La carte partisane
Ce n'est pas parce qu'on est indépendant, objectif et politiquement neutre que l'on est aussi doté de sagesse et d'une vision globale de la société. La récente proposition du Directeur général des élections sur la refonte de la carte électorale l'illustre malheureusement trop bien. En proposant d'abolir trois circonscriptions rurales (Matane, Kamouraska-Témiscouata et Lotbinière) pour en ajouter trois dans la grande région métropolitaine, M. Blanchet invoque le principe de la représentation effective, un principe louable qui veut que le vote de chacun ait un poids égal. Appliqué à la lettre, ce principe accorderait les deux tiers des députés à la région de Montréal.
Soucieux de redorer son blason de plus en plus sombre, le premier ministre a décidé de suspendre les pouvoirs du DGE et de se transformer en héraut des régions. Grand bien lui fasse, mais personne n'est dupe. Ceci n'est qu'un autre triste épisode dans le grenouillage partisan qui depuis des années pourrit les discussions sur la carte électorale, le financement des partis et la réforme du mode de scrutin. On sait que, dans les trois cas précités, l'objectif poursuivi ressemble à s'y méprendre au statu quo.
Regardons de près ce qui constitue un comté urbain et un comté en région. Le comté urbain n'a dorénavant plus de signification démocratique autre que celle de la représentation politique de ses constituants. Il ne s'agit pas d'une entité économique ou sociologique précise et concrète. Ainsi, on retrouve dans la même circonscription des pauvres de Saint-Henri et des millionnaires de Westmount. Le député traite de peu de dossiers importants et sert finalement de guide pour ses commettants dans le labyrinthe bureaucratique. Une fermeture d'usine dans Hochelaga-Maisonneuve ne signifie plus comme avant une hausse du chômage dans le quartier. Les emplois perdus ou créés le sont à l'échelle de la ville ou de la région montréalaise et les conséquences ne sont pas localisées ni permanentes. Le bassin d'emploi est large, les offres diversifiées. Somme toute, une circonscription urbaine est une mise en carte géographique d'un nombre donné d'électeurs dont l'immense majorité ne rencontrera jamais son député et ne bénéficiera pas directement de son action.
***
En région éloignée ou rurale, le comté est un outil de pouvoir, une sorte de forteresse, et le député, un acteur beaucoup plus déterminant pour la vie collective que cela est le cas pour les comtés urbains. Quand le dépanneur de Sainte-Flavie ferme, quand une grande enseigne d'alimentation quitte un village, quand une station-service cesse d'être rentable, c'est toute la vie d'une communauté qui en est modifiée. Alors, pensons à la fermeture d'une scierie, à un conflit à propos des quotas de pêche, à un programme de développement ou de récolte de la forêt publique, à des perspectives de forage pétrolier, à la chute des prix pour le bois de coupe, à la baisse de la demande, pensons aux tentatives des petits producteurs agricoles de percer sur les marchés locaux, à la mise en valeur des produits du terroir. Voilà le menu quotidien et régulier de la vie d'une circonscription comme celle de Kamouraska-Témiscouata.
Quand une scierie ferme, c'est un village qui agonise, puis un dépanneur qui déclare faillite. Les travailleurs ne peuvent compter sur un large bassin industriel pour se trouver un autre emploi. Ils font face au déracinement. Voilà le poids humain, concret, tragique souvent, des situations vécues dans une circonscription rurale ou éloignée des grands centres. C'est cela, bien plus que la densité démographique ou la taille du territoire, qui devrait dicter et protéger l'existence d'une circonscription.
Le Parti libéral et le Parti québécois connaissent très bien la véritable solution à ce problème: c'est soit la création d'une Chambre des régions dotée de pouvoirs réels, une sorte de Sénat régional, soit un scrutin mixte où un nombre signifiant de députés seraient élus à la proportionnelle selon les régions. En théorie, les deux grands partis s'entendent sur une réforme qui s'inspirerait de ces principes. Mais les deux partis, dans une même hypocrisie de plus en plus scabreuse, s'entendent pour que cette réforme ne puisse jamais voir le jour. Des libéraux, cela ne surprend pas. Mais l'attitude du Parti québécois, qui réclame depuis 40 ans dans son programme l'adoption d'un scrutin proportionnel, choque et scandalise encore plus. On sait les raisons de cette paralysie des convictions: le PQ craint que des élections régies par un scrutin doté d'une forte dose de proportionnelle ne lui donne jamais la majorité absolue, l'empêchant ainsi de déclencher un autre référendum.
En faisant tabula rasa sur la refonte proposée par le DGE, le gouvernement fait place, dit-il, à une période de réflexion dont le principal objectif serait de maintenir le poids des régions tout en assurant une représentation effective. Pourquoi ne pas en profiter pour s'atteler une fois pour toutes à tous ces sujets qui sont intrinsèquement reliés: la carte électorale, le mode de scrutin et le financement des partis? Un scrutin proportionnel mixte, une limite de 300 $ pour les dons individuels aux partis, un financement public des partis et l'abaissement à 5 % du vote pour le remboursement des dépenses électorales, tout cela permettrait une plus grande démocratie, une protection des régions et l'assurance d'une meilleure offre démocratique. Je me surprends encore d'être capable de rêver.
