Claude Béchard, 1969-2010 - Ministre jusqu'à la toute fin
Jean Charest est atterré par la disparition de son grand ami et homme de confiance
Photo : La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot
Le ministre de l’Agriculture et des Relations intergouvernementales, Claude Béchard, a été emporté hier par le cancer à l’âge de 41 ans.
Québec — Il aura été ministre jusqu'à la fin. Claude Béchard est mort hier après-midi à 41 ans d'un cancer du pancréas, quelques heures seulement après avoir annoncé qu'il laissait officiellement ses responsabilités ministérielles (Agriculture et Relations intergouvernementales) et son siège de Kamouraska-Témiscouata.
Ceux qui connaissaient l'homme et son indéfectible passion pour la politique ont compris que le communiqué de démission, tombé sur le fil vers 10h15, n'annonçait rien de bon. Malgré tout, la mauvaise nouvelle est venue vite, trop vite. Les réactions à la démission de ce ministre à la fois jeune et très expérimenté s'accumulaient encore quand la rumeur de son décès a commencé à circuler, notamment à la radio et sur Twitter. Puis, en fin d'après-midi, la confirmation est tombée.
Plus tôt, vers 14h20, le premier ministre Jean Charest avait tenu un point de presse pour souligner le départ de son ministre. Sans trop y croire, il soutenait alors que «la cour aux miracles est encore ouverte» et louait la combativité de son ministre démissionnaire. Son porte-parole Hugo D'Amours a fait savoir hier en soirée que le premier ministre, atterré par la nouvelle, ne réagirait officiellement que ce matin au décès de son compagnon de route et grand ami. Il annoncera alors qui prendra la relève à l'Agriculture et aux Relations intergouvernementales.
Le dernier remaniement
Avant le remaniement ministériel du 11 août, Jean Charest avait offert à Claude Béchard de lui retirer tous ses portefeuilles. Ce dernier n'aura accepté qu'on ne le dégage que de deux des quatre qu'il détenait alors: leader adjoint et Réforme des institutions démocratiques. Comme titulaire de ce dernier portefeuille, il avait réussi à déposer des projets de loi sur des sujets politiques ultrasensibles: l'un sur le financement des partis politiques et l'autre sur la carte électorale.
Le 11 août aura été sa dernière sortie publique. Quelques jours avant le remaniement, Claude Béchard avait accompagné le premier ministre à Winnipeg, au Conseil de la fédération, où il avait assisté aux longues réunions et avait accordé des points de presse en appui à Jean Charest. Mais ces dernières semaines, son état s'était rapidement détérioré et il avait été hospitalisé à l'Hôtel-Dieu de Québec.
Par voie de communiqué, la famille a fait savoir qu'elle souhaite vivre ces événements en privé et qu'elle ne fera pas de commentaires. Les détails sur les funérailles seront communiqués ultérieurement.
En après-midi, le cabinet du premier ministre devait faire savoir qui lui succédera dans ses différentes fonctions, mais rien n'avait encore été confirmé en début de soirée.
Maladie
C'est en mai 2008 que la terrible maladie s'était déclarée, peu de temps après une autre terrible nouvelle: le meurtre de son attachée politique Nancy Michaud.
Il avait été opéré le 11 juin 2008 alors qu'on lui avait retiré une lésion au duodénum causée par une tumeur cancéreuse du pancréas. Sa convalescence a duré cinq mois, après lesquels il est revenu en poste. Mais la maladie a ressurgi en janvier 2010 et il a été opéré de nouveau. En juin dernier, il faisait un ultime retour à la politique à la toute fin de la session parlementaire. Reprenant le boulot qu'il adorait, il déclara: «On est là pour vivre et si on attend d'être guéri pour reprendre le travail, on perd quelque chose.»
Claude Béchard a été le ministre des décisions difficiles. Peu après son accession au Conseil des ministres comme ministre de la Famille, il a dû expliquer la décision du gouvernement Charest de trahir la promesse électorale de maintenir le tarif quotidien des garderies à 5 $ et de les faire passer à 7 $. Comme ministre de l'Environnement, M. Béchard a aussi eu la tâche difficile de concevoir et de défendre la vente du mont Orford, décision à propos de laquelle le gouvernement fera volte-face. Il est aussi celui qui a piloté l'acceptation du controversé projet de port méthanier Rabaska. Franc-tireur, il aimait aller devant les journalistes et répondre à leurs questions ou attaquer les adversaires politiques. Le 17 juin dernier, encore, il rencontrait la presse parlementaire pour se moquer des indécisions péquistes à l'égard de la souveraineté, mais aussi les déboires du chef adéquiste, Gérard Deltell.
D'abord conseiller de Robert Bourassa et de Daniel Johnson, Claude Béchard était député libéral depuis 1997. Il avait été réélu en 1998, en 2003, en 2007 et en 2008 dans Kamouraska-Témiscouata, où est situé le village qui l'a vu naître, Saint-Philippe-de-Néri.
