Garderies et idéologie
7 juillet 2003
Québec
Le réflexe des défenseurs de la pensée ultraconservatrice est devenu familier : accuser de fanatisme ceux qui s'opposent à eux. Ce discours est très présent dans le débat sur les services de garde. Nous avons eu droit à un exemple de ce délire idéologique primaire dans cette page, vendredi dernier. Un texte signé Breton, Boucher, Marceau et Migué truffé de faussetés et de raccourcis, mais qui avait le mérite de faire apparaître clairement les préjugés des auteurs. Ceux-ci propagent par exemple une conception de la vie en société dans laquelle le coût relié aux enfants ne devrait incomber qu'aux parents.
L'idéologie rend confuses certaines personnes qui favorisent le développement des places en garderie commerciale plutôt qu'au sein des centres de la petite enfance parce que ceux-ci seraient des garderies publiques. Or les CPE sont des sociétés privées administrées par les parents. Il n'y a pas de garderies publiques au Québec ni de monopole d'État.
L'idéologie fait oublier aux critiques quelques faits pourtant faciles à vérifier. Les quatre chevaliers de l'ultraconservatisme mentionnés plus haut affirment que le budget consacré aux CPE a supplanté ceux d'autres formes d'aide à la famille. C'est faux. En 2002, Québec a consacré 1231 millions de dollars en subventions aux CPE contre 1731 millions à diverses formes d'aide (crédits d'impôt à l'égard des enfants à charge, prestations familiales, programme Apport, réduction d'impôt à l'égard des familles et crédits d'impôt remboursables pour les autres services de garde). C'est sans compter la prestation fédérale pour enfants et le coût des congés de maternité.
Pour combattre les CPE, on invoque parfois l'idée — lumineuse! — d'offrir aux parents des services variés, non seulement en installation mais aussi en milieu familial. Or justement, cela fait partie du mandat des CPE d'offrir des services en milieu familial. En 2000-2001, les CPE offraient autant de places (environ 50 000) en milieu familial qu'en installation.
L'idéologie amène les critiques des CPE à s'en prendre à la syndicalisation des éducatrices. Préfère-t-on revenir à l'époque honteuse où celles à qui on confiait nos enfants, et donc notre avenir, gagnaient moins qu'un gardien de zoo?
Enfin, l'idéologie incite à évaluer la politique actuelle des services de garde en fonction uniquement de la valeur qu'elle comporte pour le parent utilisateur. On oublie l'effet de la disponibilité à faible coût du service partout sur le territoire, et pas seulement là où ce serait rentable pour une garderie commerciale, sur l'insertion sociale et économique des personnes pauvres (notamment les mères monoparentales). On néglige la possibilité qu'offrent les CPE aux parents de prendre une responsabilité au sein de leur communauté ainsi que la contribution de ce programme à la lutte contre le travail au noir. Et puis, les éducatrices qui y travaillent gagnent un salaire, paient des impôts, consomment et épargnent et contribuent à la croissance de la prospérité collective. Les garderies ne sont pas un coût net pour la société. Elles y contribuent aussi de façon magistrale.
***
Si, au moins, les parents étaient insatisfaits des CPE. Or c'est le contraire qui saute aux yeux. Plus de 100 000 ont signé une pétition en leur faveur. Des milliers ont marché dans la rue. Et les chiffres rendus publics jeudi dernier montrent leur supériorité. Même si elles ne représentent que 16 % des places, les garderies commerciales font l'objet de 54 % des plaintes à l'Office des services de garde à l'enfance. Pour offrir leurs services à moindre coût et augmenter les bénéfices, les garderies commerciales rognent sur la qualité. Or la qualité du service est aussi importante que le nombre de places disponibles.
Contrairement à ce qu'écrivent Breton, Boucher, Marceau et Migué, 22 études internationales recensées par Guy Bellemare, Anne-Renée Gravel et Louise Briand, de l'Université du Québec en Outaouais, confirment qu'un service de garde de qualité influence positivement les résultats académiques des enfants lors de leur entrée à l'école primaire, aide à leur développement social et cognitif et favorise la réduction des comportements problématiques. Au contraire, un service de garde de mauvaise qualité a, selon ces études, des effets préjuciables pour tous les enfants qui les fréquentent.
Les principaux facteurs qui favorisent la qualité du service sont le degré de formation des éducatrices, des ratios adulte-enfants plus faibles, le plus grand nombre d'années d'expérience des directrices, des conditions de travail et salariales avantageuses et un faible taux de roulement du personnel, toutes choses que favorisent les CPE. Les études internationales montrent aussi que, partout où le phénomène a été étudié, les services offerts par les garderies commerciales sont de moindre qualité que ceux offerts par des garderies à but non lucratif comme nos CPE. Les garderies commerciales ont tendance à combiner des groupes d'âge, à fournir moins d'activités favorisant le développement, à offrir des salaires moins élevés aux éducatrices qui s'occupent de groupes d'enfants plus nombreux, et elles obtiennent moins de participation des parents.
