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Par-delà le cynisme

Marie-Christine Gilbert - Candidate au doctorat à l'École d'études politique de l'Université d'Ottawa  31 août 2010  Québec
Ces derniers jours, on raconte que la commission Bastarache contribue une fois de plus à l'image négative que l'on se fait de la politique. Ceux qui méprisent la politique sont davantage exaspérés devant la dérive démocratique — en particulier par le pouvoir des riches, des groupes d'intérêt, des lobbies sur les gouvernants — et ceux qui ne s'y intéressaient guère ne s'y intéressent pas plus. Ce faisant, il n'est pas rare d'entendre que la population tourne le dos à la politique.

Cette généralité, qui souvent se fonde sur ce que l'on nomme l'opinion publique, doit être remise en question. Entité nébuleuse, comme le disait Baudrillard, l'opinion publique ne peut pas être celle des sondeurs, résultat d'une construction statistique. Il faudrait, pour créer une opinion publique, que tous les citoyens aient une opinion informée et raisonnée sur tous les sujets ou qu'ils soient sensibles au même sujet. D'autant que, lorsqu'il y a des sondages, de nombreux individus s'abstiennent de répondre ce qu'ils croient vraiment lorsqu'ils pensent que leur point de vue pourrait aller à l'encontre de celui qui prévaut.

Cela étant dit, je suis d'accord avec le fait que certains se désintéressent de la politique et que le témoignage de M. Bellemare devant la commission Bastarache alimente une culture de désabusement par rapport à la chose publique. Mais peut-on généraliser comme on le fait allègrement en ce moment? Car comment expliquer que des milliers d'étudiants s'ajoutent chaque année en septembre à ceux déjà inscrits en science politique dans toutes les universités québécoises? Ce ne sont quand même pas tous des recalés du programme de droit!

Faire «vrai»


La politique intéresse encore les citoyens membres de parti, tout comme les intellectuels et les citoyens dits «ordinaires». Néanmoins, on nous répète ad nauseam que l'opinion publique croit que la politique est un sujet ennuyeux, que les politiciens sont dans l'ensemble corrompus et que, dénués de toute intelligence (j'exagère ici), ils sont hypocrites, rusés et malveillants. Pour appuyer ces affirmations, et pour nous en convaincre, seuls les erreurs, échecs et grossièretés sont repris en boucle, afin de faire «vrai». Force est de constater qu'il y a un mutisme assourdissant en ce qui a trait aux réussites du gouvernement.

Il faut savoir que l'on nous apprend en science politique — et j'utilise le «nous» avec prudence ici, car lourd de sens — que l'opinion publique est un outil de persuasion et qu'elle est parfois instrumentalisée. Répéter constamment qu'il y a un désintérêt général pour la politique sert quelqu'un, quelque part. Or, l'idée n'est pas nouvelle. Comme Cyrène qui préférait le désengagement politique au temps de Socrate.

Déprécier la discipline

Si l'on nous bombarde chaque jour sur grand écran numérique HD, iPhone ou autres e-machins virtuels que l'Océania déclare la guerre à l'Estasia, on finira par le croire (voir à ce sujet Orwell, 1984). Il reste qu'à force de décrier la politique, c'est la discipline, tout comme le métier de politicien, qui est dépréciée, et c'est bien dommage. Il y a dans la politique une multitude de contextes, d'acteurs, de forces politiques et d'idées qui, si l'on s'y attardait plus longuement, nous feraient comprendre que l'esprit moral ne s'harmonise pas toujours avec les exigences de l'activité politique.

De même, certains comprendraient que la politique est une activité sociale complexe qui, fondée sur des relations de pouvoir conflictuelles, nécessite des compromis entre pouvoirs exécutif et législatif, mais aussi entre acteurs et groupes d'intérêt. Constamment, les élus sont sollicités par des citoyens, des groupes de pression, des mouvements quelconques ou des individus qui demandent sans arrêt des fonds ou des passe-droits pour ceci ou cela. Parmi eux, les sages et les valeureux, mais aussi les plus voraces, les plus fortunés, et les malveillants. N'est-il pas normal qu'on s'y perde quand chacun se dit être l'ami du roi?

Faiseurs d'images


Je ne cherche surtout pas à défendre M. Jean Charest; il a l'expérience et les ressources politiques pour le faire. Je défends en revanche, comme Bernard Crick avant moi dans son In Defense of Politics, la politique (activité et science) qui, me semble-t-il, ne mérite pas ce dirigisme idéologique populaire voulant qu'elle nous pue à ce point au nez. Si les faiseurs d'images s'intéressaient moins à l'image justement et davantage aux enjeux fondamentaux, peut-être ne joueraient-ils pas à ce point les vierges offensées et prendraient du recul face à ce qui se déroule en ce moment.

