Bellemare contredit par son ancienne équipe
Deux collaborateurs de l'ex-ministre démolissent ses allégations
Photo : Agence Reuters Mathieu Belanger
Marc Bellemare
Québec — Ce fut une journée dévastatrice pour la version de Marc Bellemare hier, à la commission Bastarache. Les deux seuls témoins directs qui auraient pu corroborer ses allégations — au dire même de l'ancien ministre — les ont fermement contredites.
Jacques Tétrault, ex-attaché de presse de Marc Bellemare dans l'année où il a été ministre, et Michel Gagnon, son ancien chef de cabinet, ont tous deux nié avoir été mis au courant par leur patron d'alors de pressions indues que les collecteurs libéraux Franco Fava et Charles Rondeau auraient exercées sur le ministre de la Justice libéral. C'est dans les médias, en avril 2010, qu'ils en auraient entendu parler pour la première fois: «J'étais renversé [...] je n'avais jamais eu vent de ça», a lancé M. Tétrault.
Michel Gagnon a soutenu qu'à l'époque, s'il avait été mis au courant, il aurait «pris des actions» rapidement, aurait «appelé les sous-ministres», aurait peut-être même contacté la Sûreté du Québec, pour «protéger» son ministre. Plus tôt, Jacques Tétrault avait pratiquement utilisé les mêmes termes, soutenant que, placé devant une telle situation, l'entourage de M. Bellemare l'aurait «protégé», comme cela était du reste arrivé à plusieurs reprises dans le passage éclair de l'avocat à la tête du ministère de la Justice.
MM. Tétrault et Gagnon ont insisté sur le caractère houleux — «rock and roll», a dit ce dernier — de l'année Bellemare au cabinet de la Justice: révélation sur sa fille Lysanne, procès de Robert Gillet, procès des Hell's Angels. Il fallait même «protéger le ministre contre lui-même», a cru bon d'ajouter M. Tétrault. Par exemple, les deux témoins ont rappelé le projet de lettre de démission de M. Bellemare en avril 2004. L'ancien attaché de presse a soutenu l'avoir expurgée de passages «fielleux» à l'endroit de Jean Charest; M. Gagnon, lui, s'est rappelé quant à lui qu'on avait dû mettre «un peu de minou autour de la lettre» pour la rendre plus acceptable.
Même à travers toutes ces péripéties, M. Tétrault a nié avoir pu oublier une confidence de M. Bellemare au sujet des pressions de MM. Fava et Rondeau. Il a toutefois noté que son patron était un homme «secret» qui pouvait «disparaître pendant une certaine période» sans que son entourage sache ce qu'il y avait à son agenda.
Les deux témoins ont tous deux nié être allés dîner avec leur patron en compagnie des collecteurs de fonds dans un des restaurants de Sainte-Foy évoqués par l'ancien ministre de la Justice: le Michelangelo, le Saint-Hubert, Le Rascal et Le Bistango. M. Tétrault a déridé la salle d'audience en révélant que les seules occasions où il a dîné au restaurant avec son patron, c'était dans un autre établissement, «chez Hector patates», près du bureau de comté dans la circonscription de Vanier. (En contre-interrogatoire, il a précisé qu'il s'agissait en fait du «Gros Hector», sis à l'angle Boulevard Pierre-Bertrand et Louis XIV.)
M. Tétrault a contredit son ancien patron sur un autre point: la prise de notes. Selon lui, Marc Bellemare en prenait «de façon prolifique». «Il avait son calepin de notes quadrillé avec son stylo bleu.» Quand il manquait de feuilles, «il écrivait sur le carton». L'ancien ministre avait plutôt soutenu ne pas prendre beaucoup de notes et se fier à sa «bonne mémoire», sauf pour un fameux carton, seul document déposé en preuve par M. Bellemare.
Contre interrogatoire musclé
Contre-interrogeant Jacques Tétrault, l'avocat de Marc Bellemare, Rénald Beaudry, a insisté sur le fait que ce dernier est devenu un proche de Jean Charest en 2004, après la démission de son premier patron. Il a fait admettre à M. Tétrault avoir reçu de l'aide de Chantal Landry pour obtenir des mandats; puis avoir été, grâce à elle, «relocalisé» au bureau du premier ministre, emploi qu'il a quitté en septembre 2008. Mme Landry est cette attachée politique que M. Bellemare avait décrite comme un filtre «d'allégeance» politique à travers lequel chaque personne proposée pour être nommée devait passer.
