Aveux du candidat David Grégoire - Plusieurs libéraux sont embarrassés

Le premier ministre Jean Charest et le leader parlementaire Jean-Marc Fournier ont réitéré leur foi dans les enquêtes policières.<br />
Photo: Agence Reuters Jacques Boissinot Le premier ministre Jean Charest et le leader parlementaire Jean-Marc Fournier ont réitéré leur foi dans les enquêtes policières.

Québec — À la veille du vote sur la motion de censure contre le gouvernement Charest, les révélations d'un candidat libéral qui affirme avoir accepté de l'argent comptant ainsi que la prise de position de l'ancien président du Parti libéral du Québec, Robert Benoît, en faveur d'une enquête sur ce parti ont donné des munitions à l'opposition, tandis que certains députés libéraux trahissaient leur embarras.

«C'est un drame qu'on est en train de vivre. C'est grave, ce qui se passe au Québec», a déclaré la chef du Parti québécois, Pauline Marois, avant la réunion du caucus de ses députés.

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, la chef de l'opposition officielle a fait l'énumération des révélations qui ont jalonné la dernière année, à commencer par celles qu'ont suscitées Marc Bellemare et la commission Bastarache, pour finir avec l'aveu du candidat libéral défait dans la circonscription de Masson, David Grégoire, et la sortie de Robert Benoît, qui, après avoir affirmé au Devoir la semaine dernière que le PLQ était devenu «une machine à ramasser de l'argent», réclame aujourd'hui «une enquête en profondeur» sur le parti. «Le gouvernement se réfugie, se retranche dans le déni», a accusé Pauline Marois. «Pendant combien de temps les députés libéraux vont-ils continuer à cautionner le refus du premier ministre [de tenir une commission d'enquête]?», a-t-elle demandé.

Candidat libéral défait dans la circonscription de Masson, David Grégoire a déclaré à Radio-Canada qu'il avait accepté à deux reprises de l'argent comptant, une enveloppe de 3000 $ pour lui-même puis une liasse de billets de banque que lui aurait donnée l'entrepreneur Luigi Salvatore et qu'il a remise à son organisateur Alain Gauthier. David Grégoire s'est aussi adressé à l'escouade Marteau tandis que le Directeur général des élections a annoncé qu'il ferait enquête.

Après le PLQ, qui a nié avec vigueur les allégations du candidat libéral, l'entrepreneur Luigi Salvatore a envoyé hier, par l'entremise de ses avocats, une mise en demeure à David Grégoire lui enjoignant de se rétracter immédiatement, à défaut de quoi il intentera une poursuite formelle en diffamation.

Malaise chez les libéraux

«Je suis perturbé par tout ce que j'apprends, a reconnu le député de Verdun, Henri-François Gautrin. C'est des pratiques qui ne doivent pas exister.»

«C'est plutôt étonnant», a dit la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Line Beauchamp, tout en saluant le fait que David Grégoire ait communiqué avec l'escouade Marteau. «C'est vraiment la bonne chose à faire.» Pour le député de la circonscription de Jean-Lesage, André Drolet, ces dernières révélations indiquent que «l'opération Marteau commence à faire effet».

Interrogé sur la question de savoir s'il était «perturbé» par les aveux de David Grégoire, le député de Rivière-du-Loup, Jean D'Amour, lui-même impliqué dans une affaire d'enveloppe d'argent, a répondu: «Pas vraiment.»

Le whip libéral, Pierre Moreau, a repris la position du parti. «Je n'ai aucune idée pourquoi on croirait M. Grégoire», a-t-il dit.

Durant toute la période de questions, l'opposition a frappé sur le même clou, réclamant une commission d'enquête. «On assiste maintenant à un festival d'enveloppes remises à des politiciens», a lancé la leader parlementaire de l'Action démocratique du Québec, Sylvie Roy. «C'est devenu presque banal de voir des enveloppes bourrées d'argent comptant à la télévision. Ce n'est pas des acteurs, c'est des anciens membres du Parti libéral. Qu'est-ce que ça prend pour que le premier ministre déclenche enfin cette enquête?»