La corruption, le favoritisme et le népotisme sont consubstantiels à la vie politique depuis toujours. Décriés par les Rouges d'Antoine-Aimé Dorion en 1864, les Réformistes en 1840 et Papineau avant eux, les tours de passe-passe attirent l'attention et sont vertement dénoncés de gouvernement en gouvernement. Davantage aujourd'hui, puisqu'on exige le respect du principe de transparence dans la gestion des deniers publics (Loi sur l'administration publique, art.1).

Mais au-delà de ce qui peut sembler, à juste titre, répugnant, il ne faut pas oublier que l'activité politique doit demeurer animée par la volonté de servir l'ensemble des citoyens. Que ce qui se passe en ce moment, au lieu d'alimenter le cynisme des citoyens, soit une invitation pressante à l'exercice d'une vigilance citoyenne et d'une plus grande participation politique. En conclusion, par-delà le cynisme, il reste encore des politiciens, agents de l'État, professeurs et citoyens qui s'intéressent à la politique, à la défense du fait français, à l'environnement, à la justice sociale, à la laïcité de l'État ainsi qu'au fédéralisme canadien et qui s'en préoccupent.


 
 
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  • Socrate
    Inscrit
    mardi 31 août 2010 06h19
    Duplessis
    Mais où sont passées les culottes à Vautrin? Duplessis

  • Marco
    Inscrit
    mardi 31 août 2010 09h31
    Gérance d'estrade 101
    Je crois sincèrement qu'une certaine forme de journalisme pratiquée par certains d'entre eux contrribue à exacerber ce sentiment d'impuissance, de désintérêt et de désabus que l'on semble observer aujourd'hui dans la polulation!

    Jeter le discrédit, voilà l'idée! Mais ce faisant, cette stratégie ne mène jamais bien loin sinon au ras-le-bol de certains lecteurs de journaux dont je fais partie à lire toujours les mêmes sornettes, les mêmes lubies et les mêmes obcessions maladives concernant les agir de nos politiciens!! "C'est la faute à Charest! C'est la faute à Harper! C'était à cause de Duplessis! Ah! que Lévesque nous manque!" And so on and on...

    Oui, nos polilticiens sont à notre image et ils ne nous le rendent bien!...

    Je remercie Mme Gibert pour son excellent article qui permet de replacer les choses en perspective et de rappeler avant tout les reponsabilités qui incombent à chaque citoyen dans l'élaboration d'un projet de société ou en ce qui concerne la gouverne des affaires publiques.

    "Les chiens aboient, la caravane passe!!"

  • Alexandre Dionne
    Abonné
    mardi 31 août 2010 10h28
    Évidemment !
    Un bien beau texte propre et hygiénique comme le souverainiste méta-personnaliste que je suis y souscris.

    Un seul bémol, non sans rapport avec l'objet quintessentiel de ce plaidoyer.

    D'intuition, j'attendais de lire au bas de ce réquisitoire, de la part de la doctorante de l'Université d'Ottawa, la notion de « fédéralisme canadien », et combien ne fus-je pas surpris de ne pas avoir tort !

    De même que je n'avais pas le moindrement tort de ne pas m'attendre à y trouver de préoccupation pour le souverainisme politico-identitaire québécois, car l'on trouve plutôt le sempiternel militantisme de forme pour la langue française (Ô Canada).

    En espérant que Mme Gilbert, préoccupée par la Cité-État et l'Union fédérale canadiennes, n'hypostasie pas la manière hyper-tautologique du pouvoir d'Ottawa nécessairement bon, car prétendûment bon (ah, la théorie du fédéralisme moderne insurpassable !), sans égards aux faits corrélés entre Devoir, Pouvoir et Identité !

    À défaut de quoi elle se trouverait faire ni plus ni moins que de nombreux et vains commentateurs de ce site qui se croient réellement au Pays canadien des Merveilles, et qui se croient, culottés qu'ils sont, justifiés de nous sortir les appels à la cohérence d'un Boileau ! Ou en fonction de quoi, elle justifierait notre cynisme devant son éventuel négationnisme, son éventuel indéterminisme, son éventuel relativisme sceptique (à l'inconditionnel), voire son éventuel autoritarisme de principe !

    La langue française a autant besoin du Canada de Trudeau pour un avenir fonctionnel que la langue latine avait besoin de la Chute de l'Empire romain d'Occident (476 de notre ère) !

    À bon entendeur !
    D'un bachelier en histoire.

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    mardi 31 août 2010 11h14
    Média et propagande
    Quand vous faites allusion à Orwell et à la guerre entre Océania et à Estasia, vous parlez de propagande, visant à faire croire au public cible des faits qui, en réalité, n'existent pas. Or, je suis plutôt enclin à croire qu'en général les médias reflètent plutôt fidèlement le cynisme de la population face à la classe politique. Cette classe ne l'a pas volé quand on voit comment elle agit en général et c'est cette classe qui souvent utilise la propagande pour faire croire au peuple certaines choses.