Dans son communiqué annonçant hier son retrait de la politique, M. Béchard avait tenu à remercier les électeurs de sa circonscription, ainsi que le premier ministre de lui avoir accordé sa confiance. «Ce fut un grand honneur et un réel plaisir de servir le peuple québécois», écrit-il, en remerciant la population de lui avoir témoigné au cours des derniers mois tant de «marques d'affection et d'encouragement».
Les réactions
Les réactions ont fusé dès la confirmation de sa mort. La chef de l'opposition Pauline Marois a souligné la perte d'un homme «amoureux de son métier» et «totalement dévoué aux citoyens de sa circonscription». «Très certainement, il aura marqué la politique à sa façon. Pugnace et coriace, il s'est rapidement distingué et c'est ainsi qu'il aura fait sa marque en politique. En dehors de la joute parlementaire, il était quelqu'un d'accessible et d'agréable à côtoyer», a-t-elle écrit dans un communiqué.
«C'était un adversaire politique redouté et redoutable. Pourquoi? Parce qu'il défendait ses idées avec passion, avec énergie et avec respect aussi. [...] C'est un homme qui défendait ses idées fièrement et qui combattait avec courage», a affirmé le chef de l'ADQ, Gérard Deltell.
Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a salué l'engagement de 13 ans de M. Béchard au service de ses concitoyens. «Frappé par la maladie, il n'a jamais baissé les bras. Claude Béchard a été un exemple de courage et de détermination pour ceux et celles qui se battent contre le cancer.»
L'ancien premier ministre Daniel Johnson s'est dit «atterré» par la mort de M. Béchard: «Le météore qu'il a été par son énergie, son sourire éclatant, son don de lui-même aux gens de son comté, à la cause politique à laquelle il croyait. Il était exemplaire à tous égards», a-t-il affirmé à Radio-Canada. «Il va me manquer beaucoup», a conclu M. Johnson.
«Il était généreux avec ses collègues. Même pendant sa maladie, il m'est arrivé de lui téléphoner et de lui demander conseil. Il m'a dit: "Téléphone-moi encore. J'aime te dire ce que je pense"», a dit la ministre Christine St-Pierre.
«Jusqu'à la fin de la dernière session, il a gardé un sens de l'humour dans le combat politique qui était incroyable. C'était désarmant quand on savait ce qu'il vivait, a affirmé le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis. Il n'a jamais baissé les bras. Il a continué à travailler jusqu'à la fin.»
M. Béchard laisse dans le deuil deux jeunes enfants, Justine et Béatrice, ainsi que sa conjointe Mylène, elle-même mère de deux enfants.
***
Avec La Presse canadienne
Ceux qui connaissaient l'homme et son indéfectible passion pour la politique ont compris que le communiqué de démission, tombé sur le fil vers 10h15, n'annonçait rien de bon. Malgré tout, la mauvaise nouvelle est venue vite, trop vite. Les réactions à la démission de ce ministre à la fois jeune et très expérimenté s'accumulaient encore quand la rumeur de son décès a commencé à circuler, notamment à la radio et sur Twitter. Puis, en fin d'après-midi, la confirmation est tombée.
Plus tôt, vers 14h20, le premier ministre Jean Charest avait tenu un point de presse pour souligner le départ de son ministre. Sans trop y croire, il soutenait alors que «la cour aux miracles est encore ouverte» et louait la combativité de son ministre démissionnaire. Son porte-parole Hugo D'Amours a fait savoir hier en soirée que le premier ministre, atterré par la nouvelle, ne réagirait officiellement que ce matin au décès de son compagnon de route et grand ami. Il annoncera alors qui prendra la relève à l'Agriculture et aux Relations intergouvernementales.
Le dernier remaniement
Avant le remaniement ministériel du 11 août, Jean Charest avait offert à Claude Béchard de lui retirer tous ses portefeuilles. Ce dernier n'aura accepté qu'on ne le dégage que de deux des quatre qu'il détenait alors: leader adjoint et Réforme des institutions démocratiques. Comme titulaire de ce dernier portefeuille, il avait réussi à déposer des projets de loi sur des sujets politiques ultrasensibles: l'un sur le financement des partis politiques et l'autre sur la carte électorale.
Le 11 août aura été sa dernière sortie publique. Quelques jours avant le remaniement, Claude Béchard avait accompagné le premier ministre à Winnipeg, au Conseil de la fédération, où il avait assisté aux longues réunions et avait accordé des points de presse en appui à Jean Charest. Mais ces dernières semaines, son état s'était rapidement détérioré et il avait été hospitalisé à l'Hôtel-Dieu de Québec.
Par voie de communiqué, la famille a fait savoir qu'elle souhaite vivre ces événements en privé et qu'elle ne fera pas de commentaires. Les détails sur les funérailles seront communiqués ultérieurement.
