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Le bulletin de l'opposition

Michel David   13 juin 2002  Québec
Mario Dumont a réussi à bousculer non seulement les plans du gouvernement, mais également ceux de l'opposition officielle, qui n'est certainement pour rien dans la déconfiture du PQ. On peut discuter son programme, qui semble en perpétuelle évolution, mais le chef de l'ADQ a indéniablement dominé la scène politique québécoise depuis la victoire de son parti à l'élection partielle dans Saguenay. A

Certains voient dans la députée de Bonaventure, Nathalie Normandeau, une future chef du PLQ. C'est aller un peu vite en affaires. Mme Normandeau est nettement la meilleure de son camp à l'Assemblée nationale, mais on attend toujours la publication d'une politique un peu articulée en matière de développement régional. B


Contrairement à la plupart de ses collègues, qui se contentent de critiquer, il arrive fréquemment au porte-parole libéral en matière d'Énergie et Ressources, Claude Béchard (Kamouraska-Témiscouata) d'y aller de suggestions plus constructives. Le mois dernier, il a proposé une série de mesures pour venir en aide à l'industrie du bois d'oeuvre, mise à mal par la surtaxe imposée par les États-Unis. B


Depuis le début de la session, le député de Vaudreuil, Rémi Marcoux, a talonné le ministre de l'Éducation, Sylvain Simard, pour lui faire admettre que la réforme scolaire serait bel et bien retardée. M. Marcoux n'est pas le plus spectaculaire des parlementaires, mais M. Simard lui-même a dû reconnaître la valeur de sa contribution aux travaux parlementaires. B


Le nouveau député adéquiste de Saguenay, François Corriveau, a accompli un bel exploit en raflant un siège que les libéraux étaient convaincus de ravir au PQ. On peut très bien comprendre qu'il soit un peu nerveux à l'Assemblée nationale, mais il devra apprendre à se calmer quand la présidente de l'Assemblée nationale lui adresse des remontrances. Il devra également s'habituer aux sarcasmes des libéraux. Son chef se fait insulter depuis huit ans. Il s'est même fait traiter de «petit crosseur» par le prédécesseur de Louise Harel. B-


Le porte-parole libéral en matière de Santé, Jean-Marc Fournier, avait la partie belle face à Rémy Trudel. Il est nettement plus difficile de jouer avec les chiffres face à un comptable. Le député de Châteauguay illustre très bien l'incapacité des libéraux de présenter une alternative crédible au gouvernement Landry. Quand il a dévoilé son plan pour un «gouvernement de la santé», commentateurs et analystes ont été pratiquement unanimes à le décrier. C-


Le leader de l'opposition, Pierre Paradis, n'a pas à être fier de sa fin de session. Aussi inquiets que les péquistes du résultat des élections partielles de lundi prochain, les libéraux ont manqué à leur devoir d'opposition en laissant le gouvernement mettre prématurément fin aux travaux parlementaires, plutôt que de laisser à Mario Dumont le loisir de triompher à l'Assemblée nationale. C-


Le porte-parole de l'opposition en matière constitutionnelle, Benoît Pelletier (Chapleau), n'a pas été très convaincant quand il a tenté d'expliquer pourquoi le PLQ avait tant tardé à joindre sa voix à celle du gouvernement pour dénoncer le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces. Encore une fois, l'intérêt du parti a semblé prendre le pas sur celui de la patrie. C-


À chaque session, le député de Saint-Laurent, Jacques Dupuis, perd un peu plus de crédibilité. En février dernier, il a cru découvrir que des motards criminalisés s'étaient infiltrés parmi les agents correctionnels. La SQ a fait enquête et n'a rien trouvé. M. Dupuis a fait la proposition la plus loufoque de l'année en réclamant la tenue d'une enquête publique pour déterminer le rôle que son propre parti a pu jouer dans l'embauche d'un détective privé pour épier les faits et gestes de l'ancien président de la SAQ, Gaétan Frigon. D


Égal à lui-même, le député de Marquette, François Ouimet, pensait avoir déterré un autre scandale dans le coût des rénovations de l'édifice Honoré-Mercier, qui abritait les bureaux du premier ministre depuis l'époque de Louis-Alexandre Taschereau, jusqu'à ce que Robert Bourassa déménage au bunker. «Bernard, c'est assez!», a-t-il lancé. Tout le monde a ri de lui. D


On savait que son collègue de Chomedey, Thomas Mulcair, pouvait être très vicieux dans ses questions à l'Assemblée nationale, mais il a dépassé les bornes de la goujaterie quand il a qualifié l'ancien ministre Yves Duhaime de «vieille plotte», qu'il désirait voir condamnée à la prison pour trafic d'influence. En fait, il semble que M. Mulcair ait plutôt dit «vieille guidoune», mais il n'a pas cru bon d'insister pour rectifier les faits. E


Le club des silencieux du PLQ a perdu la moitié de ses membres au cours des derniers mois. À la session d'automne, huit députés n'avaient posé aucune question à l'Assemblée nationale. Trois d'entre eux sont encore une fois demeurés muets: André Bourbeau (Laporte), William Cusano (Viau) et Réjean Lafrenière (Gatineau). Robert Middlemiss (Pontiac) s'est joint au groupe. Alors qu'on le croyait à son dernier mandat, M. Bourbeau laisse courir la rumeur qu'il pourrait se représenter. Certains disent que ce grand amateur d'art lyrique vise le ministère de la Culture; d'autres lui prêtent l'intention de troquer ce comté très sûr pour les libéraux contre la promesse d'être nommé président de la Place des Arts. E


Comme chacun sait, le mieux est l'ennemi du bien. En devenant la première femme à accéder à la présidence de l'Assemblée nationale, Louise Harel s'est donné comme mission de policer les moeurs parlementaires. L'intention est certainement louable, mais il ne faudrait pas sauter par-dessus le cheval. Dans son grand désir de bienséance, Mme Harel a décidé d'interdire des mots aussi usuels en politique que «démagogie» ou «arrogance».


Il est désormais interdit de dire que le ridicule peut tuer. Mme la Présidente estime en effet que c'est blessant. Accuser l'opposition libérale d'être «complice» d'Ottawa est également défendu. Vivement les élections, parce que les débats risquent de devenir bien ennuyants.






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