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    Réseau Liberté-Québec: la droite fait le plein de mécontents

    24 octobre 2010 19h18 |Isabelle Porter | Québec
    QUÉBEC – Le nouveau mouvement de droite Réseau Liberté-Québec (RLQ) cible non seulement des adéquistes et des conservateurs déjà convertis, mais aussi des gens de tous horizons qui ont perdu confiance envers le gouvernement et les institutions de la Révolution tranquille.

    Réunis dans un hôtel de Québec pour le premier évènement public du RLQ, les ténors de la droite ont martelé, les uns après les autres, qu’il fallait s’attaquer à un État «obèse et tentaculaire».

    Accueillie en héroïne au début de la journée, la réalisatrice du documentaire «L’illusion tranquille», Joanne Marcotte a présenté la droite comme la solution aux scandales politiques des dernières mois, les gouvernements de centre étant condamnés, selon elle, à l’inefficacité.

    «Le gouvernement subventionne pour acheter des votes et peut-être financer des partis politiques», a-t-elle lancé devant environ 450 personnes. «Le Québec est cogéré par des puissants lobbies syndicaux et d’affaires».

    Remplie à craquer, la salle était dominée par des hommes (environ 9 pour chaque femme présente), dans la vingtaine ou la trentaine pour la plupart. Les discours regorgeaient d’ailleurs d’allusions à la virilité, alors qu’on opposait la liberté de choix «au maternage politique», la droite étant perçue comme l’incarnation d’un «leadership de conviction» face à un «consensus mou».

    «Dans un évènement du même genre en Alberta, je peux vous assurer que la moyenne d’âge n’est pas de 25 ans», a lancé, enthousiaste, le conférencier Ezra Levant. «Je suis très impressionné par la vigueur et l’énergie de cette salle.»

    Ancien conseiller de Stockwell Day et conservateur de longue date, M. Levant avait été invité à raconter sa croisade contre la Commission des droits de la personne en Alberta après que son journal eut publié les caricatures de Mahomet en 2006. Auteur d’un livre vantant les mérites des sables bitumineux (Ethical Oil), il vient d’être embauché comme animateur par Sun-TV, la nouvelle chaîne d'information continue de droite de Quebecor.

    Quebecor sur place

    À l’exception de CHOI-FM, les quotidiens de Quebecor étaient les seuls à tenir kiosque à l’évènement, où ils étaient distribués gratuitement. L’Institut Fraser et le Manning Center avaient aussi des kiosques. Réticent à accorder une entrevue, le représentant du Manning Center a insisté sur le fait qu’il avait été invité par le RLQ. Il s’est d’ailleurs fait solliciter sur place afin de financer le groupe québécois.

    Créé par Preston Manning après son retrait de la vie politique, le Manning Center for Building Democracy vise à renforcer les idées de droite à travers différents programmes d’études pour politiciens, conférences et activités de réseautage.

    Comme l’a plaidé le professeur Frédéric Têtu, la droite estime qu’elle doit se battre sur le front intellectuel pour s’imposer. «Le changement va arriver quand la guerre idéologique va être gagnée sur le terrain», a-t-il lancé au terme d’une table ronde sur le débat identitaire à laquelle participaient le député conservateur Maxime Bernier et le chef de l’ADQ Gérard Deltell.

    Le RLQ est sans le sou

    Rencontré sur place, le président de l’Institut économique de Montréal, Michel Kelly-Gagnon, a toutefois fait valoir que, contrairement au Manning Center qui a reçu 10 millions $ d’un homme d’affaires de Calgary à ses débuts, le RLQ est pour l’heure sans le sou. Un cocktail de financement a d’ailleurs clos la journée mais d’après l’organisation, l’objectif se limitait à  «payer» l’activité d’aujourd'hui. «C’est certain qu’on ouvre la porte à tous les dons mais moi je préfère recevoir 350 dons de 10 $ qu’un don de 350 000$», a dit le porte-parole du réseau, Guillaume S. Leduc.

    La plupart des inscrits semblaient satisfaits. Robert Bellerose était venu de Montréal avec sa conjointe «par curiosité» après avoir entendu parler du Réseau à la radio. M. Bellerose n’a jamais milité pour l’ADQ ou le Parti conservateur et ne se considère «pas nécessairement à droite» mais il aime «l’attitude » du RLQ, le fait qu’on lui propose «de prendre en main les choses» à travers une diminution de l’intervention gouvernementale et «plus d’individualisme».

    Maxime Bélanger, un jeune homme de 29 ans étudiant en économie était déjà intéressé à ces idées puisqu’il suivait les activités de l’IEDM. Refusant le qualificatif de droite, il préfère se décrire comme quelqu’un de «centre droit». Selon lui, un tel évènement est pertinent «parce qu’il va à l’encontre de ce qu’on entend d’habitude». «Ça me rejoint beaucoup. On passe tout le temps pour des méchants à cause de nos idées. Comme si on ne voulait pas prendre soin des opprimés ! On veut juste le faire plus efficacement.»

    Contrairement à M. Bélanger, un autre participant du nom de Pierre Bouchard n’a rien du parfait militant de droite. Artiste en arts visuels ayant grandi dans un milieu péquiste, il se dit de plus en plus séduit par des discours comme celui du RLQ. «J’ai commencé à lire des blogues sympathiques à l’ADQ en 2007 quand j’étais contre eux et ça me choquait», a-t-il raconté. «Puis il y a eu un changement et j’ai réévalué».

    Converti à l’idée de l’État «gros et tentaculaire», il aime qu’on propose de «redonner du pouvoir aux gens», une chose à laquelle on s’attend «de la part de la gauche naturellement». Et ce, en dépit de la tendance des Jeff Fillion (qui a fait un discours aujourd'hui) et autres de souvent décrire les artistes comme des parasites du système.

    Pour Roger Gagnon, un fonctionnaire à la retraite de l’Assemblée nationale, il faut en finir avec les «abus» et ceux qui «sont payés par l’État à ne rien faire à la maison». «On nous donne trop de choses qu’on ne veut pas avoir ou qu’on n’a pas les moyens de se payer, comme l’assurance médicament ou les CPE.»

    Une coalition plus large?

    À quel parti cela profitera-t-il ? Dans un discours sans dérapages, l’ancien animateur Jeff Fillion a déclaré que la démarche des Lucides ne constituait pas une réponse parce que c’est «le même modèle [que le modèle actuel] avec des tarifs en plus».

    Michel Kelly-Gagnon semblait pour sa part souhaiter l’émergence d’une coalition de la droite plus large. Selon lui, il y au Québec  entre 25 % et 40 % des gens qui ont une «sensibilité de libéralisme classique» et sont des orphelins politiques. «Qu’ils se retrouvent avec une maison politique, un véhicule, ce n’est que normal. Que ce soit Gérard Deltell, François Legault ou une figure politique encore inconnue», il souhaite que ces énergies «se canalisent en politique».

    À part l’ancien ministre péquiste Jacques Brassard qui prononçait une conférence sur le «climato-scepticisme», on retrouvait surtout des adéquistes et des conservateurs à l’évènement. D’Éric Caire à Sylvie Roy en passant par Jean Nobert ou Christian Lévesque, l’ADQ était particulièrement bien représentée tandis que Maxime Bernier et Steven Blaney y participaient pour le camp conservateur. Les organisateurs, qui sont pour la plupart d’anciens militants adéquistes, ont toutefois répété à satiété qu’ils ne souhaitaient pas devenir un parti politique.












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