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    Le Maclean's sur la corruption au Québec - Charest défend les souverainistes

    Le premier ministre exige des excuses de la part du magazine

    30 septembre 2010 |Robert Dutrisac | Québec
    «Comme premier ministre, c’est important de parler au nom de tous les Québécois, incluant les souverainistes», a dit Jean Charest aux journalistes hier.<br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Comme premier ministre, c’est important de parler au nom de tous les Québécois, incluant les souverainistes», a dit Jean Charest aux journalistes hier.
    Québec — Le premier ministre Jean Charest s'est porté à la défense de l'État québécois et du mouvement souverainiste en demandant des excuses au magazine Maclean's pour son article qui affirme que le Québec est la province la plus corrompue au Canada.

    Dans une lettre virulente qu'il a fait parvenir à l'éditeur de Maclean's, Mark Stevenson, dimanche dernier, Jean Charest dénonce cet article qui fait «la démonstration d'une thèse simpliste et odieuse selon laquelle les Québécois seraient génétiquement incapables d'agir avec intégrité» et qui s'appuie sur «un amalgame d'informations erronées, d'allégations non démontrées prises au hasard de l'histoire, où vous mêlez le premier ministre Duplessis, les syndicats de la fonction publique, la Révolution tranquille, la place de l'État dans l'économie, nos racines catholiques et, surtout, le mouvement souverainiste».

    L'article «ne répond à aucun des standards habituels du journalisme», déplore le premier ministre. «Avec une telle dérive journalistique, une telle ignorance, n'importe quelle société pourrait être dépeinte sous un jour défavorable», écrit-il.

    «La thèse principale de l'article, c'est de dire que c'est la faute des souverainistes», a dit Jean Charest aux journalistes hier. «Comme premier ministre, c'est important de parler au nom de tous les Québécois, incluant les souverainistes.»

    Dans sa lettre, Jean Charest rappelle que «le Québec est parcouru depuis 40 ans par un débat fondamental sur son appartenance au Canada; ce n'est pas une tare, c'est même un signe de notre maturité démocratique et de nos valeurs: je connais peu d'endroits au monde où un enjeu aussi fondamental a pris la forme d'un courant politique légitime, démocratique et pacifique».

    L'article signé par Martin Patriquin, qui est accompagné par une analyse «sociologique» d'Andrew Coyne, évoque un lien entre l'importance de l'État au Québec et la corruption. «L'État québécois porte une très grande responsabilité sur la question de la langue, de l'identité», a fait valoir M. Charest devant la presse. «Les Québécois le veulent, le souhaitent. Moi, je suis très fier du rôle que joue l'État québécois.»

    L'autre raison avancée par Maclean's pour expliquer la corruption endémique au Québec, c'est le catholicisme. Celle-là, Jean Charest la trouve risible. «À cause de la religion catholique, il y aurait une tolérance pour le vice officiel, c'est nouveau pour moi, c'est une nouvelle théorie», a-t-il raillé.

    Jean Charest n'est pas le seul à critiquer le travail journalistique de Maclean's. Carole Beaulieu, l'éditrice du magazine L'Actualité, qui fait partie du conglomérat Rogers tout comme Maclean's, écrit sur le site Internet du magazine que ses professeurs de journalisme de l'Université Carleton, «un des bastions de l'orthodoxie et de la rigueur journalistiques canadiennes-anglaises, auraient mis un gros zéro au titre de la couverture de Maclean's». Elle pose une question de base: «Si le Québec est la pire province, Maclean's peut-il nous indiquer laquelle est la meilleure?»

    Dénonciation unanime à Ottawa

    À Ottawa, conservateurs, libéraux, bloquistes et néodémocrates ont fait front commun — pour une rare fois aux Communes — et déposé une motion dénonçant le dossier de Maclean's.

    Les parlementaires y ont souligné «que cette Chambre, tout en reconnaissant l'importance des débats vigoureux sur des sujets d'intérêt public, est profondément attristée par les préjugés véhiculés et les stéréotypes employés par le magazine Maclean's pour dénigrer la nation québécoise, son histoire et ses institutions».

    Jean Charest était convaincu, hier, qu'il n'obtiendrait pas d'excuses du magazine torontois. Il avait raison: dans un éditorial publié hier sur son site Internet et qui se retrouvera aujourd'hui dans son édition papier, la direction du magazine, qui s'appuie notamment sur l'opinion d'André Pratte et de Vincent Marissal de La Presse, persiste. Même si Maclean's reconnaît manquer de données statistiques prouvant que le Québec est la province la plus corrompue, il existe «une prépondérance de preuves» — les scandales qui, les uns après les autres, ont touché tous les ordres de gouvernement de la province — qui lui donne raison.

    Certains ont appelé au boycottage de Maclean's au Québec. Cela ne devrait pas affecter outre mesure le magazine. Le Québec compte pour moins de 5 % de son tirage, qui s'établit à 362 000 exemplaires au total pour l'ensemble du Canada.

    ***

    Avec la collaboration de Stéphane Baillargeon

    Avec La Presse canadienne












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