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Leaders syndicaux - Des millions de travailleurs en fête ensemble

«On ne rêve pas dans l’abstrait, mais à partir de nos racines et de notre histoire collective»

Réginald Harvey   22 juin 2003 20h57  Québec
La Fête nationale au parc Maisonneuve, à Montréal.
Photo : Jacques Nadeau
La Fête nationale au parc Maisonneuve, à Montréal.
Ils sont à la tête des trois grandes centrales syndicales québécoises et, à ce titre, représentent près d’un million de travailleurs de la FTQ, de la CSN et de la CSQ. À l’occasion de la Fête nationale, les leaders syndicaux Henri Massé, Claudette Carbonneau et Monique Richard saluent cet événement en leurs mots.

La présidente de la Centrale des syndicats du Québec est inspirée par le thème de cette année, «Rêver bleu»: «Avec les images proposées, on voit déjà la présence de la mer, des fleurs et du relief géographique. C’est intéressant, ça témoigne de ce qu’est la nature québécoise. Quand je vois tout cela, je me réfère à la musique qu’on appelle le blues; c’est la détente et, en même temps, je trouve que c’est une sorte d’envoûtement. Le ciel est lui aussi bleu; c’est la douceur et la plénitude. Même si le vert est la couleur de l’espoir, j’ai l’impression que le bleu nous donne un message de continuité, d’espérance.»
Comment Monique Richard envisage-t-elle la Fête nationale pour les travailleurs du monde de l’éducation que la CSQ représente en majeure partie? «C’est l’expression des valeurs, de ce que nous sommes comme peuple. Ça réfère à notre histoire, à notre culture et à notre langue. Je pense que, dans le monde de l’éducation, on est appelé — et on en a la responsabilité avec les jeunes et les enfants — à transmettre en partie l’héritage du passé, à dire ce que nous avons été. Si on veut savoir où on va, il faut savoir un peu d’où on vient. Il nous appartient de faire connaître les valeurs de notre société et du peuple québécois. Il faut montrer sa culture et son histoire aussi pour que ces jeunes-là s’imprègnent de ce que nous sommes. Il y a dans ce sens une connotation particulière pour le milieu de l’éducation.»
Les gens de l’éducation, ce sont des gens de langue et de parole: «Ils sont aussi soucieux de protéger les valeurs et une certaine tradition, tout cela dans le contexte pluriethnique que nous vivons. Ils font face au défi de faire en sorte que, dans le milieu scolaire, peu importe le niveau d’âge sur lequel on intervient, les gens de toutes les nationalités se sentent imprégnés de cette réalité québécoise; sans remettre en cause leurs propres cultures, ceux-ci ont à connaître celle du Québec, et l’histoire des Québécoises et des Québécois, pour ainsi développer un intérêt pour la langue française et pour vivre ici avec ce que nous sommes.»
Monique Richard espère que la Fête nationale sera joyeuse pour les travailleurs de l’éducation et toute la population: «Je leur souhaite une très belle fête. C’est le moment de réaliser la richesse québécoise, celle des personnes, de nos valeurs et de notre diversité. Québécoises et Québécois sont des bons vivants, des gens de parole, des gens de terrain. Je le dis souvent, ce sont des personnes “servies nature” [sic]. Il est important de faire valoir ces valeurs et ce que nous sommes pour que ce soit reconnu le plus possible. Il faut être dans les rues et au coeur des fêtes pour exprimer que nous sommes bien ensemble et que ces valeurs, on les partage.»

Un meilleur tissu social
Pour le président de la Fédération des travailleurs du Québec, Henri Massé, la Fête nationale est celle de toute la population québécoise: «Traditionnellement, c’était perçu beaucoup plus comme la fête des Québécois francophones de souche, mais au cours des dernières années, la direction de la Fête nationale s’est occupée d’en faire vraiment un événement qui touche l’ensemble des Québécois et des Québécoises, ce avec quoi nous sommes fort à l’aise. Dans certains milieux de travail, des changements se produisent; dans le grand Montréal, il y a des endroits où le caractère multiethnique des gens prend beaucoup d’importance. Le défi, c’est de faire en sorte que tout le monde se reconnaisse dans la Fête nationale.»
Il espère que les travailleurs s’identifieront toujours davantage au Québec: «Sans verser dans la démagogie et le chauvinisme, je pense qu’on vit dans une société qui est tissée un peu plus serré, qui est un peu plus solidaire que ce que l’on peut voir dans le reste de l’Amérique du Nord. Au nom de cette solidarité-là, je souhaite qu’on continue de bâtir un Québec de plus en plus égalitaire.» Il précise sa pensée: «Je le dis souvent à titre d’exemple: je demeure dans le quartier Côte-des-Neiges et je me promène en ville sans qu’il y ait de barrières. On passe librement de secteurs pauvres à des endroits complètement riches comme Westmount, Côte-Saint-Luc ou Hampstead. Je trouve qu’on a une belle ville et qu’il en est ainsi pour tout le Québec. Ça veut dire que nous avons mis en place un meilleur tissu social que celui que l’on retrouve dans la plupart des grandes villes nord-américaines. Ça signifie qu’il y a des organismes comme Centraide qui subventionnent plusieurs groupes communautaires travaillant de façon très importante à l’intégration et au respect des droits des travailleuses et travailleurs immigrants. Il y a un travail important qui se fait dans ce sens-là au Québec et on devrait continuer.»
Le goût de bâtir
Pour Claudette Carbonneau, présidente de la Confédération des syndicats nationaux, le thème de cette année, «Rêver bleu», est particulièrement bien choisi: «Je l’aime beaucoup. D’abord en raison du recours au rêve, qui représente pour moi l’espoir et l’ouverture sur l’avenir. Le rêve, bien sûr, c’est aussi des références au passé: on se remémore des choses qu’on a connues. On ne rêve pas dans l’abstrait, mais à partir de nos racines et de notre histoire collective. Pour ce qui est du bleu, cette couleur n’a rien à voir avec la nostalgie. Celle-ci évoque davantage les grands éléments de la nature que sont les eaux, la mer et le ciel. J’espère que toutes les composantes de la société québécoise vont se retrouver dans cette thématique et y puiser une certaine sérénité et le goût de bâtir ensemble.»
La présidente se félicite du fait que la CSN soit une sorte de microcosme de la société québécoise: «C’est vrai en termes de variété de métiers et de secteurs industriels ainsi que de la composition pluriethnique de nos membres.» Elle souhaite que la fête soit d’abord un événement festif: «J’espère que ce sera l’occasion de tirer une certaine fierté de ce que nous sommes, à savoir une nation originale en Amérique du Nord. J’espère que ça donnera à nos membres, comme à l’ensemble des Québécoises et des Québécois, le goût de se découvrir et de s’apprécier, que ce sera aussi le bon moment pour mieux se connaître dans toute la diversité que possède le peuple québécois.» Mme Carbonneau insiste sur le goût de réaliser des choses: «Je souhaite qu’on retrouve en toute sérénité le goût de bâtir, de construire ensemble, pour nous et pour les générations à venir, quelque chose de moderne et de très ouvert sur l’ensemble de l’humanité, sur toutes les nations.»
 
 
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