L'opposition officielle a cité le témoignage d'un ancien policier de la Sûreté du Québec, Clément Bousquet, qui a participé à la Commission d'enquête sur le crime organisé (CECO) et à la commission Cliche dans les années 1970. M. Bousquet juge que, non seulement une commission d'enquête ne nuirait pas au travail des policiers, mais que les enquêtes policières ne permettent pas de forcer un accusé à parler. Personne n'est obligé de collaborer avec la police, contrairement à une commission d'enquête qui peut sommer quelqu'un à témoigner.

Tant le premier ministre Jean Charest que le leader parlementaire Jean-Marc Fournier et le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, ont réitéré leur foi dans les enquêtes policières. «Ça prend des faits, ça prend des preuves», a dit Jean Charest.

«On fait peu de cas de la présomption d'innocence, qu'on considère comme un caprice pour protéger les coupables», a soutenu Robert Dutil, alors que «c'est un pilier de notre liberté».
14 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 24 novembre 2010 01 h 26

    DES PETITS COMIQUES, NOS LIBÉRAUX PROVINCIAUX...

    Le président du parti et le whip en chef, M Moreau ont "fait les vérifications requises dans les circonstances".
    EXEMPLE:
    Moreau:" Aie Gauthier, le petit Grégoire dit qu'il t'a remis de l'argent..."
    Gauthier: "T'es tu malade. Je ne sais pas d'où il sort cela"
    Et ainsi de suite.
    Puis à la télé, d'un calme sérieux: " Nous avons fait les vérifications..."
    On voit tout de suite que ces personnes ne sont pas à la veille de faire parti de la police.
    Moi à la place des députés libéraux, je serais gênée. Plus tard, dans quelques années, ils vont venir à la TV, au Show de Denis Lévesque, faire leur mea culpa. Désolé, vous allez vivre avec le remord jusqu'à la fin de vos jours

  • pierre savard - Inscrit 24 novembre 2010 07 h 49

    Merveilleux

    Non seulement vivons-nous dans État en quasi faillite, mais en plus notre classe politique est corrompue ! Incompétente on le savait , mais corrompue ? À moins qu'il n'y ait un lien entre corruption et endettement de notre État ? Si on regarde dans l'histoire, on s'aperçoit effectivement que les pays qui ont fait faillite ont souvent été corrompus (URSS, Grèce, Portugal,Espagne, Zimbabwe, etc, etc.).

  • glanglais - Inscrit 24 novembre 2010 08 h 53

    La journée des braves

    Bonjour,

    Le régiment Charest débarque aujourd'hui sur le champs de bataille. Compte-t-il dans ses rangs des héros potentiels? Aurons-nous l'occasion de connaître les braves, s'il y en a? La guerre contre la corruption ne se gagnera pas avec des peureux ni avec des lâches.

    Gaston Langlais - Gaspé

  • Limila - Inscrit 24 novembre 2010 09 h 38

    Question

    Que veut dire "whip libéral" SVP ? Le dictionnaire propose pour whip fouet ou cravache ...

  • Claude Archambault - Inscrit 24 novembre 2010 09 h 55

    une petite observation

    Ce M. David Grégoire était en réalité un poteau dans ce conté, il n'avait absolument aucune chance d'être élu. Quand on commet une faute de cette nature ou qu'on tente de soudoyer un futur député il est convenu qu'on s'attend à un retour d’ascenseur. Et dans ce cas il n'y avait aucune possibilité alors pourquoi? Dans le cas de Laval, la rumeur veut que le maire Vaillancour a tenté de soudoyer M. Ménard un péquiste puis il a fait de même avec un libéral. Quelqu'un qui tentera d’obtenir des faveurs payera ou tentera de payer tous ceux qui on la moindre chance de prendre le pouvoir.

    Dans ce cas ci il y a lieu de sérieusement se questionner sur le député lui même. Qui LUI avait toutes les chance d'être élu et que de payer l'autre candidat n'avait que pour but d'assurer les apparence de neutralité de la part du donateur.

    Et que CE député actuel ne dise rien à ce sujet est troublant. Je suis certain qu'il s'est vu offrir une sommes beaucoup plus grande qu'il a probablement accepté sinon il serait au devant pour justement se montrer plus blanc que neige. Son silence en dit long sur sa culpabilité probable.