dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Commission Bastarache - Faire des liens

Josée Boileau   20 janvier 2011  Québec
Les «allégations très sérieuses» de l'ancien ministre de la Justice Marc Bellemare ont décidé le commissaire Michel Bastarache à leur appliquer la norme de preuve la plus sévère possible en matière civile. Un critère de justice qui ne permet toutefois pas de répondre au problème politique qu'est l'influence des collecteurs de fonds libéraux sur le gouvernement.

L'ex-juge Michel Bastarache ne l'a pas nommé, mais il songeait assurément à Marc Bellemare en commençant sa présentation par un rappel du «climat délétère» qui a entouré les travaux de sa commission. D'ailleurs, plusieurs lignes de son rapport sont consacrées aux «nombreux problèmes» qu'a causés l'absence de collaboration de M. Bellemare avec sa commission.

Le premier ministre Jean Charest, lui, n'a pas mis de gants blancs: il a attribué directement à Marc Bellemare la responsabilité des millions de dollars qu'a coûtés la Commission d'enquête sur le processus de nomination des juges. Et de fait, Me Bellemare était hier le vilain cloué au pilori puisque ses allégations de pressions indues pour nommer des juges n'ont pu répondre à l'exigeant test d'une «preuve claire et convaincante» (plus haut degré de la prépondérance des probabilités) recherchée par le commissaire Bastarache.

Le problème pour M. Charest, c'est que c'est à lui que les Québécois attribuent la création d'une commission qui a servi de diversion pour noyer le véritable enjeu: les malversations dans le milieu de la construction, et leur lien avec le financement du Parti libéral. C'était d'ailleurs cela que M. Bellemare a d'abord soulevé lorsqu'il parla aux médias au printemps 2010, avant de se faire plus précis et d'évoquer des nominations de juges.

On admettra sans peine, les témoignages entendus l'ont montré, que Marc Bellemare n'était pas un ministre idéal. Ni un témoin idéal, avec son carton et ses notes griffonnées on ne sait trop quand. N'importe quel juge rigoureux aurait fait comme M. Bastarache: il les aurait écartés.

Par contre, la commission Bastarache nous a appris, de la bouche même des financiers du parti, que ceux-ci collaboraient activement à des nominations — un système qui, selon toute probabilité, devait être connu puisqu'un juge en fonction a fait appel à un solliciteur de fonds pour obtenir une promotion. L'allégeance politique, elle, était un atout puisque Chantal Landry, responsable des nominations au bureau du premier ministre, prenait la peine d'en prendre note. Mais, selon toute probabilité, cet atout devait demeurer discret puisque la note n'était pas mise officiellement au dossier mais écrite sur un post-it, qu'on peut si commodément détacher...

Mais les probabilités n'intéressaient pas l'ex-juge Bastarache. Il n'en tient donc aucun compte dans son analyse du témoignage de Marc Bellemare. Chantal Landry n'y est même pas mentionnée et M. Bastarache se satisfait que les collecteurs de fonds n'aient rien «dicté» à l'ex-ministre de la Justice.

Dans la même veine, il attribue au vacuum législatif «l'exercice d'influences inappropriées sur la nomination des juges» plutôt que d'examiner plus avant le fait que le premier ministre Charest a modifié le processus de nomination suivi depuis des années. Ce n'était pas interdit? Cet argument lui suffit.

Mais les Québécois, eux, ne peuvent se satisfaire d'une analyse aussi légaliste. Pas plus que de l'affirmation faite hier par M. Bastarache qu'on ne peut juger de la pertinence de sa commission au regard de l'autre commission d'enquête que souhaitent les Québécois. «Ce sont deux sujets distincts», a-t-il soutenu. L'ex-juge entre ici sur un terrain politique. Les Québécois n'ont jamais remis en question la qualité de leur magistrature. Par contre, ils savent faire des liens. Et ces liens-là, pas du tout réfutés par ce qu'ils ont entendu à la commission Bastarache, doivent toujours être examinés. C'est le même sujet.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Carole Dionne - Inscrite
    20 janvier 2011 01 h 38
    Je serais gênée d'être juge aujourd'hui
    En voyant le rapport Bastarach. Cela ne relève pas le degré d'estime que l'on avait envers les juges. Blâmez l'un et fermez les yeux sur l'autre parti. Pas fort comme jugement et comme ancien juge à la cour suprême. . Mais il n'a jamais agit comme juge dans ce dossier là: il a fait simplement ce que lui demandait Jean Charest. PAS PAREIL.


