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Une nation

23 juin 2003  Québec
Le 24 juin est désigné comme la Fête «nationale» des Québécois. C'est parce que ceux-ci ont conscience de former une nation. Ni une région ni une tribu encore moins une ethnie. Une nation, c'est-à-dire, comme la définit Alain Touraine, une société qui a suffisamment débattu et réfléchi sur elle-même pour acquérir la conscience de former une communauté politique enracinée dans une histoire et dans une culture.

Cette nation est devenue pluraliste en changeant de vocable. Depuis les années 1960, nous nous désignons comme Québécois, ce qui inclut, bien sûr, la majorité d'ascendance canadienne-française, mais aussi tous les autres, immigrés des quatre coins du monde intégrés à cette communauté politique ouverte à tous les vents.

Au Québec, rares sont ceux qui nient ce caractère national. Le premier ministre Jean Charest a lui-même reconnu, il y a déjà quelques années, que le Québec forme une nation distincte. «Non seulement le Québec est-il une nation mais c'est une des nations qui ont, depuis 40 ans, remarquablement grandi», dit-il (allocution prononcée le 10 avril 2000 lors du lancement du recueil Penser la nation québécoise, publié chez Québec Amérique sous la direction de votre serviteur).

Cette déclaration de Jean Charest en avait surpris plus d'un. À peine trois ans auparavant, alors qu'il était chef du Parti progressiste-conservateur, à Ottawa, il suggérait aux premiers ministres provinciaux de s'atteler à la construction de «notre nation», le Canada. En 1997, il considérait le Québec et chacune des provinces comme des «régions» qui possèdent des «caractéristiques propres», dans notre cas une langue, une culture, le Code civil et des institutions (lettre au premier ministre du Nouveau-Brunswick, Frank McKenna, le 8 septembre 1997).

Ce double langage n'est pas fortuit et il n'est pas rare. Le mot nation est un concept vexant, disait Max Weber. Vexant parce que chargé d'émotion. Vexant aussi parce qu'il recoupe plusieurs significations.

Dans le cas du Québec, certains, comme Jean Charest sans doute, et comme Stéphane Dion, vont admettre que les Québécois forment une nation au sens culturel ou social du terme: un groupe d'individus partageant des caractéristiques communes qu'il faut protéger.

Récemment, on a vu quelques paroliers du Québec tentés par un repli sur cette identité socioculturelle. Or, dans la modernité, la nation socioculturelle n'a guère d'avenir, sinon la folklorisation ou l'assimilation.

***

Il y a longtemps, déjà, que la nation a évolué d'un concept essentiellement culturel à un concept foncièrement politique. Le mot nation vient du latin nascere, qui veut dire naître. La nation renvoie donc, dans sa signification originelle, à des peuples ou à des communautés intégrées culturellement par le langage, les moeurs et les traditions. À ce sens classique du mot nation se superpose, à compter des temps modernes, un sens concurrent: nation désigne le peuple devenu souverain au détriment de la monarchie et de l'aristocratie.

À partir du milieu du XVIIIe siècle, les deux acceptions commencent à se recouper. Avec la Révolution française, la nation devient la source de la souveraineté étatique et acquiert le droit à l'autodétermination politique. La communauté fondée sur la volonté démocratique se substitue à celle fondée sur la cohésion ethnique.

Ce transfert a été accentué avec la modernité. Celle-ci n'a nullement nié l'identité socioculturelle des sujets mais elle a forcé ceux-ci à se déterminer non plus en se fiant à la tradition ou aux coutumes qui, jadis, exerçaient sur chacun une pression terrible, mais en exerçant consciemment des choix.

Ces choix sont toujours influencés entre autres par l'identité de chacun. Je suis moi. Mais l'une des choses qui font que je suis ainsi est le fait que je suis Québécois. Mais ils ne sont plus «dictés» par la tradition. La liberté individuelle est trop chère à chacun pour remettre en question ce progrès. Au niveau collectif, les choix sont déterminés par la démocratie. Et donc par des institutions politiques.

La puissance de l'identité socioculturelle ne suffit plus pour unir une communauté. Dans le contexte moderne, la seule voie de sortie pour les groupes minoritaires est de se doter d'une existence collective de nature politique, protégée par des institutions qu'ils contrôlent. La démocratie, en effet, n'a aucun sens pour un groupe minoritaire si les choix collectifs sont faits au sein d'institutions dans lesquelles c'est toujours une majorité étrangère qui exerce le poids le plus déterminant.

Or, au sein de la fédération canadienne, le poids du Québec est en régression pour des raisons démographiques mais aussi parce que le gouvernement fédéral a vu s'étendre ses pouvoirs dans un nombre grandissant de domaines.

Renvoyer les Québécois à leur identité socioculturelle, c'est les renvoyer à une époque révolue où les communautés exerçaient un contrôle étouffant sur les individus, un contrôle dont les Québécois ont justement voulu se débarrasser avec la Révolution tranquille. Cette régression pourrait mener à la folklorisation de notre identité. Mais comme cette voie n'est la préférée de personne, il y aurait un risque élevé qu'elle mène plutôt à une assimilation ou à une soumission tranquille.

La seule manière de sauver la nation québécoise est de protéger et d'étendre ses pouvoirs politiques, et donc la sphère d'influence de ses institutions démocratiques. C'est d'autant plus vrai à l'ère de la mondialisation. Le sens de la Fête nationale ne peut être celui de la régression. Il ne peut être que celui de l'émancipation, de l'élargissement de la portée politique de notre nation.

Bonne Fête nationale!

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.

vennem@fides.qc.ca






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  • Mme et M. JMR et IJ
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    mardi 24 juin 2003 20h30
    Les nations amérindiennes
    « «Le mot nation vient du latin nascere, qui veut dire naître. La nation renvoie donc, dans sa signification originelle, à des peuples ou à des communautés intégrées culturellement par le langage, les moeurs et les traditions. À ce sens classique du mot nation se superpose, à compter des temps modernes, un sens concurrent : nation désigne le peuple devenu souverain au détriment de la monarchie et de l'aristocratie».

    Bonjour,
    On se souviendra qu'au XVIIe siècle, les Jésuites donnèrent aux différentes tribus amérindiennes le vocable de "nations": les nations iroquoises, la nation du Chat, la nation des Neutres, la nation des Écureuils, etc., n'étaient en somme que l'emplacement physique et social fondés sur le lien et le lieu de parenté. Mais déjà du temps des Jésuites, le mot nation avait le sens péjoratif ou dépréciatif de "communauté d'intérêt". Alors, qu'ont voulu dire exactement les Jésuites par "Nations", lieux d'origine ou liens d'intérêts collectifs? Les historiens n'ont, à ma connaissance, jamais relevés cette expression du champ sémantique. Nous disons toujours, "nations amérindiennes" mais dans quel sens du terme l'employons-nous aujourd'hui? »

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