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    Mon exécution parlementaire

    27 octobre 2010 |Yves Michaud - Ancien député à l'Assemblée nationale du Québec | Québec
    Le 14 décembre 2000, l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité et sans débat une motion par laquelle elle condamnait des propos qu’Yves Michaud avait tenus. Citant le chanoine Lionel Groulx, M. Michaud avait affirmé que les Québécois devraient s’inspirer de l’«âpre volonté de survivance», de l’«invincible esprit de solidarité» et de l’«impérissable armature morale» du peuple juif.<br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le 14 décembre 2000, l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité et sans débat une motion par laquelle elle condamnait des propos qu’Yves Michaud avait tenus. Citant le chanoine Lionel Groulx, M. Michaud avait affirmé que les Québécois devraient s’inspirer de l’«âpre volonté de survivance», de l’«invincible esprit de solidarité» et de l’«impérissable armature morale» du peuple juif.
    • Nous publions l'allocution prononcée hier soir par M. Michaud à l'occasion du lancement du livre L'Affaire Michaud. Chronique d'une exécution parlementaire (Gaston Deschênes, Septentrion)
    Je me suis régalé du livre de Gaston Deschênes, ancien directeur de la recherche à l'Assemblée nationale du Québec, non que j'en sois le sujet, mais quelle maîtrise des faits, de la langue, d'une histoire rocambolesque, d'un événement sans précédent depuis l'instauration des institutions démocratiques issues du suffrage universel il y a plusieurs siècles! Le fait que l'Assemblée nationale, dont je fus jadis un acteur insoumis, se soit égarée et transformée en Parlement croupion a entaché le respect que j'avais pour cette institution.

    Dix ans après le vote de la motion scélérate du 14 décembre 2000, je reste encore abasourdi devant l'obéissance aveugle de députés présumés d'intelligence et a priori respectueux des droits et libertés de la personne. À l'appel des chefs de la meute parlementaire, péquiste et libérale, j'ai vu de mes yeux vus, ce jour-là, 109 d'entre eux, chiens couchants aux ordres des maîtres et de leurs séides, d'une servilité à faire vomir, jeter l'opprobre sur le citoyen que je suis. Pas un seul ne s'est levé pour poser une question d'une simplicité évangélique. Pouvons-nous prendre connaissance des propos que nous sommes appelés à condamner? Motus et bouche cousue.

    Je les ai vus sortir d'une boîte à ressort et condamner des propos dont aucun n'a lu un traître mot. Tous ont renoncé à leur libre arbitre et à l'exercice de leur jugement, aplatis, muets, rampants, avachis devant l'imperium des chefs de violer impunément les droits fondamentaux de la personne: liberté d'expression, comparution de l'intimé, lecture de l'acte d'accusation et réponse de l'intimé, procès en bonne et due forme suivant la règle millénaire de l'audition des parties (audi alteram partem).

    Écartèlement

    Tout cela me fut refusé mesquinement. Qu'avais-je donc dit, juste Ciel, pour subir cet écartèlement obscène sur la place publique? La motion maudite dénonce «les propos inacceptables à l'égard des communautés ethniques et, en particulier, à l'égard de la communauté juive tenus par Yves Michaud à l'occasion des audiences des états généraux sur le français à Montréal». Voici ce que j'ai dit, extrait du texte officiel de la commission Larose: «Mes propres citoyens devraient suivre l'exemple de ce que le chanoine Groulx disait à propos du peuple juif.» Le chanoine Groulx invitait ses compatriotes «à posséder, comme les Juifs, leur âpre volonté de survivance, leur invincible esprit de solidarité, leur impérissable armature morale», ajoutant que «l'antisémitisme était une attitude antichrétienne et que les chrétiens sont, en un sens, spirituellement sémites».

    Allô! Propos inacceptables! Allô! Motion de blâme! Allô! Indépendance des élus de la nation!

    Il y a des jours, disait quelqu'un dont je ne me souviens plus du nom, où je suis étonné de la stupidité des hommes, mais stupéfait qu'elle n'aille pas plus loin! Au pays du Québec, sous le couvert de l'immunité parlementaire, les massacreurs de réputations peuvent s'en donner à coeur joie, protégés par le silence ouaté des tribunaux qui ne voient rien de répréhensible à ce que les élus de la nation procèdent à une exécution sommaire. Sous un Parlement [en état d'] hypnose et la complicité d'anciens ministres conservateurs du Parlement fédéral, recyclés dans la politique québécoise, j'ai été jeté en pâture et au mépris de mes compatriotes.

    Meneurs hargneux

    Le chef du PQ et son vis-à-vis libéral ne pouvaient souffrir qu'un franc-tireur revienne à l'Assemblée nationale. La parade était facile: M. Bouchard n'avait qu'à refuser de signer mon éventuelle investiture dans Mercier. Point final. En guise de substitution, avec la complicité joyeuse et hypocrite de l'opposition, l'Assemblée nationale me crucifie sur la place publique. Avec des relents de république bananière, je frémis en évoquant une souveraineté québécoise sous Lucien Bouchard. Horresco referens!

    Dix ans se sont écoulés et 22 députés*, participants à la curée du 10 décembre 2000, ronflent dans leur fauteuil capitonné comme si rien ne s'était passé. Dix longues années sans que l'Assemblée corrige ses règlements qui permettent des saloperies du genre de celles dont j'ai été la cible. MM. Bouchard et Charest, vous vous êtes comportés de façon malpropre à mon égard. J'ai essayé sans succès d'oublier votre rancoeur à mon endroit. Vous ne vous êtes pas grandis en cherchant à me déshonorer.

    Le 14 décembre 2000, vous avez dépassé les bornes de la décence et de la justice. Je me prends à espérer, sans trop y croire, qu'une autre Assemblée nationale, débarrassée de meneurs hargneux, retrouvera son honneur et sa dignité perdus, tant et aussi longtemps qu'elle ne modifiera pas ses règlements qui l'autorisent à se transformer en tribunal d'inquisition.

    * Des 109 députés qui ont voté la motion ignoble, 22 siègent encore à l'Assemblée nationale. Parti québécois: (9) Pauline Marois, Agnès Maltais, Nicole Léger, Louise Beaudoin, Claude Pinard, Sylvain Simard, François Gendron, Stéphane Bédard, Danielle Doyer. Parti libéral: (13) Jean Charest, Pierre Paradis, Yvon Vallières, Laurence S. Bergman, Fatima Houda-Pepin, François-Henri Gautrin, Jean-Marc Fournier, Pierre Marsan, Line Beauchamp, Geoffrey Kelly, David Whissell, Yvon Marcoux, François Ouimet.
     
     
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