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Lac-saint-jean - Le PQ respire un peu mieux

Robert Dutrisac   12 juin 2002  Québec
Il s'est fait tirer l'oreille mais deux semaines après le déclenchement de l'élection partielle dans Lac-Saint-Jean, Jacques Brassard, foulant son orgueil blessé par une mise au rancart dictée d'en haut, a finalement accordé son appui à Stephan Tremblay.

Pourtant, quelques jours auparavant, celui qui a représenté la circonscription pendant 25 ans et qui a récolté des majorités écrasantes, à l'exception de 1985 où il avait tout de même fait un score honorable de 55 %, avait émis de sérieuses réserves sur les chances du candidat péquiste et lui avait prédit de «mauvaises surprises». Jacques Brassard avait d'ailleurs appuyé à l'investiture l'adversaire de Stephan Tremblay, Josée Bouchard.


Heureusement que Stéphan Tremblay, qui représentait la circonscription au fédéral depuis 1996 sous la bannière du Bloc québécois, pouvait compter sur sa propre organisation car, à son arrivée comme candidat péquiste, l'exécutif du Parti québécois avait démissionné en bloc et l'organisation péquiste faisait l'école buissonnière. Selon Pierre Laroche, l'organisateur en chef de Stephan Tremblay, c'est finalement la moitié des troupes de Jacques Brassard qui s'est ralliée au candidat.


Des quatre circonscriptions où se tiennent des élections partielles, Lac-Saint-Jean est la seule où le Parti québécois peut se targuer d'être en avance. Un sondage, effectué à la fin mai, plaçait Stephan Tremblay bon premier avec 57 %. Le candidat de l'Action démocratique du Québec, Jocelyn Fradette, un enseignant au secondaire de 33 ans, recueillait 32,4 % des intentions de vote et le candidat libéral, Jean-Claude Martel, un ex-syndicaliste et ex-conseiller municipal de 55 ans, fermait la marche avec 10 % des appuis.


Mais Pierre Laroche juge qu'il faut dégonfler ces chiffres. Avant la répartition des indécis, le candidat péquiste reçoit 45 % des appuis. C'est la proportion d'appuis fermes qui se confirme sur le terrain, précise-t-il. Alors qu'on concède à l'ADQ 30 % des voix, on relève au PQ le pourcentage élevé d'indécis: on ne prend donc rien pour acquis dans une élection partielle où tout peut se jouer sur le taux de participation.


Stephan, comme on l'appelle dans le comté, y jouit d'une grande notoriété. Son coup d'éclat d'emporter avec lui son siège de député fédéral en 1998 est d'ailleurs resté gravé dans les mémoires. S'il est élu le 17 juin, il deviendra, à 28 ans, le plus jeune député de l'Assemblée nationale.


«Ça va nous prendre plus qu'un candidat déménageur de chaise pour le comté», fait valoir le candidat de l'ADQ, Jocelyn Fradette. Selon lui, Stephan Tremblay ne pourra que perdre des appuis à mesure qu'on se rapproche du 17 juin. Il souligne qu'en 1998, il n'y avait qu'un adéquiste sur dix électeurs dans Lac-Saint-Jean et une trentaine de membres de l'ADQ il y a quelques mois à peine. Le candidat soutient que le membership approche les 500 membres et va croissant.


Pour les deux candidats péquiste et adéquiste, les libéraux sont «inexistants». Le PQ et l'ADQ se livrent bataille comme s'ils étaient fins seuls au royaume.


Cette absence n'est pas sans surprendre. Le Parti libéral a pourtant choisi un candidat connu. Mais s'il en est qui gagnent à être connus, Jean-Claude Martel a eu quant lui maintes occasions de marcher sur les pieds de bien du monde dans le comté, fait-on observer. Il fut président du syndicat de l'usine d'Abitibi-Consol mais peu de travailleurs l'appuient. Son passage comme conseiller municipal, qui s'est soldé par une défaite après quatre ans, ne fut pas probant. Pistonné par la nouvelle députée de Jonquière, Françoise Gauthier, le candidat n'a pas été choisi par les libéraux du comté mais fut imposé par la direction du parti. M. Martel est devenu membre en règle du Parti libéral il y a trois mois. «Depuis l'arrivée de Jean Charest, je flirtais beaucoup avec eux-autres», a-t-il dit pour expliquer sa conversion.


On commence à se demander si les libéraux vont parvenir à égaler leur score de 19 % de 1998 et si l'éternel candidat libéral perdant dans Lac-Saint-Jean tant à Québec qu'à Ottawa, Noël Girard, n'aurait pas mieux fait l'affaire. Les libéraux rappellent toutefois que l'appui au PLQ a été grandement sous-estimé par les sondages dans les circonscriptions de Laviolette et de Jonquière, qu'ils ont pourtant remportées. On compte sur la publicité télévisée — M. Martel est le seul candidat à se payer la télévision — pour requinquer la campagne, et sur une solide organisation capable de faire sortir le vote des centres d'accueil avec une efficacité hors pair.


Parmi les enjeux, le développement économique régional figure au premier plan. L'ADQ mise sur la régionalisation des décisions gouvernementales. L'entente signée avec les Innus, dont on ne connaît pas les détails, est devenue un enjeu important, ainsi que l'autoroute qui doit se rendre à Alma ou à La Baie, ou entre les deux villes.


Face au candidat de l'ADQ, Stephan Tremblay se pose d'emblée en souverainiste, mais aussi en homme de gauche. Le candidat péquiste a d'ailleurs commencé à dénoncer des éléments du programme de l'ADQ: la hausse des frais de scolarité, le système de santé à deux vitesses, le taux d'impôt uniforme pour les riches et pour les pauvres, etc. «Dans le Bloc, j'étais considéré à la gauche de mon parti. Tant qu'à moi, des fois, je trouvais que le PQ était trop à droite», rappelle-t-il. Mais en le comparant à l'ADQ, le PQ apparaît comme un vrai parti de gauche.
 
 
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