Insistant sur le fait que M. Tétrault semblait «stressé» pendant l'interrogatoire, M. Beaudry a mis en relief que l'actuelle patronne de M. Tétrault chez Optimum relations publiques (filiale de Cossette) était Isabelle Perras, ancienne conseillère en communication de Jean Charest et ex-chef de cabinet de Raymond Bachand lorsqu'il était ministre du Développement économique.
M. Beaudry a indigné le commissaire Bastarache et plusieurs avocats présents en suggérant que le témoin se parjurait. «Avez-vous reçu des commandes de quiconque de ne pas corroborer les dires de M. Bellemare?», a-t-il lancé à M. Tétrault, faisant sursauter l'avocate du gouvernement, Suzanne Côté, puis le commissaire Michel Bastarache, lequel a jugé la question «inadmissible». M. Beaudry a démontré que l'ancien attaché de presse, qui soutenait ne plus avoir de rapport avec M. Bellemare, avait omis de parler d'une rencontre récente avec lui, au printemps, lors d'un match de boxe à Montréal. Rappelant ses soupçons de manipulation des témoignages, il a fait admettre à M. Tétrault que ce dernier avait discuté de son témoignage à la commission Bastarache avec Mme Perras.
Le contre-interrogatoire de Michel Gagnon par Me Beaudry a semblé plus difficile pour ce dernier. L'ancien chef de cabinet a soutenu avoir aidé Marc Bellemare lorsque ce dernier a fait le saut en politique municipale. Il a décrit une rencontre au restaurant Le Rascal, en 2005, qui a porté sur le financement du parti Vision Québec, qu'avait fondé M. Bellemare. M. Gagnon s'est souvenu que MM. Fava et Rondeau étaient présents et qu'ils avaient alors émis de sérieux doutes sur le réalisme des objectifs de financement de M. Bellemare, après quoi ils avaient quitté la réunion.
La journée s'est terminée alors que s'amorçait le témoignage de Michel Bouchard, ancien sous-ministre de la Justice à Québec, qui a démissionné après six mois de travail sous les ordres de M. Bellemare. M. Bouchard n'a jamais accepté la mutation brutale de M. Pierre Legendre, qui était son directeur de cabinet. M. Bellemare estimait «inconfortable» d'avoir le frère d'un député péquiste, Richard Legendre, à proximité du cabinet. Une inquiétude que l'ancien directeur de cabinet de M. Bellemare, Michel Gagnon, n'a pas encore comprise: «C'était anodin.»
Jacques Tétrault, ex-attaché de presse de Marc Bellemare dans l'année où il a été ministre, et Michel Gagnon, son ancien chef de cabinet, ont tous deux nié avoir été mis au courant par leur patron d'alors de pressions indues que les collecteurs libéraux Franco Fava et Charles Rondeau auraient exercées sur le ministre de la Justice libéral. C'est dans les médias, en avril 2010, qu'ils en auraient entendu parler pour la première fois: «J'étais renversé [...] je n'avais jamais eu vent de ça», a lancé M. Tétrault.
Michel Gagnon a soutenu qu'à l'époque, s'il avait été mis au courant, il aurait «pris des actions» rapidement, aurait «appelé les sous-ministres», aurait peut-être même contacté la Sûreté du Québec, pour «protéger» son ministre. Plus tôt, Jacques Tétrault avait pratiquement utilisé les mêmes termes, soutenant que, placé devant une telle situation, l'entourage de M. Bellemare l'aurait «protégé», comme cela était du reste arrivé à plusieurs reprises dans le passage éclair de l'avocat à la tête du ministère de la Justice.
MM. Tétrault et Gagnon ont insisté sur le caractère houleux — «rock and roll», a dit ce dernier — de l'année Bellemare au cabinet de la Justice: révélation sur sa fille Lysanne, procès de Robert Gillet, procès des Hell's Angels. Il fallait même «protéger le ministre contre lui-même», a cru bon d'ajouter M. Tétrault. Par exemple, les deux témoins ont rappelé le projet de lettre de démission de M. Bellemare en avril 2004. L'ancien attaché de presse a soutenu l'avoir expurgée de passages «fielleux» à l'endroit de Jean Charest; M. Gagnon, lui, s'est rappelé quant à lui qu'on avait dû mettre «un peu de minou autour de la lettre» pour la rendre plus acceptable.