    Le mandat était clair et plus que précis: même encore là, Bastarach aurait pu...Mais que voulez-vous comme aurait dit celui qui l'a nommé à la cour Suprême. En passant, pensez-vous qu'il y avait un post tipe sur le dossier de Bastarach quand il a passé devant Jean Chrétien?
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Roger Lapointe Roger Lapointe - Abonné
    20 janvier 2011 05 h 16
    Une commission tout a fait inutile et coûteuse.
    Le commissaire Bastarache a fait le job comme on pourrait dire. Il a fidèlement évité de blâmer qui que ce soit dans la camp Charest y compris le témoignage incriminant de Mme Landry sur le processus de nomination des juges.(les fameux post it accolés sur les dossiers)
    L'issue de cette commission écran était assez prévisible et les sondages qui sortiront aujourd'hui ou demain démontreront que la population québécoise n'est pas dupe à ce point.
    La commission que l'on attend toujours et qui ferait la lumière sur tout le fonctionnement tordu de ce gouvernement ne verra pas le jour sous cette administration et il faudra une élection pour en décider autrement.
    Le clan Charest peut se montrer triomphant et jeter tout le blâme sur Bellemarre mais la vérité n'a pas triomphé elle et nous ne sommes pas plus avancés que nous l'étions avant cette mascarade de commission ou seuls les avocats du clan Charest grassement payés à même les fonds publics en sortent gagnants.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Marc L - Abonné
    20 janvier 2011 06 h 09
    Un homme prudent
    Dans son rapport, le juge ne peut confirmer les pressions colossales subit par Marc Bellemare, tout simplement parce que confirmer de telles pressions demande des preuves et dans une affaire de ce genre, il est excessivement difficile d'avoir des preuves solides, bien souvent, les "pseudo-preuves" consistent en discussion entre deux individus. L'un prétendra avoir dit telle chose et son vis à vis dira avoir entendu autre chose. Il faut se souvenir ici que le juge n'a pas vu de "preuve" des pressions dont parle Marc Bellemare, mais il ne dit pas non plus que Jean Charest est blanc comme neige; et à cet égard, M. Charest n'a pas de quoi pavoiser puisque dans ses recommandations le juge parle de l'influence politique sur la nomination des juges... en la condamnant par le biais de ses recommandations.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • michel lebel - Inscrit
    20 janvier 2011 06 h 26
    Le jupon!
    Je résumerai ma réaction à votre article: quand l'idéologie partisane triomphe. Il y a une limite à ce qu'un jupon dépasse, sinon on s'enfarge dedans. Et c'est votre cas, Mme Boileau. Fin.


    Michel Lebel
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • oracle - Abonné
    20 janvier 2011 07 h 01
    Notre légaliste maximo.
    Le comportement exclusivement légaliste de notre commissaire me semble tout à fait cohérent avec l'ensemble du système. Un autre cas de figure : si la loi fixe le salaire minimum et le montant des allocations sociales à des niveaux qui laissent des catégories importantes de citoyens sur un fil ténu entre la débrouillardise et la pauvreté, les bien nantis de notre société auront toujours le loisir de s'en laver les mains légalement en balayant les vertus de solidarité, ferment pourtant essentiel à la cohésion sociale, plus apparenté par contre à l'éthique et à la morale, des concepts qui eux-mêmes ont hélas déjà perdu tout leur sens dans une humanité de plus en plus déshumanisée.
    Tout cela pour souligner que Mr. Bastarache n'est ni meilleur ni pire, mais simplement l'enfant du système qui dicte lui-même toutes les règles du jeu...
    lé-ga-le-ment.

    Pierre-Michel Sajous
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jacques Boulanger - Abonné
    20 janvier 2011 08 h 52
    Ainsi font font font ...
    C’était prévisible. Pourquoi, contrairement à la demande d’enquête publique sur la construction, Jean Charest s’est-il empressé de créer la Commission Bastarache ? Poser la question, c’est y répondre. Jean Charest savait dès le départ (il en était l’acteur principal, après tout) que lui ou son gouvernement ou ceux qui derrière tirent les ficelles n’avaient rien à se reprocher ou si peu. Ainsi, en créant la Commission, il en savait déjà, à l’avance, les conclusions. Machiavel peut aller se rhabiller!

    Il en va tout autrement pour l’enquête sur «l’industrie de la corruption» où là, c’est tout le contraire. Il ne sait et ne connaît que trop bien l’entre-maillage entre ses bailleurs de fonds et son organisation politique. Le trafic d’influence, les enveloppes, le trafiquage d’appels d’offres, les retours d’ascenseur et le copinage avec le monde mafieux sont monnaies courantes au PLQ. Il ne sait que trop bien que si une enquête publique lève la couverte sur ce lit poisseux que c’est la fin non seulement de son gouvernement mais possiblement de son parti (un peu comme le sort de son grand frère fédéral suite à la Commission Gomery). Alors voilà pourquoi, il s’oppose tant à la tenue d’une enquête publique sur la construction. Mais pour du Bastarache, c’est quand vous voulez!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Marie Mance Vallée - Inscrite
    20 janvier 2011 09 h 05
    Prudence
    Dorénavant, soyons prudents si nous avons à être jugés. S'assurer que nous ne nuirons pas aux amis du Régime Charest.

    Afin d'être certains de gagner notre cause, choisissons bien notre avocat et de préférence un libéral et un fédéraliste. Vous aurez l'embarras du choix. Il en traîne à la dizaine dans nos cours québécoises.