En après-midi, le cabinet du premier ministre devait faire savoir qui lui succédera dans ses différentes fonctions, mais rien n'avait encore été confirmé en début de soirée.
Maladie
C'est en mai 2008 que la terrible maladie s'était déclarée, peu de temps après une autre terrible nouvelle: le meurtre de son attachée politique Nancy Michaud.
Il avait été opéré le 11 juin 2008 alors qu'on lui avait retiré une lésion au duodénum causée par une tumeur cancéreuse du pancréas. Sa convalescence a duré cinq mois, après lesquels il est revenu en poste. Mais la maladie a ressurgi en janvier 2010 et il a été opéré de nouveau. En juin dernier, il faisait un ultime retour à la politique à la toute fin de la session parlementaire. Reprenant le boulot qu'il adorait, il déclara: «On est là pour vivre et si on attend d'être guéri pour reprendre le travail, on perd quelque chose.»
Claude Béchard a été le ministre des décisions difficiles. Peu après son accession au Conseil des ministres comme ministre de la Famille, il a dû expliquer la décision du gouvernement Charest de trahir la promesse électorale de maintenir le tarif quotidien des garderies à 5 $ et de les faire passer à 7 $. Comme ministre de l'Environnement, M. Béchard a aussi eu la tâche difficile de concevoir et de défendre la vente du mont Orford, décision à propos de laquelle le gouvernement fera volte-face. Il est aussi celui qui a piloté l'acceptation du controversé projet de port méthanier Rabaska. Franc-tireur, il aimait aller devant les journalistes et répondre à leurs questions ou attaquer les adversaires politiques. Le 17 juin dernier, encore, il rencontrait la presse parlementaire pour se moquer des indécisions péquistes à l'égard de la souveraineté, mais aussi les déboires du chef adéquiste, Gérard Deltell.
D'abord conseiller de Robert Bourassa et de Daniel Johnson, Claude Béchard était député libéral depuis 1997. Il avait été réélu en 1998, en 2003, en 2007 et en 2008 dans Kamouraska-Témiscouata, où est situé le village qui l'a vu naître, Saint-Philippe-de-Néri.
Dans son communiqué annonçant hier son retrait de la politique, M. Béchard avait tenu à remercier les électeurs de sa circonscription, ainsi que le premier ministre de lui avoir accordé sa confiance. «Ce fut un grand honneur et un réel plaisir de servir le peuple québécois», écrit-il, en remerciant la population de lui avoir témoigné au cours des derniers mois tant de «marques d'affection et d'encouragement».
Les réactions
Les réactions ont fusé dès la confirmation de sa mort. La chef de l'opposition Pauline Marois a souligné la perte d'un homme «amoureux de son métier» et «totalement dévoué aux citoyens de sa circonscription». «Très certainement, il aura marqué la politique à sa façon. Pugnace et coriace, il s'est rapidement distingué et c'est ainsi qu'il aura fait sa marque en politique. En dehors de la joute parlementaire, il était quelqu'un d'accessible et d'agréable à côtoyer», a-t-elle écrit dans un communiqué.
«C'était un adversaire politique redouté et redoutable. Pourquoi? Parce qu'il défendait ses idées avec passion, avec énergie et avec respect aussi. [...] C'est un homme qui défendait ses idées fièrement et qui combattait avec courage», a affirmé le chef de l'ADQ, Gérard Deltell.
Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a salué l'engagement de 13 ans de M. Béchard au service de ses concitoyens. «Frappé par la maladie, il n'a jamais baissé les bras. Claude Béchard a été un exemple de courage et de détermination pour ceux et celles qui se battent contre le cancer.»
L'ancien premier ministre Daniel Johnson s'est dit «atterré» par la mort de M. Béchard: «Le météore qu'il a été par son énergie, son sourire éclatant, son don de lui-même aux gens de son comté, à la cause politique à laquelle il croyait. Il était exemplaire à tous égards», a-t-il affirmé à Radio-Canada. «Il va me manquer beaucoup», a conclu M. Johnson.
«Il était généreux avec ses collègues. Même pendant sa maladie, il m'est arrivé de lui téléphoner et de lui demander conseil. Il m'a dit: "Téléphone-moi encore. J'aime te dire ce que je pense"», a dit la ministre Christine St-Pierre.
«Jusqu'à la fin de la dernière session, il a gardé un sens de l'humour dans le combat politique qui était incroyable. C'était désarmant quand on savait ce qu'il vivait, a affirmé le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis. Il n'a jamais baissé les bras. Il a continué à travailler jusqu'à la fin.»
M. Béchard laisse dans le deuil deux jeunes enfants, Justine et Béatrice, ainsi que sa conjointe Mylène, elle-même mère de deux enfants.
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Avec La Presse canadienne
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