez de Montréal et vous verrez que QS, n'a aucune mais aucune crédibilité.
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  • Martin Dufresne - Abonné
    31 janvier 2011 12 h 51
    Entretenir l'espoir d'une réappropriation du politique
    Entre deux élections, Québec Solidaire constitue une, des voix, peut-être les seules à refléter les vrais enjeux de la population, face aux autres grands partis et àa l'ADQ qui ne semblent que chercher, d'une semaine à l'autre, la déclaration la plus vide et la plus populiste possible.
    On n'a qu'à constater l'ampleur persistante du vote pour les Verts (qui n'a littéralement aucun ancrage local) pour constater une aspiration des gens à voter pour des principes et non seulement pour les favorisés des sondages et des empires de presse.
    À quand une véritable prise en compte du programme de QS par nos médias?
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  • Bernard La Riviere - Abonné
    31 janvier 2011 13 h 20
    À gauche mais pas laïque
    Les idées de solidarité et de partage, l'idée de bien commun, sont enfin à l'ordre du jour avec Québec solidaire. Dommage qu'il ait laissé tomber l'idée de laïcité, de laïcité complète comme l'annonçait sa déclaration de principe au moment de sa fondation. Espérons que le PQ tiendra cette promesse.
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  • perro blanco - Inscrit
    31 janvier 2011 16 h 01
    Une gauche absolument nécessaire
    Le point de vue de Bilbulu est assez intéressant et très juste en dépit du fait qu'il est un peu dur avec les partisans du centre, dont je suis, parce qu'il représente non pas le flou, mais l'équilibre entre les extrêmes... qui sont néanmoins très nécessaires.
    Ainsi en est-il de la droite et de la gauche au Québec, soient l'ADQ et QS.
    Quant à ceux qui dénoncent toujours «ceux qui divisent»
    je ferais valoir qu'un parti politique, quel qu'il soit, n'a pas à considérer s'il divise quelque autre parti ou non.
    En effet, il existe par et pour les convictions, les principes, les priorités et les valeurs de ceux qu'ils rassemblent pour les convertir en action, car les minorités et les minoritaires ont aussi le droit d'être représentés, ce que ne fait pas nécessairement, et j'allais dire surtout pas le parti élu, aussi majoritaire soit-il.
    De plus, il faut considérer jusqu'à quel point le fait de ne pas avoir le vote proportionnel au Québec nuit à ces petits partis, qui nous réserveraient bien des surprises si ce n'était pas le cas.
    Alors, je dis bravo à leur existence, et en attendant que les gros partis monopolisateurs changent les règles pour leur permettre une place légitime plus équitable et bien méritée à l'Assemblée nationale, je félicite ceux qui votent par conviction plutôt que par stratégie pour une représentation davantage plurielle au Parlement. C'est ça la démocratie! Pensez-y: pourquoi j'éviterais de nuir au PQ si j'estime qu'il ne me représente pas? La logique veut le contraire!
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  • Jean Pierre Bouchard - Inscrit
    31 janvier 2011 17 h 51
    Québec Solidaire, solidaire du statu quo électoral
    QS s'est trouvé une niche dans un Québec apathique ou le parti de gauche tente de se transformer en NPD dans la province canadienne qui est la seule à être majoritairement francophone.
    QS fait de la souveraineté davantage que le PQ, une question hypothétique.

    Dans un Québec francophone divisé entre régions, pratiquant l'individualisme de masse; marqué par la droite comme partout, fractionné entre plusieurs partis dont celui de David, Khadir, QS ne fait qu'ajouter à l'implosion de l'offre électorale. Par la division du vote francophone, il suffit que le PLQ modérément populaire ailler chercher 37% des voix pour être élu au pouvoir puisque bénéficiant d'un électorat stable que les autres partis ne connaissent pas.

    Si QS compromet l'alternance du gouvernement, le bénéfice qu'apporte QS est de l'ordre du 0.5 de résultats point à la ligne!
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