    Vous pensiez que l'esprit des commandites avait disparu ? Bien non !Le rapport Bastarache est une commandite dirigée par le PM lui-même.

    Et dire qu'on se scandalise de ce qui se passe en Tunisie et en Haïti. À une échelle réduite, c'est la même chose.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Marianne Marcotte - Inscrite
    20 janvier 2011 10 h 22
    le bout du bout
    Ce qui me fustige le plus c'est qu'on nous prennent pour des imbéciles qui vont tout gober!!!!!Comme si nous étions dépourvus de tout sens critique, de toute capacité de réactions, je vous en supplie répondez-moi! Mais qui Jean Charest croit-il assez stupide pour croire sa version? Quelques ainées, dans leur foyer de retraite sous anti dépresseurs qui croient encore à la bonté du parti libéral, ce qui veux dire environ 20 personnes sur le quebec en entier? Une chance qu'on est pas comme les turques....
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Patrick M. Gouin - Inscrit
    20 janvier 2011 10 h 42
    David contre Goliath...
    Toujours la même chose, une justice pour ceux qui ont les moyens et les influences nécessaires d'une part et celle pour les autres, d'autre part.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Robert Libersan - Abonné
    20 janvier 2011 11 h 14
    La contribution de Me Bellemare
    L'intervention de Me Bellemare aura permis ceci : « ... à cette deuxième étape du processus, la preuve a révélé qu'il est perméable aux interventions et influences de toute sorte, notamment celles de députés, de ministres, de membres de partis politiques, d'avocats ou des candidats eux-mêmes.», a écrit le juge Bastarache.

    Merci Me Bellemare.

    Le reste n'est que vétilles et broutilles M.Charest.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre François Gagnon - Inscrit
    20 janvier 2011 12 h 08
    Le bon sens populaire
    Il fait tout de même deux affirmations contradictoires, ce "juge" hautement politique, laquelle n'a pas échappé au bon sens populaire. Ce faisant il prend partie, il se mouille jusqu'au cou! Car Étant donné, donc, la constatation qu'il pose des failles du système, la probité intellectuelle voulait qu'il accorde le bénéfice du doute à Bellemare en se montrant objectivement neutre et détaché vis-à-vis de ses prétentions au lieu de trancher contre elles - puisqu'il n'y avait aucun fait probant d'un côté comme de l'autre, c'était une parole jouant contre une autre - et d'avoir l'air de blanchir l'autre partie qui va maintenant s'en servir au civil dans sa poursuite absurde, ce que le juge devait justement éviter tant pour l'un que pour l'autre d'après un principe de droit fédéral dont il s'est lui-même réclamé! Il n'avait donc qu'à refuser clairement de se prononcer tant pour l'un que pour l'autre, de manière à préserver sa crédibilité, pour passer derechef aux recommandations afin de réformer en profondeur le système de nomination des juges. Mais Bastarache a entaché son propre jugement, de sorte qu'il est permis maintenant de douter du bien-fondé de ses suggestions de réforme. Il va donc falloir ouvrir un vrai débat là-dessus... lequel n'aura peut-être jamais lieu, et même sans aucun doute, maintenant qu'il a été récupéré par la chose purement politique qui baigne en ce moment dans une atmosphère pourrie et corrompue sur quoi seule une enquête publique saurait faire toute la lumière!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Miclem - Inscrit
    20 janvier 2011 23 h 44
    Cette commission est une honte pour la démocratie, une tache sur la justice elle-même.
    Un semblant d’enquête pour faire diversion. Même le travail préparatoire aux témoignages a été bâclé pour ne pas dire biaisé. Le commissaire n’a pas pris les moyens coutumiers pour vérifier la crédibilité des témoins en négligeant des éléments aussi importants que les registres des divers ministères ou les agendas et les relevés téléphoniques de tous témoins. Lors des témoignages impliquant les nominations aux tribunaux administratifs, jamais le commissaire ni son procureur n’ont saisi l’occasion d’approfondir ce sujet faisant partie de leur mandat. Et que dire de la direction des interrogatoires, une disgrâce! Il a fallu l’intervention du barreau pour remettre un peu d’ordre dans ce cirque. Au yeux du peuple, Jean Charest est loin d’être pas blanchi par cet exercice. Un exercice qui ne peut être dissocié de l’histoire récente du Québec en matière de collusion, de corruption et de fraude. Pendant ce temps, personne n’est responsable des pertes de 40 milliards des avoirs publics, les amis du pouvoir ne sont pas personnellement accusés de fraude fiscale et s’en tirent avec des amendes corporatives, les complices de la fraude Norbourg ne seront jamais inquiétés tel que stipulé par l’entente hors-cour. Pire après deux ans d’enquête Marteau, on attend toujours les accusations. Il y a déjà prescription dans plusieurs cas. Y-a-t-il réellement séparation du pouvoir et de la justice ? Permettez-moi d’en douter à la lumière des événements de la dernière décennie…
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
12 réactions
16 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012