    Est-ce que les médias devraient cesser de refléter ce que la population pense des politiciens et faire oeuvre d'éducation pour amener les gens à respecter la classe politique? Bonne question mais qui peut facilement mener à la propagande. Il serait peut-être préférable que la classe politique, elle, prenne les moyens pour que ce cynisme de la population diminue est donnant l'exemple d'honnêteté, de probité, de transparence et de franchise...

    Nous sommes encore malheureusement loin de ça...

  • France Marcotte
    Abonnée
    mardi 31 août 2010 13h52
    Lire jusqu'à la dernière goutte
    Pas aussi savamment que vous A.Dionne mais je me suis aussi étonnée de cette allusion impromptue au fédéralisme canadien en toute fin de texte qui lui donne une autre couleur en le relisant. Merci d'avoir les mots pour le dire exactement quoique un peu hermétiquement...

  • meme moi ici
    Inscrit
    mardi 31 août 2010 16h02
    vous devez avoir de bonnes notes dans vos cours
    je vous ai lu, et vous avez un réel talent pour la politique
    je vous ai d'ailleurs cru au moins jusqueeeeeeeeeee... à la fin...
    là j'ai décroché...

  • Gilles Chatillon
    Abonné
    mardi 31 août 2010 16h18
    Une conclusion surprenante
    Un texte remarquable sur la démocratie participative et critique sur les limites actuelles de sa pratique. Au fil de sa lecture, on salive pour l'avènement d'un tel projet de société.

    MAIS, quelle déception dans les derniers mots de la fin, qui priorisent, sans crier gare, le fédéralisme canadien comme système intéressant.

    En tant qu’universitaire, vous connaissez le principe de subsidiarité ? Madame, les vraies démocraties s'appliquent d'abord près des besoins des gens, en proximité avec les activités économiques, sociales et politiques, avant de solidement étendre leurs partenariats aux voisins et à l'international.

    Voilà pourquoi je suis engagé démocratiquement pour l'avenir politique du Québec. L'indépendance du Québec, pour briser les liens qui entravent notre développement. La souveraineté, pour affirmer notre originalité au quotidien et dans le monde.

  • Michel Bédard
    Inscrit
    mardi 31 août 2010 22h04
    Et j'ajoute...
    Vous écrivez: "l'opinion publique est un outil de persuasion, elle est parfois instrumentalisée. Répéter constamment qu'il y a un désintérêt général pour la politique sert quelqu'un, quelque part." Lamarre, ex-pdg de TVA, a déjà dit: "le rôle des médias est de contrôler l'image, le message... et l'opinion." Contrôler l'opinion ! En somme, former l'opinion de façon à diriger celle-ci, insidieusement, subtilement, patiemment... Ultimement, et c'est le but, téléguider le citoyen quand il est dans l'isoloir des bureaux de votation. Le faire voter pour... le changement dans la continuité.

  • Steve Harvey-Fortin
    Inscrit
    mercredi 1 septembre 2010 23h34
    Vaines philosophies
    La politique a été inventé par les grecs en inventant la démocratie ainsi que la philosophie. il n'est donc pas surprenant de voir autant de gens déçu par les élus qui se compromettent dans leurs discours futiles autant qu'inutile. Mais même si vous ne croyez pas en cette vaine philosophie qu'est la politique ou la psychologie qui est aussi issue de la philosophie pour tromper l'intelligence de l'âme et du coeur, rien ne vous empêche de na pas la respecter en tant qu'institution même si vous n'y croyez pas et la dénoncer comme une forme d'abus d'intention qui se corrompt continuellement depuis le début des temps. Alors pas étonnant que les gens se sente abusé et trahi puisque le mépris de la loi va en augmentant plus nous avançons dans le temps en même temps que la conscience du peuple s'éclaire au fur et à mesure que grandit sa maturité. Si donc vous ne mettez pas votre confiance en ces gens et que vous ne votez pas, vous pouvez touhjours leur dire que vous respectez ce qu'ils font mais que cela ne vous intéresse pas en tant que citoyen et que vous libre de votre personne et même si vous étiez parti pris cela ne vous empêcherait pas de respecter les décisions et les lois des élus qui gouvernent pour la mauvaise action et non pour la bonne. Cela ne mène nul part que de mettre sa confiance dans de telles institutions dont les hommes sont de simples mortels comme vous et qu,ils sont poussière et qu'ils retourneront à la poussière un jour, ils ne valent pas mieux que vous et vous le voyez tous les jours devant vos yeux comme étant une preuve de la nature intrinsèque de l'homme à se corrompre par le pouvoir et l'illusion du pouvoir. Ainsi comme moi, ne mettez pas votre confiance dans ces nobles car ils sont aussi imparfait que vous pour vous manipuler et vous contrôler afin de croire qu'ils pourront entrer dans le Panthéon de la noblesse alors qu'ils n'ont aucune humilité.

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