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Un milliard de plus à la Santé, mais l'inquiétude subsiste

Isabelle Paré   13 juin 2003  Québec
Le budget Séguin a livré la marchandise hier en concrétisant la promesse des libéraux de donner la priorité à la santé. Mais les craintes des acteurs du réseau ne sont pas entièrement dissipées pour autant puisqu'on ignore toujours comment sera alloué ce 1,287 milliard additionnel à la santé.

En injectant 7,2 % de plus dans les services de santé l'an prochain, les libéraux porteront à 19,1 milliards le budget du ministère de la Santé et des Services sociaux, soit autant que ce qu'avait prévu le budget dévoilé en mars dernier par l'ex-ministre des Finances, Pauline Marois.

Soulagés de voir que l'investissement attendu est protégé, plusieurs acteurs du milieu de la santé ont applaudi à l'important effort consenti par le premier budget Séguin. «Le gouvernement donne suite à ses promesses en donnant une vraie priorité à la santé malgré le contexte actuel d'austérité. Toutefois, nous demeurons prudents dans nos commentaires puisqu'on ignore encore quel sera le taux d'indexation des dépenses pour les établissements», a fait valoir hier Daniel Adam, directeur général de l'Association des hôpitaux du Québec (AHQ).

Les hôpitaux réclament depuis des lustres un ajustement annuel de leurs budgets d'au moins 6,2 % pour couvrir les «coûts de système», soit la hausse attribuable à l'inflation, aux augmentations salariales ainsi qu'à la flambée du coût des médicaments. On s'attend aussi à ce que Québec «bonifie» son annonce du 22 mai dernier, où le ministre de la Santé, Philippe Couillard, avait déjà annoncé l'octroi de crédits pour réduire les listes d'attente au cours de la prochaine année.

Les hôpitaux attendent donc de connaître le détail des crédits qui seront dévoilés aujourd'hui pour savoir si le gouvernement a prêté une oreille attentive à leurs demandes.

On était toutefois moins enthousiastes hier à la Coalition Solidarité Santé, qui voit dans ce premier budget de l'ère libérale une réponse plus que décevante aux attentes du milieu. Somme toute, les montants annoncés sont les mêmes que ceux prévus au budget Marois, affirme la porte-parole Marie Pelchat. «Pour un parti qui s'était engagé à faire mieux, le résultat est très loin des attentes qu'il a créées en campagne électorale.» Si on soustrait les quelque 860 millions qui seront injectés dans les coûts de système et les 250 millions déjà annoncés par le ministre de la Santé en mai dernier, il ne reste plus que 170 millions pour améliorer les services à domicile, éponger les pertes du régime d'assurance-médicaments et couvrir les hausses de salaire des médecins spécialistes. «Le ministre Couillard devra ouvrir un département des miracles ou ce sera nous qui devrons ouvrir le cimetière des promesses reniées», a renchéri Mme Pelchat.

Du côté des infirmières, on s'interroge aussi sur la façon dont sera dépensé ce milliard supplémentaire injecté dans la santé. Jennie Skene, présidente de la Fédération des infirmiers et infirmières du Québec (FIIQ), se demande si le budget de la santé écopera de l'engagement pris par le ministre Yves Séguin de combler les dépassements budgétaires de 354 millions creusés par le gouvernement du Parti québécois. «Si on enlève cela au budget de la santé, ça vient diminuer la hausse réelle des dépenses», dit-elle.

Pour les médecins spécialistes, le budget Séguin vient confirmer le fait que le gouvernement Charest accorde un traitement privilégié à la santé. Malgré l'ampleur des sommes investies, rappelle toutefois le Dr Yves Dugré, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), les besoins à combler sont encore plus importants que ce que le budget prévoit. «Il faut donc continuer à travailler pour aller chercher des sommes du côté d'Ottawa», pense-t-il.

Par ailleurs, les médecins spécialistes se montrent encore une fois déçus de n'avoir rien vu dans le budget sur l'abolition de leurs plafonds salariaux, une mesure qui contribue encore aujourd'hui à limiter les activités de certains médecins. Cette mesure faisait d'ailleurs partie des promesses faites par les libéraux pour désengorger les listes d'attente. «Ça fait deux mois qu'ils sont au pouvoir et il n'y a toujours rien à ce sujet. Ils annoncent de l'argent, mais les patients, eux, attendent toujours d'être soignés», a-t-il déploré.

L'Association des CLSC et CHSLD, quant à elle, réservait hier ses commentaires pour aujourd'hui puisque seuls les crédits lui permettront d'en savoir plus long sur les intentions réelles du gouvernement Charest au sujet du réseau des CLSC et des services de santé de première ligne.






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