L'invitation au changement
9 juin 2003
Québec
Le discours inaugural prononcé, mercredi, par le premier ministre Jean Charest, n'annonce pas l'Apocalypse évoquée par certaines réactions entendues depuis lors. Il comporte certes quelques phrases dignes d'un idéologue mal dégrossi. La foi dans l'individu, qui est exprimée à certains endroits du discours, est presque risible au regard de la longue liste de missions que M. Charest réserve à son gouvernement pour les prochaines années.
Ce discours inaugural est avant tout une invitation au changement. Or le changement était le leitmotiv de tous les partis politiques en lice lors des dernières élections. M. Charest «convie les Québécois à envisager ces travaux avec enthousiasme». Et il prend certains engagements qu'il sera utile de lui rappeler tout au long de ce processus de «réingénierie de l'État».
Il affirme d'abord qu'il sera «à l'écoute des citoyens». Il déclare son «attachement à la démocratie». Il rejette le «dirigisme». Il se dit «pragmatique». Il réitère sa confiance dans les services publics dont certains sont «des modèles d'efficacité». Il veut travailler avec «tous les Québécois». Et promet d'honorer la «responsabilité historique» de promouvoir la langue française et l'identité québécoise.
M. Charest a tellement reproché au Parti québécois ses fusions forcées, il ne peut pas unilatéralement défaire ce que des Québécois ont bâti et qui répond à des besoins, le réseau des centres de la petite enfance en est le meilleur exemple. De même, puisqu'il se dit «pragmatique», il ne conviendrait pas qu'il fasse du recours au secteur privé un dogme, comme le laisse parfois entendre son discours. Dans le domaine de la santé, par exemple, son objectif est de «soigner plus vite et à meilleur coût». Or ailleurs dans le monde, le recours au privé est rarement synonyme de réduction des listes d'attente mais toujours un gage d'augmentation des coûts.
***
Le gouvernement Charest ne dispose pas, de toute façon, du mandat pour défaire tout ce qui a été fait. Certains commentateurs additionnent les voix obtenues par le PLQ à celles récoltées par l'ADQ pour conclure que près de 60 % des électeurs ont souhaité un virage radical vers la droite. Cette interprétation est totalement erronée.
Ce qui est apparu, au cours de la dernière année, c'est au contraire un rejet des politiques néolibérales incarnées par Mario Dumont. L'ADQ a recueilli jusqu'à plus de 40 % d'appui dans les sondages. Dès que l'électorat a pris connaissance de son programme, la chute a été vertigineuse. L'ADQ n'a reçu que 18 % des suffrages.
Dans ce jeu entre la droite adéquiste et un PQ victime de l'usure du pouvoir, le PLQ représentait, aux yeux des électeurs, un refuge rassurant vers le centre du spectre politique. En rendant public son programme, à l'automne 2002, le Parti libéral avait bien pris soin de se démarquer de l'ADQ, un parti que Jean Charest assimilait à la droite américaine. L'ancien chef libéral Claude Ryan fut mis à contribution pour rappeler, dans un document largement diffusé, les «valeurs libérales», en particulier la justice sociale.
Et puis le PLQ avait voté en faveur de la loi sur la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, pour la bonification de la loi sur les normes du travail, en faveur de la lutte contre le déséquilibre fiscal, pour la Paix des braves et l'approche commune avec les Innus. En bref, le programme libéral n'annonçait pas de rupture radicale. S'il est attaché à la démocratie autant qu'il le dit, M. Charest est obligé de gouverner dans la continuité. Après tout, il doit son élection au rejet de l'ADQ.
Pour avoir l'air différent du gouvernement précédent, M. Charest est d'ailleurs obligé de noircir le tableau. Parler de dirigisme d'État pour qualifier le PQ (par ailleurs accusé de néo-libéralisme à sa gauche) est une insulte à l'intelligence. La réingénierie était déjà commencée sous le PQ et Joseph Facal avait un plan dont Monique Jérôme-Forget pourra s'inspirer.
M. Charest induit les Québécois en erreur lorsqu'il dit que «nous sommes arrivés au bout d'un modèle de fonctionnement créé il y a une quarantaine d'années». Ce modèle, il y a au moins 20 ans qu'il n'existe plus. Il a été modifié sans cesse, par les gouvernements successifs, libéraux ou péquistes. Le premier ministre nuit à sa propre crédibilité lorsqu'il parle ainsi.
Il reste que ce gouvernement veut changer des choses. Cela tombe bien, il y a encore beaucoup de problèmes à régler au Québec. M. Charest a lancé six grands travaux qui sont en réalité le quotidien d'un gouvernement. S'il prend du temps pour étudier les solutions, c'est qu'il n'a pas encore tiré de conclusions. Il appartient maintenant à ceux et celles qui ont des idées pour le Québec de s'engager dans un dialogue avec le gouvernement, de lui soumettre leurs objections à certains changements, leurs idées pour des améliorations, de s'inscrire dans une négociation avec lui, de prendre les devants, d'accepter l'idée du changement et, au lieu de se braquer, chercher par tous les moyens à l'influencer.