Même à travers toutes ces péripéties, M. Tétrault a nié avoir pu oublier une confidence de M. Bellemare au sujet des pressions de MM. Fava et Rondeau. Il a toutefois noté que son patron était un homme «secret» qui pouvait «disparaître pendant une certaine période» sans que son entourage sache ce qu'il y avait à son agenda.
Les deux témoins ont tous deux nié être allés dîner avec leur patron en compagnie des collecteurs de fonds dans un des restaurants de Sainte-Foy évoqués par l'ancien ministre de la Justice: le Michelangelo, le Saint-Hubert, Le Rascal et Le Bistango. M. Tétrault a déridé la salle d'audience en révélant que les seules occasions où il a dîné au restaurant avec son patron, c'était dans un autre établissement, «chez Hector patates», près du bureau de comté dans la circonscription de Vanier. (En contre-interrogatoire, il a précisé qu'il s'agissait en fait du «Gros Hector», sis à l'angle Boulevard Pierre-Bertrand et Louis XIV.)
M. Tétrault a contredit son ancien patron sur un autre point: la prise de notes. Selon lui, Marc Bellemare en prenait «de façon prolifique». «Il avait son calepin de notes quadrillé avec son stylo bleu.» Quand il manquait de feuilles, «il écrivait sur le carton». L'ancien ministre avait plutôt soutenu ne pas prendre beaucoup de notes et se fier à sa «bonne mémoire», sauf pour un fameux carton, seul document déposé en preuve par M. Bellemare.
Contre interrogatoire musclé
Contre-interrogeant Jacques Tétrault, l'avocat de Marc Bellemare, Rénald Beaudry, a insisté sur le fait que ce dernier est devenu un proche de Jean Charest en 2004, après la démission de son premier patron. Il a fait admettre à M. Tétrault avoir reçu de l'aide de Chantal Landry pour obtenir des mandats; puis avoir été, grâce à elle, «relocalisé» au bureau du premier ministre, emploi qu'il a quitté en septembre 2008. Mme Landry est cette attachée politique que M. Bellemare avait décrite comme un filtre «d'allégeance» politique à travers lequel chaque personne proposée pour être nommée devait passer.
Insistant sur le fait que M. Tétrault semblait «stressé» pendant l'interrogatoire, M. Beaudry a mis en relief que l'actuelle patronne de M. Tétrault chez Optimum relations publiques (filiale de Cossette) était Isabelle Perras, ancienne conseillère en communication de Jean Charest et ex-chef de cabinet de Raymond Bachand lorsqu'il était ministre du Développement économique.
M. Beaudry a indigné le commissaire Bastarache et plusieurs avocats présents en suggérant que le témoin se parjurait. «Avez-vous reçu des commandes de quiconque de ne pas corroborer les dires de M. Bellemare?», a-t-il lancé à M. Tétrault, faisant sursauter l'avocate du gouvernement, Suzanne Côté, puis le commissaire Michel Bastarache, lequel a jugé la question «inadmissible». M. Beaudry a démontré que l'ancien attaché de presse, qui soutenait ne plus avoir de rapport avec M. Bellemare, avait omis de parler d'une rencontre récente avec lui, au printemps, lors d'un match de boxe à Montréal. Rappelant ses soupçons de manipulation des témoignages, il a fait admettre à M. Tétrault que ce dernier avait discuté de son témoignage à la commission Bastarache avec Mme Perras.
Le contre-interrogatoire de Michel Gagnon par Me Beaudry a semblé plus difficile pour ce dernier. L'ancien chef de cabinet a soutenu avoir aidé Marc Bellemare lorsque ce dernier a fait le saut en politique municipale. Il a décrit une rencontre au restaurant Le Rascal, en 2005, qui a porté sur le financement du parti Vision Québec, qu'avait fondé M. Bellemare. M. Gagnon s'est souvenu que MM. Fava et Rondeau étaient présents et qu'ils avaient alors émis de sérieux doutes sur le réalisme des objectifs de financement de M. Bellemare, après quoi ils avaient quitté la réunion.
La journée s'est terminée alors que s'amorçait le témoignage de Michel Bouchard, ancien sous-ministre de la Justice à Québec, qui a démissionné après six mois de travail sous les ordres de M. Bellemare. M. Bouchard n'a jamais accepté la mutation brutale de M. Pierre Legendre, qui était son directeur de cabinet. M. Bellemare estimait «inconfortable» d'avoir le frère d'un député péquiste, Richard Legendre, à proximité du cabinet. Une inquiétude que l'ancien directeur de cabinet de M. Bellemare, Michel Gagnon, n'a pas encore comprise: «C'était anodin.»
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