Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Le cancer a raison de l’ex-ministre Claude Béchard

    7 septembre 2010 19h58 |La Presse canadienne | Québec
    Claude Béchard est décédé aujourd'hui à l'âge de 41 ans. <br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Claude Béchard est décédé aujourd'hui à l'âge de 41 ans.
    Après une longue et âpre lutte contre le cancer, l’ex-ministre Claude Béchard s’est éteint cet après-midi à l’âge de 41 ans. Plus tôt dans la journée, il avait émis un communiqué pour annoncer son retrait de la vie politique.

    Autant sa vie politique aura été jalonnée de succès, autant sa vie personnelle aura-t-elle été marquée par des drames.

    Même affaibli par la maladie, très amaigri et se sachant condamné, il avait choisi de poursuivre sa tâche jusqu’au dernier moment. C’est seulement ce matin qu’il avait officiellement quitté ses fonctions de ministre de l’Agriculture, ministre responsable des Affaires intergouvernementales et député de Kamouraska-Témiscouata.

    Reconnu pour sa combativité — se qualifiant lui-même de «baveux» —, il a su appliquer ce trait de caractère autant à sa lutte acharnée contre le cancer qu’à sa façon très efficace de désarmer ses adversaires politiques.

    Hyperactif et ambitieux

    Pourtant, rien ne le prédestinait à une carrière politique. Fils d’agriculteur, cadet d’une famille de huit enfants, Claude Béchard est né le 29 juin 1969, dans le Bas-du-Fleuve, à Saint-Philippe-de-Néri.

    C’est le seul enfant de la famille qui fréquentera l’université. Après un baccalauréat en science politique à l’Université Laval, il obtient une maîtrise en aménagement du territoire et entame des études de doctorat en administration publique, qu’il n’a jamais eu le temps de terminer car sa voie est déjà tracée.

    Hyperactif et ambitieux, il rêve d’une carrière politique. Très jeune, il milite au sein du Parti libéral du Québec (PLQ) et réussit à se faire embaucher, à 24 ans, en 1993, comme conseiller politique du premier ministre Robert Bourassa, qui est alors en fin de parcours. L’année suivante, les libéraux retournent dans l’opposition.

    À cette époque, une tragédie le frappe de plein fouet: son frère dont il est le plus proche se donne la mort, sans fournir aucune explication. Il dira plus tard que son suicide l’aura hanté tout le reste de sa vie.

    En 1997, l’occasion de sauter dans l’arène se présente. Il tente sa chance dans Kamouraska-Témiscouata, son coin de pays, lors d’une élection complémentaire, et gagne son pari. Il devient donc député à 28 ans et il est réélu à quatre reprises par la suite, en 1998, 2003, 2007 et 2008. En une décennie, il a su gagner le coeur de sa région: sa majorité est passée de 110 voix en 1998 à 6612 voix en 2008.

    Les libéraux reprennent donc le pouvoir en 2003. Dans l’opposition, Jean Charest avait pu apprécier le potentiel du jeune député, et lui confie dès lors d’importantes responsabilités, malgré son jeune âge.

    De multiples tâches

    Entre 2003 et 2010, il a occupé plusieurs fonctions: ministre de l’Emploi, de la Famille, du Développement économique, de la Réforme des institutions démocratiques, membre du comité des priorités, leader parlementaire adjoint, ministre du Développement durable, des Ressources naturelles, et plus récemment de l’Agriculture et des Affaires intergouvernementales.

    Cependant, comme il passe tel un éclair à chacun des ministères, son bilan paraît plutôt mitigé en termes de réalisations.

    Il soulève un tollé, en 2004, en bafouant la promesse libérale de maintenir le tarif des garderies, qui passe de 5 $ à 7 $ par jour. Par la suite, il pilote une réforme majeure du régime forestier, qui sera menée à terme par Nathalie Normandeau, et laissera sur leur faim tant l’industrie que les écologistes.

    Dans le dossier des terrains publics entourant le parc du Mont-Orford, le gouvernement fait finalement volte-face, en annulant sa décision controversée de les vendre à des promoteurs privés, en 2006.

    À l’agriculture, il a promis de doter le Québec de sa première politique agricole, un projet resté en plan, tout comme la refonte du financement des partis politiques.

    À son actif, on retiendra surtout son côté franc-tireur. C’est toujours lui que le premier ministre donnait en pâture aux journalistes quand le gouvernement voulait river son clou à un adversaire.

    Reconnu pour ses qualités de stratège et son flair politique, il faisait aussi partie du petit cercle d’initiés qui élaboraient les stratégies de communication orchestrées au cabinet du premier ministre.

    En Chambre, il se montre pugnace et redoutable. Il prend plaisir à la joute politique et il n’est pas rare de le voir souffler une réponse à un collègue ministre dans l’embarras.

    Sympathique et d’un naturel affable, on ne lui connaît pas pour autant d’ennemis, d’un côté ou l’autre de la Chambre. Sur la colline parlementaire, à Québec, d’aucuns voyaient même en lui le dauphin de Jean Charest. Mais c’était avant que la maladie ne vienne lui couper les ailes.

    Un long cauchemar


    En avril 2008, il n’arrive plus à s’alimenter; en mai, débute son long cauchemar. Il doit être hospitalisé et opéré en juin pour une tumeur cancéreuse du pancréas, une forme de cancer particulièrement agressive. Dès lors, il sait que ses chances de s’en sortir sont minces, sur le plan statistique. Son espérance d’être encore en vie dans cinq ans est de seulement 20 pour cent.

    Quand le premier ministre Charest décide de déclencher des élections générales en novembre 2008, il décide de faire campagne, même s’il subit toujours des traitements de chimiothérapie qui le laissent très affaibli. C’est alors un homme ébranlé qui se présente devant ses électeurs, miné par la maladie et encore sous le choc du décès brutal d’une employée de son bureau de comté, Nancy Michaud, sauvagement assassinée quelques mois plus tôt.

    Ses médecins le préviennent: si le cancer se manifeste dans l’année qui vient, il pourra difficilement s’en sortir vivant.

    Début janvier 2010, le mal réapparaît: il doit être opéré d’urgence pour des tumeurs à l’intestin. Il ne remettra les pieds au Parlement qu’en juin. Au total, en deux ans, entre 2008 et 2010, il aura été absent pendant pratiquement toute une année.

    Il sait dès lors qu’il doit vivre avec le cancer et fonctionner grâce à ses traitements, qui le laissent très amaigri. Mais il a toujours le goût de se battre. Il reprend ses activités et conserve ses fonctions.

    «Il faut vivre. Il faut vivre. On n’est pas là pour attendre que ça aille mal. On est là pour vivre. Il faut mordre à plein dans la vie», laissait tomber le ministre, fébrile, devant les journalistes, quelques minutes avant son ultime retour en Chambre, le 1er juin dernier. Il flotte dans ses vêtements, mais affiche l’air heureux de celui qui peut encore faire ce qu’il aime le plus.

    Le 11 août, le premier ministre procède à un remaniement et le soulage de ses fonctions de leader adjoint et ministre de la Réforme des institutions démocratiques.

    Depuis ce jour, on ne l’aura plus revu en public. Peu après, son état se dégrade et il doit être hospitalisé.

    Claude Béchard laisse dans le deuil ses deux filles, Justine et Béatrice, nées d’une première union, ainsi que sa conjointe, Mylène Champoux, et les deux enfants de cette dernière.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.