C'est en somme l'appel lancé par M. Charest mercredi dernier.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca
Ce discours inaugural est avant tout une invitation au changement. Or le changement était le leitmotiv de tous les partis politiques en lice lors des dernières élections. M. Charest «convie les Québécois à envisager ces travaux avec enthousiasme». Et il prend certains engagements qu'il sera utile de lui rappeler tout au long de ce processus de «réingénierie de l'État».
Il affirme d'abord qu'il sera «à l'écoute des citoyens». Il déclare son «attachement à la démocratie». Il rejette le «dirigisme». Il se dit «pragmatique». Il réitère sa confiance dans les services publics dont certains sont «des modèles d'efficacité». Il veut travailler avec «tous les Québécois». Et promet d'honorer la «responsabilité historique» de promouvoir la langue française et l'identité québécoise.
M. Charest a tellement reproché au Parti québécois ses fusions forcées, il ne peut pas unilatéralement défaire ce que des Québécois ont bâti et qui répond à des besoins, le réseau des centres de la petite enfance en est le meilleur exemple. De même, puisqu'il se dit «pragmatique», il ne conviendrait pas qu'il fasse du recours au secteur privé un dogme, comme le laisse parfois entendre son discours. Dans le domaine de la santé, par exemple, son objectif est de «soigner plus vite et à meilleur coût». Or ailleurs dans le monde, le recours au privé est rarement synonyme de réduction des listes d'attente mais toujours un gage d'augmentation des coûts.
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Le gouvernement Charest ne dispose pas, de toute façon, du mandat pour défaire tout ce qui a été fait. Certains commentateurs additionnent les voix obtenues par le PLQ à celles récoltées par l'ADQ pour conclure que près de 60 % des électeurs ont souhaité un virage radical vers la droite. Cette interprétation est totalement erronée.
Ce qui est apparu, au cours de la dernière année, c'est au contraire un rejet des politiques néolibérales incarnées par Mario Dumont. L'ADQ a recueilli jusqu'à plus de 40 % d'appui dans les sondages. Dès que l'électorat a pris connaissance de son programme, la chute a été vertigineuse. L'ADQ n'a reçu que 18 % des suffrages.
Dans ce jeu entre la droite adéquiste et un PQ victime de l'usure du pouvoir, le PLQ représentait, aux yeux des électeurs, un refuge rassurant vers le centre du spectre politique. En rendant public son programme, à l'automne 2002, le Parti libéral avait bien pris soin de se démarquer de l'ADQ, un parti que Jean Charest assimilait à la droite américaine. L'ancien chef libéral Claude Ryan fut mis à contribution pour rappeler, dans un document largement diffusé, les «valeurs libérales», en particulier la justice sociale.
Et puis le PLQ avait voté en faveur de la loi sur la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, pour la bonification de la loi sur les normes du travail, en faveur de la lutte contre le déséquilibre fiscal, pour la Paix des braves et l'approche commune avec les Innus. En bref, le programme libéral n'annonçait pas de rupture radicale. S'il est attaché à la démocratie autant qu'il le dit, M. Charest est obligé de gouverner dans la continuité. Après tout, il doit son élection au rejet de l'ADQ.
Pour avoir l'air différent du gouvernement précédent, M. Charest est d'ailleurs obligé de noircir le tableau. Parler de dirigisme d'État pour qualifier le PQ (par ailleurs accusé de néo-libéralisme à sa gauche) est une insulte à l'intelligence. La réingénierie était déjà commencée sous le PQ et Joseph Facal avait un plan dont Monique Jérôme-Forget pourra s'inspirer.
M. Charest induit les Québécois en erreur lorsqu'il dit que «nous sommes arrivés au bout d'un modèle de fonctionnement créé il y a une quarantaine d'années». Ce modèle, il y a au moins 20 ans qu'il n'existe plus. Il a été modifié sans cesse, par les gouvernements successifs, libéraux ou péquistes. Le premier ministre nuit à sa propre crédibilité lorsqu'il parle ainsi.
Il reste que ce gouvernement veut changer des choses. Cela tombe bien, il y a encore beaucoup de problèmes à régler au Québec. M. Charest a lancé six grands travaux qui sont en réalité le quotidien d'un gouvernement. S'il prend du temps pour étudier les solutions, c'est qu'il n'a pas encore tiré de conclusions. Il appartient maintenant à ceux et celles qui ont des idées pour le Québec de s'engager dans un dialogue avec le gouvernement, de lui soumettre leurs objections à certains changements, leurs idées pour des améliorations, de s'inscrire dans une négociation avec lui, de prendre les devants, d'accepter l'idée du changement et, au lieu de se braquer, chercher par tous les moyens à l'influencer.
C'est en somme l'appel lancé par M. Charest mercredi dernier.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca
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