Les garderies commerciales favorisent davantage l'accroissement du taux de profit et de la valeur des actifs immobiliers. Les faits parlent. Avant d'augmenter le nombre de places dans les garderies commerciales, d'augmenter le coût pour les usagers ou d'atténuer le caractère universel du programme, le gouvernement du Québec devrait considérer les effets négatifs que cette orientation pourrait avoir pour nos enfants et la société. Dans son discours inaugural, Jean Charest se disait pragmatique et non pas dogmatique. S'il a dit vrai, il ne laissera pas l'idéologie ultraconservatrice ici à l'oeuvre dicter la politique de son gouvernement.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca
L'idéologie rend confuses certaines personnes qui favorisent le développement des places en garderie commerciale plutôt qu'au sein des centres de la petite enfance parce que ceux-ci seraient des garderies publiques. Or les CPE sont des sociétés privées administrées par les parents. Il n'y a pas de garderies publiques au Québec ni de monopole d'État.
L'idéologie fait oublier aux critiques quelques faits pourtant faciles à vérifier. Les quatre chevaliers de l'ultraconservatisme mentionnés plus haut affirment que le budget consacré aux CPE a supplanté ceux d'autres formes d'aide à la famille. C'est faux. En 2002, Québec a consacré 1231 millions de dollars en subventions aux CPE contre 1731 millions à diverses formes d'aide (crédits d'impôt à l'égard des enfants à charge, prestations familiales, programme Apport, réduction d'impôt à l'égard des familles et crédits d'impôt remboursables pour les autres services de garde). C'est sans compter la prestation fédérale pour enfants et le coût des congés de maternité.
Pour combattre les CPE, on invoque parfois l'idée — lumineuse! — d'offrir aux parents des services variés, non seulement en installation mais aussi en milieu familial. Or justement, cela fait partie du mandat des CPE d'offrir des services en milieu familial. En 2000-2001, les CPE offraient autant de places (environ 50 000) en milieu familial qu'en installation.
L'idéologie amène les critiques des CPE à s'en prendre à la syndicalisation des éducatrices. Préfère-t-on revenir à l'époque honteuse où celles à qui on confiait nos enfants, et donc notre avenir, gagnaient moins qu'un gardien de zoo?
Enfin, l'idéologie incite à évaluer la politique actuelle des services de garde en fonction uniquement de la valeur qu'elle comporte pour le parent utilisateur. On oublie l'effet de la disponibilité à faible coût du service partout sur le territoire, et pas seulement là où ce serait rentable pour une garderie commerciale, sur l'insertion sociale et économique des personnes pauvres (notamment les mères monoparentales). On néglige la possibilité qu'offrent les CPE aux parents de prendre une responsabilité au sein de leur communauté ainsi que la contribution de ce programme à la lutte contre le travail au noir. Et puis, les éducatrices qui y travaillent gagnent un salaire, paient des impôts, consomment et épargnent et contribuent à la croissance de la prospérité collective. Les garderies ne sont pas un coût net pour la société. Elles y contribuent aussi de façon magistrale.
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Si, au moins, les parents étaient insatisfaits des CPE. Or c'est le contraire qui saute aux yeux. Plus de 100 000 ont signé une pétition en leur faveur. Des milliers ont marché dans la rue. Et les chiffres rendus publics jeudi dernier montrent leur supériorité. Même si elles ne représentent que 16 % des places, les garderies commerciales font l'objet de 54 % des plaintes à l'Office des services de garde à l'enfance. Pour offrir leurs services à moindre coût et augmenter les bénéfices, les garderies commerciales rognent sur la qualité. Or la qualité du service est aussi importante que le nombre de places disponibles.
Contrairement à ce qu'écrivent Breton, Boucher, Marceau et Migué, 22 études internationales recensées par Guy Bellemare, Anne-Renée Gravel et Louise Briand, de l'Université du Québec en Outaouais, confirment qu'un service de garde de qualité influence positivement les résultats académiques des enfants lors de leur entrée à l'école primaire, aide à leur développement social et cognitif et favorise la réduction des comportements problématiques. Au contraire, un service de garde de mauvaise qualité a, selon ces études, des effets préjuciables pour tous les enfants qui les fréquentent.
Les principaux facteurs qui favorisent la qualité du service sont le degré de formation des éducatrices, des ratios adulte-enfants plus faibles, le plus grand nombre d'années d'expérience des directrices, des conditions de travail et salariales avantageuses et un faible taux de roulement du personnel, toutes choses que favorisent les CPE. Les études internationales montrent aussi que, partout où le phénomène a été étudié, les services offerts par les garderies commerciales sont de moindre qualité que ceux offerts par des garderies à but non lucratif comme nos CPE. Les garderies commerciales ont tendance à combiner des groupes d'âge, à fournir moins d'activités favorisant le développement, à offrir des salaires moins élevés aux éducatrices qui s'occupent de groupes d'enfants plus nombreux, et elles obtiennent moins de participation des parents.
Les garderies commerciales favorisent davantage l'accroissement du taux de profit et de la valeur des actifs immobiliers. Les faits parlent. Avant d'augmenter le nombre de places dans les garderies commerciales, d'augmenter le coût pour les usagers ou d'atténuer le caractère universel du programme, le gouvernement du Québec devrait considérer les effets négatifs que cette orientation pourrait avoir pour nos enfants et la société. Dans son discours inaugural, Jean Charest se disait pragmatique et non pas dogmatique. S'il a dit vrai, il ne laissera pas l'idéologie ultraconservatrice ici à l'oeuvre dicter la politique de son gouvernement.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca
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