Soucieux de redorer son blason de plus en plus sombre, le premier ministre a décidé de suspendre les pouvoirs du DGE et de se transformer en héraut des régions. Grand bien lui fasse, mais personne n'est dupe. Ceci n'est qu'un autre triste épisode dans le grenouillage partisan qui depuis des années pourrit les discussions sur la carte électorale, le financement des partis et la réforme du mode de scrutin. On sait que, dans les trois cas précités, l'objectif poursuivi ressemble à s'y méprendre au statu quo.
Regardons de près ce qui constitue un comté urbain et un comté en région. Le comté urbain n'a dorénavant plus de signification démocratique autre que celle de la représentation politique de ses constituants. Il ne s'agit pas d'une entité économique ou sociologique précise et concrète. Ainsi, on retrouve dans la même circonscription des pauvres de Saint-Henri et des millionnaires de Westmount. Le député traite de peu de dossiers importants et sert finalement de guide pour ses commettants dans le labyrinthe bureaucratique. Une fermeture d'usine dans Hochelaga-Maisonneuve ne signifie plus comme avant une hausse du chômage dans le quartier. Les emplois perdus ou créés le sont à l'échelle de la ville ou de la région montréalaise et les conséquences ne sont pas localisées ni permanentes. Le bassin d'emploi est large, les offres diversifiées. Somme toute, une circonscription urbaine est une mise en carte géographique d'un nombre donné d'électeurs dont l'immense majorité ne rencontrera jamais son député et ne bénéficiera pas directement de son action.
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En région éloignée ou rurale, le comté est un outil de pouvoir, une sorte de forteresse, et le député, un acteur beaucoup plus déterminant pour la vie collective que cela est le cas pour les comtés urbains. Quand le dépanneur de Sainte-Flavie ferme, quand une grande enseigne d'alimentation quitte un village, quand une station-service cesse d'être rentable, c'est toute la vie d'une communauté qui en est modifiée. Alors, pensons à la fermeture d'une scierie, à un conflit à propos des quotas de pêche, à un programme de développement ou de récolte de la forêt publique, à des perspectives de forage pétrolier, à la chute des prix pour le bois de coupe, à la baisse de la demande, pensons aux tentatives des petits producteurs agricoles de percer sur les marchés locaux, à la mise en valeur des produits du terroir. Voilà le menu quotidien et régulier de la vie d'une circonscription comme celle de Kamouraska-Témiscouata.
Quand une scierie ferme, c'est un village qui agonise, puis un dépanneur qui déclare faillite. Les travailleurs ne peuvent compter sur un large bassin industriel pour se trouver un autre emploi. Ils font face au déracinement. Voilà le poids humain, concret, tragique souvent, des situations vécues dans une circonscription rurale ou éloignée des grands centres. C'est cela, bien plus que la densité démographique ou la taille du territoire, qui devrait dicter et protéger l'existence d'une circonscription.
Le Parti libéral et le Parti québécois connaissent très bien la véritable solution à ce problème: c'est soit la création d'une Chambre des régions dotée de pouvoirs réels, une sorte de Sénat régional, soit un scrutin mixte où un nombre signifiant de députés seraient élus à la proportionnelle selon les régions. En théorie, les deux grands partis s'entendent sur une réforme qui s'inspirerait de ces principes. Mais les deux partis, dans une même hypocrisie de plus en plus scabreuse, s'entendent pour que cette réforme ne puisse jamais voir le jour. Des libéraux, cela ne surprend pas. Mais l'attitude du Parti québécois, qui réclame depuis 40 ans dans son programme l'adoption d'un scrutin proportionnel, choque et scandalise encore plus. On sait les raisons de cette paralysie des convictions: le PQ craint que des élections régies par un scrutin doté d'une forte dose de proportionnelle ne lui donne jamais la majorité absolue, l'empêchant ainsi de déclencher un autre référendum.
En faisant tabula rasa sur la refonte proposée par le DGE, le gouvernement fait place, dit-il, à une période de réflexion dont le principal objectif serait de maintenir le poids des régions tout en assurant une représentation effective. Pourquoi ne pas en profiter pour s'atteler une fois pour toutes à tous ces sujets qui sont intrinsèquement reliés: la carte électorale, le mode de scrutin et le financement des partis? Un scrutin proportionnel mixte, une limite de 300 $ pour les dons individuels aux partis, un financement public des partis et l'abaissement à 5 % du vote pour le remboursement des dépenses électorales, tout cela permettrait une plus grande démocratie, une protection des régions et l'assurance d'une meilleure offre démocratique. Je me surprends encore d'être capable de rêver.
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